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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 05:36

FL+Maire

FL-SP-DWLB.jpg

(à faire circuler)

SERGE PEY

DANIEL  WELZER-LANG

 

HALTE A l’apartheid !

Adresse à nos collègues universitaires de Toulouse

redo Lievy dans son mobil-home de Frouzins./Photo DDM, Michel Viala

Fredo Lievy dans son mobil-home de Frouzins./Photo DDM, Michel Viala

 Il faisait froid ce vendredi. Froid dû à la température, et au vent violent qui balayait cette place de mairie sans âme, et sans café, qui se trouve devant l’Hôtel de Ville de Frouzins. Froid aussi dans nos chaires d’observer in vivo le mépris de dignitaires qui osent se proclamer socialistes face aux familles roms.

Lui s’appelle Frédéric Liévy dit Fredo, un militant associatif, un compagnon de route des luttes écolos, un « nomade sédentarisé » comme on dit dans la Presse. Lui est venu la veille à la conférence sur les roms et autres voyageurs organisée par la Ligue de Droits de l’Homme et le LISST-CNRS la veille à Toulouse. Lui, modeste, n’a même pas ce jour-là osé évoqué son cas. Modeste, Fredo, modeste et généreux. « Bien sûr, a t’il dit ce jour là suite à une question, il ya des intellectuels chez les roms, encore faut-il les écouter, les entendre ! ». en nous annonçant la reconnaissance du génocide par l’Europe.

En face, ce vendredi après-midi, le Maire, Monsieur Alain Bertrand, et quelques élu-e-s. Il vient expliquer son point de vue aux quelques petites dizaines d’associatifs mobilisé-e-s ce vendredi après-midi pour soutenir Fredo, sa famille et tous ceux, toutes celles, roms ou non, qui décident de vivre autrement que le Maire de Frouzins. Lui réfute le fait qu’il anticipe la loi LOPSSI II, liberticide, en voulant exclure ceux, celles qui vivent dans des habitats légers, des caravanes ou autres.

L’affaire sera jugée le 22 février au tribunal.

Frédo Liévy a-t-il le droit d’élever ses poules à Frouzins ?  Drôle de société qui interdit  d’élever des poules à la campagne, sur une terre traditionnellement agricole. Drôle de société qui interdit de vivre à une famille sur ses terres.

  « La députée européenne Catherine Grèze vient d'alerter le préfet. Jean-Marc Huyghe, président du SIENNAT, le syndicat intercommunal pour l'étude et l'accueil des nomades de l'agglomération toulousaine, qui rassemble 85 communes dont Frouzins a proposé sa médiation » dit La Dépèche.

http://www.ladepeche.fr/article/2011/01/17/991244-Frouzins-Menace-sur-le-nomade-devenu-eleveur.html

 

« On aimerait savoir ce qu’en pense Monsieur Izard » disent beaucoup gens ce jour là (Alain Bertrand est Vice-président de la Commission Permanente).

Tous les socialistes demanderont-ils l’expulsion des roms de leurs communes ? On ne peut l’imaginer.

Il nous semblait pourtant que les positions du Parti Socialiste étaient plus humanistes  intelligentes et ouvertes que celle du maire de Frouzins.

 

 

Devant nous Fredo explique sa position face au Maire.

Il vouvoie le Maire, explique, réexplique. Rien n’y fait.

Le maire s’adresse à Frédo : « Liévy… Tu peux… » « Liévy, tu sais que… ». « On se connaît depuis 15 ans « dit-il, et de parler des gens du voyages, du « camp »… (il rectifie) « de l’aire » des gens du voyage… ».

« Il enrichit le village » dit un manifestant ». Le maire méprisant répond  « pfff…. Il enrichit les poules, oui ! »

Il fait froid, très froid. Surtout dans nos cœurs. Nous avons l’impression d’assister à une discussion d’un autre âge. D’un coté les représentant d’une caste supérieure et en face un intouchable ou un paria.

D’un côté des élu-e-s, certains plus sûrs que d’autres dans leur volonté d’expulser les roms et autres voyageurs.

De l’autre des hommes, des femmes d’éthique qui luttent pour les principes républicains. Des gens qui s’indignent, se révoltent contre l’arbitraire des castes dominantes  et des élu-e-s qui osent dire qu’ils représentent le Peuple.

Ce jour-là à Frouzins, nous aurions pu être en Inde ou dans l’Afrique du sud de l’apartheid.

Mépris du verbe. Mépris du geste. Mépris des « bien nés » face à ceux que l’on classe dans les minorités, les délinquants, les voleurs de poules.

Sauf que là, c’est Frédo Leivy qui est éleveur de poules est aussi le messager du peuple des gens du voyage.  Un responsable , une conscience politique dont la famille avec celle de ses compagnons voyageurs, roms et gitans a fait les frais des camps de concentration dans une époque que l’on croit révolue.

Fredo Leyvi est propriétaire du terrain sur lequel il vit et travaille comme agriculteur.

Citons le journal internet de Frouzins : « Ce micro territoire isolé au milieu des champs abrite les quatre petits poulaillers de bois, le hangar et la petite pièce d'accueil de l'exploitation agricole, ainsi que le mobile home, la caravane, et les wc salle de bain de la famille.

Bref une petite ferme proprette avec des bordures de parterre peintes en blanc… Fière de sa sédentarisation réussie et choisie, la famille est d'ailleurs connue des Toulousains à travers le clip « Un terrain pour ma famille », diffusé sur TLT.

Mais à Frouzins, le maire, a choisi de faire appliquer le code de l'urbanisme et les arrêtés municipaux à ces manouches sédentaires qui demandent juste l'autorisation de se construire un chalet pour continuer à vivre leur vie sans renier la culture de leurs ancêtres.

 Résultat : trois permis de construire refusés sur la base d'un arrêté municipal et d'un avis défavorable de la chambre d'agriculture de la Haute-Garonne qui juge l'exploitation trop petite pour être viable. Le 22 février, l'affaire reviendra devant le tribunal correctionnel de Toulouse qui devra dire si les Liévy peuvent continuer à vivre sur leur petit domaine, où s'ils doivent tout démolir et quitter les lieux. »

 

La vérité sous-jacente de cette agression est qu’il n’est pas bon avoir un « gitan » à deux cent mètres d’un nouveau lotissement en fin de construction n’est pas bon pour le « paraître » des propriétaires.

 

Nous appelons l’ensemble de nos collègues universitaire à réagir auprès des autorités et des partis politiques et à soutenir, par tous les moyens Frédo Léyvi, « gitan », messager des gens du voyage et ancien candidat d’Europe écologie aux Européennes de 2009.

Moblisons-nous afin que le maire de Frouzins ne fasse pas détruire la  maison de bois et l’exploitation  de la famille de Frédo Léyvi au milieu de sa propriété.

Nous sommes tous des gens du voyage !

Solidarité avec la famille Frédo Léyvi !

Serge Pey, maître de conférence, CIAM

& Daniel Welzer-Lang professeur de sociologie, UTM

(photos : emilie fernandez efmphoto@hotmail.fr

 

 

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 04:08

J'aime ce texte :

 

Ni burqua, ni hauts-talons,

Ni Cravattes,  ni rouge à lèvres…

 

Nous, collectif « Coccinelle » soutenons la demande d’interdiction des burquas et autres niqabs (voiles qui couvrent complètement le visage, à l'exception des yeux) dans l’espace public en France. Européen-ne-s convaincu-e-s, nous demandons l’extension de cette demande à toute l’Europe !

 

 

Symbole de l’oppression des femmes, de l’aliénation des hommes, la burqua n’a pas à être  imposée aux femmes comme rappel incessant de la domination masculine.

Bien sûr, les opprimé-e-s comme souvent n’ont ont aucune conscience. Nous les libérerons ! Qu’elles le veuillent ou non ! Et nous épargnerons à nos enfants des images publiques de soumission à l’hétéronorme.

 

MAIS CELA NE SUFFIT PAS

 

Pas de burqua, ni ici, ni ailleurs. Femmes et hommes, notamment parmi celles et ceux qui dégainent le plus vite sur les burquas des autres oublient souvent  la leur.

 

Avec le collectif coccinelle, revendiquons :

 

Les hauts talons sont aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons les !

Le rouge-à-lèvre est aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons le !

La cravatte aussi un symbole de domination des femmes : interdisons la aux hommes !

Le pantalon aussi un symbole de domination des femmes : interdisons le aux hommes  !

Le string est aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons le !

 

Nous exigeons des tenues qui ne marquent aucune différence dans l’appartenance culturelle, sexuelle, sociale !

 

Tous à poil…


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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 04:57


Le livre sort début mars 2009


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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 08:23

(Ce document, destiné à ouvrir le débat, est diffusable)


Expulsion, Parrainage, Marrainage, premier retour d'expérience profane

Quelques mots qui font suite à l'expérience vécu ces jours-ci concernant l'expulsion d'un étudiant étranger.
Les faits :
Moussa [le prénom a été changé], d'origine sénégalaise, est étudiant en M1. Il fait partie de ces étudiant-e-s étrangers « invisibles ». Assidu, il parle peu de lui. Et lorsque je lui ai demandé à son inscription en M1 (maîtrise) s'il était sans papier il m'a gentiment répondu que non. Qu'il n'avait aucun problème administratif. En fait, il a « négligé » [dit-il] de demander des papiers auxquels il avait pourtant droit, de peur que ces maigres économies ne soient pas considérées comme suffisantes par la Préfecture. De même, nous a-t-il expliqué, il a PEUR d'aller à cette préfecture. Il a préféré vivre 4 années dans le secret. Sa famille elle-même ne savait pas sa situation irrégulière. Cela doit nous donner à penser pour la suite et l'accompagnement (le parrainage et le marrainage ?) de ces dizaines (centaines ?) d'étudiant-e-s qui cumulent précarité économique et peur d'une arrestation.


Jeudi 18 décembre - soit la veille des vacances, quand de nombreux et nombreuses collègues  sont en train de boucler leurs valises -, alors que je m'apprêtais à me reposer suite à un long travail d'écriture, j'ai reçu un appel téléphonique. Moussa m'a dit rapidement : je suis dans la cabine téléphonique du centre de rétention. Arrêté lors d'un contrôle d'identité j'ai été placé en rétention hier au soir. Je dois être expulsé. Sans doute demain matin…Puis, il m'a communiqué le nom d'une avocate. J'ai appris par la suite qu'elle avait été commise d'office.

On a beau être antiraciste, sensible à la situation des personnes étrangères que notre Etat républicain veut éliminer sans douceur, juste pour satisfaire l'électorat le plus raciste et xénophobe. Ce coup de téléphone a été une véritable douche froide. Cet appel m'a d'abord sidéré. Comment faire ? Qui alerter ?
Heureusement que militant à la Ligue des Droits de l'Homme [toujours aussi curieux que cela paraisse, c'est encore comme cela qu'elle s'appelle], ancien parrain d'une famille régularisée il y a quelques mois, je disposais de numéros de militant-e-s que j'ai pu joindre très vite. J'ai ainsi eu très vite le contact avec la Cimade (qui fait vraiment un travail remarquable), le Réseau Education Sans frontière, la Ligue des Droits de l'Homme.
Et j'ai pu bénéficier de l'aide directe d'un autre collègue universitaire de la Ligue de Droits de l'Homme pour aller chercher des papiers particuliers prouvant son hébergement chez un collègue à lui. (Merci Robert !). Nous ne disposions pas d'un numéro de téléphone pour joindre les autres réseaux qui s'occupent des sans-papier-e-s….


En fait, dès cet appel, il s'est agi d'un course de vitesse. J'ai pu agir. Mais imaginons que je ne sois pas disponible à ce moment-là. Lors de l'appel de l'étudiant isolé, j'aurais pu être à l'étranger, en colloque, voire dans un avion. Lui, sans téléphone portable, n'avait que la cabine du centre de rétention pour joindre des gens. On imagine aisément les difficultés. De plus, suspendu au téléphone, je n'aurais pas pu réunir seul tous les papiers nécessaires.
Ceci veut dire qu'il est important de disposer de plusieurs numéros de téléphone en cas d'urgence. Qu'un réseau soit mis en place pour très vite avertir les collègues, les associations et syndicats. Qu'il est urgent que cessent les guerres de chapelles, les luttes d'égo, qui empêchent de travailler ensemble à l'Université pour protéger les sans-papier-e-s.



Le droit, les lois..
Rétention et expulsion appellent deux phénomènes juridiques distincts.
Le placement en rétention est contestable devant le Juge des Libertés qui a 48 heures pour se prononcer. L'arrêté de reconduite à la frontière (ou l'obligation de quitter le territoire) se conteste devant le Tribunal Administratif.
Pour Moussa, il s'est agi de deux procédures distinctes dans laquelle nous avons un peu cafouillé.

La Cimade m'a très vite donné un numéro de téléphone de l'avocate qui défendrait Moussa devant le juge des Libertés. Et l'avocate commise d'Office pour le recours devant le Tribunal Administratif m'a fait valoir qu'elle avait besoin de témoignages (de collègues et d'universitaires) prouvant que c'était un bon étudiant, de prise de position, de mobilisations pour le défendre.

Premier tour de piste d'appels
Mon premier objectif était de mobiliser les collègues, la Présidence d'université, la Direction du département, les responsables de notre laboratoire de recherche pour obtenir des attestations de soutien à Moussa.
Par mails et téléphone, l'information circule vite.

Les collègues qui ont encadré Moussa ont très bien réagi et vite. Ils ont de suite compris l'urgence d'envoyer à l'avocate du Tribunal Administratif  un témoignage accompagné d'une photocopie d'un document d'identité. Certaines n'avait pas de fax disponible -une prenait son train quelques heures après-, mais tout a pu s'arranger.
Notre erreur, pauvres novices, est qu'il aurait fallu aussi faxer ces papiers à l'avocate qui défendait Moussa devant le Juge des Libertés. Heureusement, cela n'a pas eu de conséquences dramatiques.
Des collègues par mail ont spontanément proposé leur aide pour signer une pétition. Une collègue (déjà militante sur la question) a de suite rédigé une lettre de protestation qu'elle a aussi faxée à l'avocate.
Quant à la Présidence de l'Université, à la Direction du département, du laboratoire : beaucoup de collègues étaient à Paris, ou ailleurs. Certain-e-s, ou certain-e-s « intermédiaires » n'ont pas saisi l'Urgence. L'impromptu que présente un tel événement où nous disposons d'un temps très très court pour réagir, dire, crier, témoigner…

Au vu de la période particulière où la chasse aux migrant-e-s est devenu un numéro à 5 chiffres, un objectif à atteindre, un challenge intentatoire aux libertés républicaines et à nos traditions de pays d'accueil, cela nécessite d'avoir à l'avance une discussion commune. De se mettre d'accord sur un protocole (excusez le terme technique). Et en tout cas d'être sensibilisé-e-s à ces procédures expéditives, ces événements (dans le sens qu'Edgar Morin donne à ce terme). Je proposerai une réflexion dans ce sens à la rentrée.
La non-perception du décalage entre une mobilisation rapide, mais contraignante [envoyer une attestation, trouver un fax..]  et son effet sur l'avenir d'une personne peut avoir des conséquences dramatiques.

Accompagner…
Il y a plus. Là, le Juge des Libertés a invalidé la procédure du contrôle d'identité. Du coup, les papiers (fiche de paie + attestation de loyer + facture EDF + copie d'un papier d'identité + attestation manuscrite) proposé par un collègue de Moussa prouvant qu'il pouvait l'héberger, n'ont servi à rien. La proposition que la rétention (quel terme !) soit remplacée par une « assignation à résidence » n'a pas été utile. Son arrestation n'était pas légale ! Le juge a tranché. Dans les faits, les policier-e-s recherchaient un autre homme de couleur. Ils (elles ? le rapport ne le dit pas) avaient confondu, et sont tombés sur un sans-papier par hasard… Moussa a eu juste le malheur d'être noir !

Nous n'étions ni nombreuses, ni nombreux à assister au passage de Moussa devant la 3ème chambre du Tribunal de Grande Instance. Faut dire qu'on a appris à 11 heures du matin qu'il passait à 14 heures. Nous étions suffisamment quand même (Merci au syndicaliste de Sud venu exprès) pour que l'avocate puisse faire valoir le soutien de ses profs présent-e-s dans l'assistance (il n'y avait quasi que nous en plus des personnes qui comparaissaient).

Moussa a donc été libéré 4 heures après le jugement. Le temps où le procureur peut faire un appel (suspensif) de la décision du juge.

J'ai rappelé Moussa (à la cabine du centre de rétention) pour lui demander si on venait le chercher, s'il avait pu joindre ses ami-e-s. Personne n'était disponible.
J'ai donc été  le chercher pour l'amener chez un ami (Un conseil : vous munir d'un GPS pour trouver le centre en pleine nuit !).
Inutile de dire combien il était troublé, fatigué et choqué de l'expérience qu'il vivait. Mais content de se savoir aidé.
Telle ne fut pas la chance des 4 sans papier-e-s libéré-e-s deux heures avant lui (3 égyptiens, et une brésilienne), quatre personnes qui sont aussi passée--s devant le Juge des Libertés à la même audience et qui ont, aussi, été libérées (parfois on a envie de les embrasser les Juges). Nous les avons vu (mais trop tard pour s'arrêter) marcher le long de l'autoroute entre Blagnac et Toulouse. Moussa nous a expliqué qu'ils/elle avaient appelé en vain un taxi. Ils/elle auraient pu (et cela s'est peut-être passé) être arrêté-e-s par des policier-e-s. Et cette fois-ci, pensais-je, en flagrance d'un véritable délit reconduit-e-s…. en rétention ! Plus tard j'ai appris que suite à une libération du centre de rétention après annulation de la procédure par le Juge des Libertés, la personne ne peut faire l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement pendant 7 jours. Cela n'excuse rien et n'empêche pas les autres tracas.

Le recours contre l'arrêté d'expulsion
Lundi 22 décembre au matin, sans nouvelle de l'avocate, j'ai appelé. Elle était partie en vacances. La cimade m'a gentiment fourni les coordonnées de sa collaboratrice qui allait défendre Moussa. L'audience au Tribunal Administratif avait été fixée le même jour à 14 heures. Un envoi rapide de mails le matin pour essayer de faire venir quelques collègues, malgré cette période si peu propice aux mobilisations. Moussa, lui-même, appelé à 13 heures par mes soins, n'avait pas été averti. En fait la justice le croyait encore en centre de rétention. Il a été convenu en commun accord avec lui et l'avocate qu'il n'avait pas besoin d'être présent. Que cela pouvait éviter une arrestation à l'audience. Nous étions 3 à l'audience (merci au collègue du SGEN pour sa présence).
L'avocate a largement utilise les attestations que nous avions fournies. Elle a fait valoir son excellent parcours scolaire, l'apport de ses études (sur les migrations subsahariennes) à la connaissance commune, le soutien de ses profs… Elle a signalé notre présence dans la salle malgré la période de congés. J'en suis sorti optimiste pour la suite. J'avais tort. La France n'aime pas les contes de Noël ! Le mardi matin, nous avons appris que l'appel était rejeté. Sans doute par manque de liens familiaux à Toulouse. Sans doute aussi par le manque de soutiens à l'université ; des étudiant-e-s comme des enseignant-e-s-chercheur-e-s.
Moussa a 30 jours pour faire appel devant la juridiction ad hoc à Bordeaux. Nous aurons donc le temps de préparer une défense collective à la rentrée de janvier. L'appel n'est pas suspensif….
Il devra donc vivre avec son arrêté d'expulsion comme menace permanente sur sa vie universitaire. Eviter les lieux trop publics où il risque d'être contrôlé.
En tout cas, il remercie chaleureusement ceux, celles qui l'ont soutenu.

Quant à nous, il nous reste en janvier à poursuivre cette mobilisation. Pour Moussa, bien sûr, mais aussi pour tous les étudiants, et toutes les étudiantes qui pourraient être concerné-e-s. En fait, nous sommes entouré-e-s de sans papier-e-s, qui comme Moussa vivent la peur au ventre, essaient de nous faire oublier leur condition. Et ils/elles y arrivent très bien.
Mais la mobilisation contre ces expulsions correspond aussi à autre chose qui nous est plus intime. Je ne crois pas aux analyses qui nous disent que le régime actuel est « fasciste », qu'il n'y a plus de libertés. C'est justement parce que nous sommes - encore - dans un régime démocratique élu par la majorité des français-e-s électeurs et électrices que nous devons nous mobiliser. Tout-e sociologue sait que l'Etat n'est pas monolithique. Que face aux tendances de l'Etat qui flirtent (ou plus vu si affinités) avec les thèmes racistes du Front National pour leur prendre des voix, il est important, pour les sans papier-e-s, mais aussi pour notre honneur à nous d'universitaires, de citoyen-ne-s de ne pas rester muet. De résister.

Joyeuses fêtes à tous et toutes.

A suivre à la rentrée...

Daniel wl
dwl@univ-tlse2.fr
PS = J'allais oublier. Ne négligez pas la vitesse à laquelle les téléphones se déchargent…


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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 05:02


Qu’avons-nous à dire aux femmes ? à nos mères ? aux mères de nos enfants ? nos sœurs ? nos amantes ? celles qui l’ont été ? celles qui pourraient ou voudraient le devenir ? A nos collègues ? Nos voisines ? Et aux femmes en général… Qu’avons-nous à nous dire, nous les hommes, nous qui avons appris à nous taire sur notre intimité, nos vies affectives, nos douleurs et nos joies réelles…

J’ai entrepris d’écrire un (nouveau) livre sur les mecs…  Il  sera publié en 2009. Il se veut simple, court (une petite centaine de pages maximum, ou — pour les pro du signes — 120 feuillets de 1500 signes), lisible (oui, je sais tous mes écrits ne le sont pas toujours). Bref, un petit format qui devrait pouvoir se diffuser très largement.

L’objectif est triple.

— vulgariser mes analyses des hommes et du masculin

— parler aux femmes de nos questions, nos doutes, nos certitudes ;
—    Affirmer notre volonté de nous battre avec elles contre toutes les formes de domination, d’oppression, et de violences, qu’elles vivent encore. Et en même temps aborder les questions que posent cette égalité en marche, cette Révolution (tranquille ou non) pour une partie conséquente d’hommes. Y compris des questions qui fâchent… (un peu).

— parler aux hommes, partager avec eux des expériences en essayant d’en tirer quelques outils théoriques, conceptuels qui nous aident à passer le cap actuel. Répondre à l’avance à ceux qui se fourvoient dans des impasses réactionnaires ou réactionnelles.
—   

Pour ce faire, je propose différents moyens de participer à cet ouvrage.
M’écrire en bal, mail ou tout autre moyen vos réflexions, critiques, avis, doutes. ;

Participer à quelques repas que j’organise en essayant de croiser des hommes des différentes générations, de différents milieux….

N’hésitez pas à prendre contact avec moi…

dwl
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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 05:14
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Clients… A la manière de… Grisélidis Réal,

 Le texte a été écrit, à la manière de… Grisélidis Réal, travailleuse du sexe, prostituée et — un peu — ethnologue qui, dans ses « carnets de bal », publiés pour la première fois en 1979, dessine à gros traits, en quelques lignes, les clients des sexualités récréatives tarifées que recevaient les prostituées…
 Des « carnets de bal »réactualisés par Daniel Welzer-Lang, suite à plus d’une quinzaine d’années de recherche scientifique sur les sexualités. Des carnets qui intègrent les différents moyens, les dispositifs, qui permettent aujourd’hui en 2008 aux hommes, aux clients, mais aussi aux femmes clientes de « baiser », ou « de se faire baiser…. », pour parler comme la majorité des clients.
Des carnets témoins de l’époque post-moderne, individualiste, qui est la nôtre…
Une pièce qui pose la question des liens entre sexualités et commerce, et ceci sans aucun tabou.
Des carnets écrits par un sociologue, Professeur de sociologie à l’Université Toulouse Le Mirail, fondateur et ancien Vice-Président de Cabiria, un bus de santé communautaire qui accueille les personnes prostituées à Lyon… à la manière de… Grisel..
En hommage à Grisélidis Réal, écrivaine, conférencière, documentaliste de la prostitution (fondatrice du centre international de documentation sur la prostitution. co-créatrice de Aspasie, association de défense des prostituté-e-s à Genève), infatigable défenseure des Droits humains.
Celle par qui, souvent, le scandale est arrivé…

La lecture sera suivie d’un débat…
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 05:31



Léo Vidal s’est suicidé...

Au-delà de l’émotion — lui qui depuis plusieurs années a déversé une haine bilieuse sur mon compte et mon travail de recherche — son suicide pose problème.

Léo venait de soutenir sa thèse intitulée « De l'Ennemi Principal aux principaux ennemis: Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination. » le vendredi 26 octobre.

Léo fait partie de ceux, celles, pour qui « au-delà du personnel » (titre de l’ouvrage qu’il avait coordonné en 1995), tout acte privé est et doit être analysé comme politique.
Se pose donc la question du sens de ce saut dans le vide.

Comment une analyse de « conscience masculine de domination » (1), de « l'agentivité politique individuelle des hommes », la volonté d’adopter une « expertise pragmatique politique » se conclut par un suicide ?

Est-ce que la « mise en oeuvre de l'épistémologie féministe matérialiste du standpoint » par des hommes, leur « handicap épistémologique » ne peuvent aboutir qu’à mettre fin à ses jours ?

Il est temps, largement temps de se rendre compte de l’impasse dramatique à laquelle aboutit l’attitude qui consiste à refuser de penser la marche vers l’égalité de manière dynamique, interactionniste et non-manichéenne.

Depuis de nombreuses années, nous essayons d’attirer l’attention des autorités et de l’opinion publique sur l’importance de la problématique suicidaire chez les personnes socialisées comme hommes, comme dominants.  Invariablement, des gens, dont Léo, nous ont accusé d’être alors des affreux réactionnaires tentant de mettre en doute les questionnements féministes.
Léo était un homme.
Lui aussi a adopté ce geste viril et définitif.

La secte des hommes-qui-refusent-de-vivre,
ceux qui veulent donner des leçons aux autres hommes,
ceux qui récusent les contradictions, paradoxes et dynamiques de l’évolution des rapports de genre,
doivent faire leur examen de conscience.

Pour ma part, en tant qu’homme,
En tant que militant antisexiste,
En tant qu’enseignant et formateur responsable,
En tant qu’intellectuel engagé depuis de nombreuses années dans les luttes et recherches sur les effets de la domination masculine sur les femmes, les hommes et les transgenres,
En tant que chercheur et écrivain queer qui veut déconstruire les évidences homophobes et hétérosexistes,
Je me refuse à faire la promotion de théories qui renforcent les attitudes suicidaires des hommes.

Par-delà la mort de Léo, je souhaite une vaste réflexion sur les conditions actuelles qui vivent les hommes confrontés aux justes remises en causes produites par les mouvements féministes, post-féministes, par les mouvements LGBT (lesbiennes, gais, bi et transgenres).

Les hommes ne doivent pas avoir que le suicide comme seule solution à leurs questionnements sur l’évolution des rapports hommes/femmes ou hommes/hommes.

Daniel Welzer-Lang




(1) Toutes les citations sont extraites de son résumé par lequel il appelait à participer à sa soutenance

Résumé de la thèse de Léo :

De l'Ennemi Principal aux principaux ennemis: Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination.__A partir d'une analyse comparative de recherches féministes matérialistes et  d'études masculines critiques des rapports de genre, cette thèse explore la "conscience masculine de domination". Considérée comme objet de recherche et comme outil  heuristique, la question de "la conscience masculine de domination" renvoie  à un impensé: l'agentivité politique individuelle des hommes. Le cheminement théorique effectué - à l'aide de l'interactionnisme et de la phénoménologie - revisite alors la socialisation masculine à la _lumière d'une telle conscience et élabore l'hypothèse d'une expertise pragmatique politique. Le cheminement empirique effectué à travers trois types d'entretien - non-directif, semi-directif et groupes focaux - avec _huit hommes, engagés ou non à partir du féminisme matérialiste, documente et inventorie les contours empiriques d'une telle conscience masculine de domination: une conscience politique positionnelle, interactionnelle et réflexive. Finalement, l'hypothèse d'une expertise masculiniste est illustrée à partir des diverses facettes et différents registres issus des entretiens. Cette thèse s'appuie sur et se veut une mise en oeuvre de l'épistémologie féministe matérialiste du standpoint: la  position vécue _dominante interagit de façon particulière avec la scientificité car elle est pensée comme un handicap épistémologique.
 
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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 04:57

Diffamation contre Daniel Welzer-Lang, Professeur de sociologie à Toulouse

Communiqué de Daniel Welzer-Lang

Suite à des plaintes que j’ai déposées, et après une longue instruction, le Ministère Public poursuivait le 14 mars les collègues qui m’ont diffamé au moment de l’obtention de mon poste de Professeur de sociologie en études « genre » à Toulouse.

Le jugement a été rendu le 30 mai 2007.
Tout en reconnaissant que les propos tenus contre moi étaient diffamatoires,
— d’une part, le Tribunal a estimé qu’il n’a pas été régulièrement saisi des poursuites visant les 6 membres de l’ANEF en raison de la mauvaise rédaction d’un réquisitoire supplétif du Parquet dirigé contre elles.
—d’autre part, les deux responsables de l’AVFT ont été relaxées au bénéfice de la bonne foi.

Ce jugement appelle de ma part les remarques suivantes :
— D’abord rappelons que contrairement à ce qu’ont voulu penser ou croire certaines personnes, c’est bel et bien à mon initiative que ce procès a eu lieu et non à la diligence de mes détractrices.
L’avantage de ce procès a été enfin de savoir en quoi consistaient les accusations contre moi. Puisque depuis le début des rumeurs me concernant, sous prétexte de protection des victimes, à aucun moment,  il ne m’avait été possible d’en connaître la teneur.


— En second lieu, il résulte, tant dans l’instruction, que dans l’audience, qu’après avoir fait le tour de France pour recueillir des témoignages contre moi, personne n’a été cité pour prouver la « vérité » des faits invoqués. Je rappelle à cet égard que les prévenues avaient dix jours, à compter de la citation qui leur a été délivrée fin novembre, pour présenter la preuve des faits qu’elles m’imputaient. Or « l’exception de vérité » n’a pas été invoquée par mes détractrices ! A noter que parmi les prévenues et témoins se trouvait l’ensemble de la chaîne des pouvoirs en sociologie (de Toulouse au National), ce qui relativise fortement les allégations selon lesquelles j’aurais le pouvoir d’empêcher les témoignages. C’est d’ailleurs l’inverse qui s’est produit  puisqu’une étudiante qui a refusé de quitter ma direction s’est vue exclue de facto de son équipe de recherche.


Seule la « bonne foi »  (comme d’ailleurs la nullité de la procédure), a été invoquée et plaidée : il  s’agissait alors non pas de savoir si les faits allégués étaient vrais ou faux mais simplement d’apprécier si ceux qui les dénoncent ont pu y croire à partir des informations en leur possession.


Au tribunal, le 14 mars par écrit et de vive voix les personnes poursuivies n’ont pu rapporter que quelques rares anecdotes ne pouvant en aucun cas, et de quelque manière que ce soit constituer des faits d’harcèlement sexuel. Ces anecdotes étant transformées au gré de chaque témoignage. Nous avons ainsi vu les mêmes types de témoignages circuler, se déformer d’une personne à l’autre en modifiant le cadre, les détails, les effets, les dates. Systématiquement les reproches qui m’ont été adressés ont été transformés par celles, ceux qui ont témoigné de ouï-dire pour légitimer les accusations contre moi. Quand d’autres témoignages « anonymes », les plus nombreux ont purement et simplement  été inventés, la très grande majorité des témoignages venait dire explicitement «  On m’a dit que… ». Bref, une forme habituelle de témoignages lorsque nous avons affaire à une rumeur.
Et un acharnement contre moi.

Et, bien sûr, ont été exposés des inexactitudes, voire des fantasmes sur mes méthodes de terrain, et un débat inachevé sur la « méthode » de recherche en sociologie qui s’est focalisé sur l’échangisme et le Cap d’Agde de 1996 à 1997. Oubliées les rencontres de préparation où il était décrit par avance ce qu’on allait observer au camp naturiste, oubliées les réunions quotidiennes de l’équipe de recherche sur le terrain (y compris parfois en se réunissant de manière distincte les hommes et les femmes de l’équipe), oublié l’immense journal de terrain collectif, oubliés les interminables débats sur la méthode que nous avons entretenus pendant des années. La victimisation systématique des femmes aboutit à dire que toute présence pour enquête de salariée ou de chercheuse sur ces terrains devient une violence inacceptable. On retrouve ici (avec parfois les mêmes personnes dites abolitionnistes) les débats contradictoires qui  circulent sur les rapports entre prostitution des femmes, violence et « travail du sexe » dans lequel d’autres personnes  de mon entourage  ont été insultées. Le fait qu’un sociologue doive justifier sa méthode au tribunal ouvre peut-être une drôle de période pour la sociologie en France.

Pour ma part, tout en jugeant critiquable le motif de bonne foi devant des témoignages manifestement inexacts et contradictoires, je ne contribuerai pas à la surenchère sur cette histoire. D’une part, nonobstant certains dérapages actuels, je ne considère ni l’ANEF, ni l’AVFT comme des organisations nuisibles, en particulier pour le développement  des études sur les femmes, ou la défense de celle-ci. D’autre part, il me semble temps d’ouvrir largement les débats sur les questions posées à l’occasion de ce procès où, je le rappelle, tantôt on m’a reproché une trop grande proximité avec les étudiantes, qualifiée à tord de « harcèlement », tantôt on a voulu invalider — et souvent sans les connaître, ni même en avoir discuté avec moi — mes méthodes de recherche en critiquant ma « déontologie ».
La rumeur a ainsi rebondi d’un reproche à l’autre…

Les questions posées sont politiques.
Beaucoup de personnes m’ont interrogé sur le fond de cette histoire.
C’est dans l’analyse des critiques et des reproches plusieurs fois répétés dans les témoignages que peut aussi se lire le sens de cette affaire. Ce qui est stigmatisé est une manière différente de travailler qui sort de l’académisme  traditionnel.

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant le tutoiement des étudiantes, les moments de convivialité entre enseignant-e-s et étudiant-e-s comme la montée de l’Ordre moral qui veut disqualifier les acquis de Mai 68 ? Régimenter la hiérarchie universitaire ? Menacer les innovations pédagogiques ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant les fonctionnements associatifs de groupe de recherche qui ont tenté de mener de front recherches universitaires et luttes sociales contre le sida, l’homophobie, les violences faites aux femmes… comme le retour de l’académisme, l’éviction des recherches-action chères aux mouvements sociaux, la tentative d’effacer les années sida où les tenant-e-s des analyses dites abolitionnistes sur la prostitution se sont vu-e-s contesté-e-s  par les travailleurs et travailleuses du sexe ?
 
Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant l’embauche d’étudiant-e-s, leur participation comme chargé-e d’étude payé-e-s à des recherches subventionnées (ce qui a permis à plusieurs d’entre eux/elle de payer leurs études), comme la tentative actuelle de nous imposer un cadre unique et normatif d’études et de carrières dites scientifiques ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant le terrain « échangisme », sa diabolisation comme lieu de toutes les violences, celles réelles que j’ai déjà décrites, mais surtout celles fantasmées, comme la montée en puissance, sous prétexte de lutte contre les violences, d’une nouvelle « hétérophobie » où toute tentative de dépasser l’hétérosexualité normative du deux, du couple, est déconsidérée d’avance ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant la méthodologie sur le terrain échangiste par des collègues spécialistes des grandes enquêtes… par téléphone, comme une volonté d’étouffer la recherche empirique, l’observation participante, l’imagination sociologique au profit d’études standardisées, aseptisées, médicalisées ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant les études sur les terrains naturistes où la nudité est de rigueur comme la tendance à vouloir à nouveau corseter le corps des femmes et des hommes ?


Que certaines personnes ne me trouvent pas sympathique ne me pose aucun problème. La vocation des chercheur-e-s n’est pas d’être aimé-e-s ou adulé-e-s. Depuis mon entrée dans le monde universitaire, ma carrière est marquée par de tels soubresauts où je passe alternativement du statut de sociologue maudit à celui de visionnaire. Et réciproquement.

Tout ceci, nécessite débats, et confrontations
Or, systématiquement, utilisant tantôt les rumeurs les plus folles sur mon compte, tantôt les textes et déclarations me visant, des démarches ont été entreprises auprès des organisateurs et organisatrices de colloques et de séminaires, des responsables des appels d’offres de recherche pour provoquer mon éviction du champ des débats et, in fine, refuser les débats. C’est ainsi que la recherche sur les gais-beurs n’a pas pu se réaliser.

Ces manœuvres sont concomitantes au rétrécissement progressif de ce qui se présente comme le champ des études genre aux seules analyses des femmes, et à leur victimisation. Elles sont aussi parallèles aux insultes, calomnies, agressions, d’autres collègues qui essaient de travailler sur les transformations du masculin que l’on tente d’invalider. Pourtant, comment pourrait-on faire l’économie des analyses sur les hommes, leurs transformations, leurs doutes, leurs résistances au changement ou au contraire leurs tentatives de changements ?

L’époque actuelle est marquée par la marche vers l’égalité des sexes, les transformations actuelles du genre, son début d’éclatement, la lutte contre des discriminations que subissent les femmes, et les personnes (femmes, hommes ou transgenres) qui ne situent pas dans l’hétérosexualité normative, l’articulation entre les questions que posent le système de genre et la « colorisation » et la « racialisation » de la question sociale (en particulier l’analyse critique des effets du colonialisme)… Dans ce vaste champ, les recherches et débats doivent se démultiplier.
 
Pour ma part, je continuerai à travailler sur…
    Les rapports sociaux de sexe et de genre
- les questions de l’accompagnement social des hommes aux changements, en particulier l’accueil des hommes violents. Comment, par exemple, accompagner socialement les 400 000 hommes qui frappent leur compagne ?
- les analyses critiques de l’instrumentalisation des questions liées aux violences sexistes au profit d’un nouvel Ordre moral
- les révolutions anthropologiques que nous sommes en train de vivre sur la question des parentalités, des conjugalités complexes…
- les sexualités non-hétéronormatives, etc.

J’invite tous ceux et toutes celles que ces questions intéressent à continuer à débattre ensemble.
Oui, j’ai obtenu et exerce un poste en études genre ! Oui, ces postes ne sont pas réductibles aux seules chercheuses qui travaillent, ou ont travaillé sur les femmes. Oui, les luttes de pouvoir à l’Université (et ailleurs) sont dures et complexes.
Les études sur le genre doivent quitter les différentes chapelles pour s’ouvrir aux diversités de pratiques, de situations et d’origines sociales, d’orientations et de goûts sexuels ; aux croisements avec les travaux sur les migrations.

Les débats sur le harcèlement sexuel qui a été le motif invoqué à posteriori par les prévenues pour justifier leurs écrits n’en sortent pas enrichis, bien au contraire. Même s’ils constituent un thème mobilisateur. Le nouveau moralisme et la victimologie qui assignent aux femmes une place d’éternelles mineures ont encore gagné du terrain.


Daniel Welzer-Lang

Ce texte est diffusé sur : http://daniel.welzer-lang.over-blog.fr/

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