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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 04:08

J'aime ce texte :

 

Ni burqua, ni hauts-talons,

Ni Cravattes,  ni rouge à lèvres…

 

Nous, collectif « Coccinelle » soutenons la demande d’interdiction des burquas et autres niqabs (voiles qui couvrent complètement le visage, à l'exception des yeux) dans l’espace public en France. Européen-ne-s convaincu-e-s, nous demandons l’extension de cette demande à toute l’Europe !

 

 

Symbole de l’oppression des femmes, de l’aliénation des hommes, la burqua n’a pas à être  imposée aux femmes comme rappel incessant de la domination masculine.

Bien sûr, les opprimé-e-s comme souvent n’ont ont aucune conscience. Nous les libérerons ! Qu’elles le veuillent ou non ! Et nous épargnerons à nos enfants des images publiques de soumission à l’hétéronorme.

 

MAIS CELA NE SUFFIT PAS

 

Pas de burqua, ni ici, ni ailleurs. Femmes et hommes, notamment parmi celles et ceux qui dégainent le plus vite sur les burquas des autres oublient souvent  la leur.

 

Avec le collectif coccinelle, revendiquons :

 

Les hauts talons sont aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons les !

Le rouge-à-lèvre est aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons le !

La cravatte aussi un symbole de domination des femmes : interdisons la aux hommes !

Le pantalon aussi un symbole de domination des femmes : interdisons le aux hommes  !

Le string est aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons le !

 

Nous exigeons des tenues qui ne marquent aucune différence dans l’appartenance culturelle, sexuelle, sociale !

 

Tous à poil…


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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 04:57


Le livre sort début mars 2009


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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 04:56
ce texte peut circuler...




Virilisme des évaluateurs et de leur chef…


Le 8 janvier 2009, Jean-François Dhainaut,, Président de l'AERES a déclaré :
«  Le pouvoir est une affaire masculine » d’une part et, d’autre part : « les
femmes en plus de leur métier doivent s’occuper de la maison, des enfants.
Elles n’ont donc pas de temps à consacrer à l’Aeres. »"


Le virilisme est une forme particulière de sexisme qui interdit de fait aux personnes désignées comme femmes d’endosser les postes de responsabilité sous prétexte que, même savantes, elles sont et restent des femmes. Le virilisme est l’exacerbation des pseudos qualités naturelles des femmes, et en creux l’hypervalorisation des qualités dites masculines. Le virilisme est une forme particulière de sexisme qui condamne les personnes désignées comme hommes à rester enfermés dans les corsets de la virilité traditionnelle. Leur interdisant de s’occuper de leurs intérieurs, des enfants, de vivre comme des personnes entières.

Le virilisme qui peut prendre des formes diverses (violences physiques, dénégations, refus d’écouter et d’entendre les femmes et leurs alliés masculins ou transgenres…), est une réaction qui s’est forgée dans les résistances masculines aux changements.

Le virilisme est une résistance :
— aux mouvements sociaux qui réclament la fin de la domination masculine et ses effets délétères…
— au féminisme qui affirme depuis longtemps le droit des femmes de vivre, y compris dans le domaine scientifique, dans l’égalité avec les hommes…
 — aux critiques de l’androcentrisme des sciences sociales qui démontrent la manière asymétrique dont sont traité-e-s hommes et femmes dans les écrits dits scientifiques…
— à cette déferlante de désirs d’hommes, de femmes ou d’autres, de toutes générations, d’inventer un autre monde où le sexe, le genre, la couleur de la peau, l’âge, l’origine, les histoires coloniales, la nature des amours et des désirs ne détermineront plus les avenirs individuels et collectifs…

Aujourd’hui, quelques hommes se figent encore dans les replis virilistes. Autistes face aux évolutions sociétales, ils rêvent d’un retour patriarcal des femmes derrières les fourneaux. Ils rêvent de l’époque où les hommes, construits en « vrais » hommes utilisaient leur pouvoir pour régenter le monde et l’intérieur des maisons. Ils rêvent d’un monde passé.
Ce sont des hommes du passé, nostalgiques des uniformes masculins et de l’ordre militaire (et viril) qui régentait le monde.


Tout cela, nous, les spécialistes des études genre, celles ceux qui depuis plusieurs décennies déconstruisons pas à pas les évidences de sens commun qui légitiment l’oppression des femmes et l’aliénation des hommes…, celles et ceux qui ont mis en exergue les liens entre sexisme, homophobie et hétérosexisme…, nous le savons.

Mais ce qui est aujourd’hui surprenant est que le Président d’une instance chargée d’évaluer nos travaux (y compris les travaux déconstruisant sexisme et domination masculine) puisse tranquillement, comme n’importe quel homme sûr du bon droit des hommes, des dominants, puisse l’évoquer en public et en faire une position officielle.

Quelle validité scientifique vont avoir ces « évaluations » chargées d’après Valérie Pécresse et son projet de décret (très largement contesté par toute la communauté universitaire) de faire évoluer nos carrières ? Pourquoi s’étonner que les revues dans lesquelles nous publions nos travaux scientifiques n’appartiennent pas aux revues classées parmi les plus prestigieuses, celles qui comptent dans l’évaluation de nos carrières ?

Non seulement, comme le demande déjà de nombreux et nombreuses collègues, Valérie Pecresse doit dénoncer de tels propos sexistes, rétablir des règles égalitaires et paritaires dans la composition des jurys.
Mais il est aussi temps que les hommes, scientifiques ou non, s’interrogent sur leurs places et leurs réactions face aux transformations de société que nous vivons.


 

Daniel Welzer-Lang, dwl@univ-tlse2.fr
Homme,
Enseignant-chercheur, Professeur de sociologie,
Université Toulouse Le-Mirail
Co-responsable du séminaire de l’Ecole Doctorale : les hommes et le masculin





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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 08:23

(Ce document, destiné à ouvrir le débat, est diffusable)


Expulsion, Parrainage, Marrainage, premier retour d'expérience profane

Quelques mots qui font suite à l'expérience vécu ces jours-ci concernant l'expulsion d'un étudiant étranger.
Les faits :
Moussa [le prénom a été changé], d'origine sénégalaise, est étudiant en M1. Il fait partie de ces étudiant-e-s étrangers « invisibles ». Assidu, il parle peu de lui. Et lorsque je lui ai demandé à son inscription en M1 (maîtrise) s'il était sans papier il m'a gentiment répondu que non. Qu'il n'avait aucun problème administratif. En fait, il a « négligé » [dit-il] de demander des papiers auxquels il avait pourtant droit, de peur que ces maigres économies ne soient pas considérées comme suffisantes par la Préfecture. De même, nous a-t-il expliqué, il a PEUR d'aller à cette préfecture. Il a préféré vivre 4 années dans le secret. Sa famille elle-même ne savait pas sa situation irrégulière. Cela doit nous donner à penser pour la suite et l'accompagnement (le parrainage et le marrainage ?) de ces dizaines (centaines ?) d'étudiant-e-s qui cumulent précarité économique et peur d'une arrestation.


Jeudi 18 décembre - soit la veille des vacances, quand de nombreux et nombreuses collègues  sont en train de boucler leurs valises -, alors que je m'apprêtais à me reposer suite à un long travail d'écriture, j'ai reçu un appel téléphonique. Moussa m'a dit rapidement : je suis dans la cabine téléphonique du centre de rétention. Arrêté lors d'un contrôle d'identité j'ai été placé en rétention hier au soir. Je dois être expulsé. Sans doute demain matin…Puis, il m'a communiqué le nom d'une avocate. J'ai appris par la suite qu'elle avait été commise d'office.

On a beau être antiraciste, sensible à la situation des personnes étrangères que notre Etat républicain veut éliminer sans douceur, juste pour satisfaire l'électorat le plus raciste et xénophobe. Ce coup de téléphone a été une véritable douche froide. Cet appel m'a d'abord sidéré. Comment faire ? Qui alerter ?
Heureusement que militant à la Ligue des Droits de l'Homme [toujours aussi curieux que cela paraisse, c'est encore comme cela qu'elle s'appelle], ancien parrain d'une famille régularisée il y a quelques mois, je disposais de numéros de militant-e-s que j'ai pu joindre très vite. J'ai ainsi eu très vite le contact avec la Cimade (qui fait vraiment un travail remarquable), le Réseau Education Sans frontière, la Ligue des Droits de l'Homme.
Et j'ai pu bénéficier de l'aide directe d'un autre collègue universitaire de la Ligue de Droits de l'Homme pour aller chercher des papiers particuliers prouvant son hébergement chez un collègue à lui. (Merci Robert !). Nous ne disposions pas d'un numéro de téléphone pour joindre les autres réseaux qui s'occupent des sans-papier-e-s….


En fait, dès cet appel, il s'est agi d'un course de vitesse. J'ai pu agir. Mais imaginons que je ne sois pas disponible à ce moment-là. Lors de l'appel de l'étudiant isolé, j'aurais pu être à l'étranger, en colloque, voire dans un avion. Lui, sans téléphone portable, n'avait que la cabine du centre de rétention pour joindre des gens. On imagine aisément les difficultés. De plus, suspendu au téléphone, je n'aurais pas pu réunir seul tous les papiers nécessaires.
Ceci veut dire qu'il est important de disposer de plusieurs numéros de téléphone en cas d'urgence. Qu'un réseau soit mis en place pour très vite avertir les collègues, les associations et syndicats. Qu'il est urgent que cessent les guerres de chapelles, les luttes d'égo, qui empêchent de travailler ensemble à l'Université pour protéger les sans-papier-e-s.



Le droit, les lois..
Rétention et expulsion appellent deux phénomènes juridiques distincts.
Le placement en rétention est contestable devant le Juge des Libertés qui a 48 heures pour se prononcer. L'arrêté de reconduite à la frontière (ou l'obligation de quitter le territoire) se conteste devant le Tribunal Administratif.
Pour Moussa, il s'est agi de deux procédures distinctes dans laquelle nous avons un peu cafouillé.

La Cimade m'a très vite donné un numéro de téléphone de l'avocate qui défendrait Moussa devant le juge des Libertés. Et l'avocate commise d'Office pour le recours devant le Tribunal Administratif m'a fait valoir qu'elle avait besoin de témoignages (de collègues et d'universitaires) prouvant que c'était un bon étudiant, de prise de position, de mobilisations pour le défendre.

Premier tour de piste d'appels
Mon premier objectif était de mobiliser les collègues, la Présidence d'université, la Direction du département, les responsables de notre laboratoire de recherche pour obtenir des attestations de soutien à Moussa.
Par mails et téléphone, l'information circule vite.

Les collègues qui ont encadré Moussa ont très bien réagi et vite. Ils ont de suite compris l'urgence d'envoyer à l'avocate du Tribunal Administratif  un témoignage accompagné d'une photocopie d'un document d'identité. Certaines n'avait pas de fax disponible -une prenait son train quelques heures après-, mais tout a pu s'arranger.
Notre erreur, pauvres novices, est qu'il aurait fallu aussi faxer ces papiers à l'avocate qui défendait Moussa devant le Juge des Libertés. Heureusement, cela n'a pas eu de conséquences dramatiques.
Des collègues par mail ont spontanément proposé leur aide pour signer une pétition. Une collègue (déjà militante sur la question) a de suite rédigé une lettre de protestation qu'elle a aussi faxée à l'avocate.
Quant à la Présidence de l'Université, à la Direction du département, du laboratoire : beaucoup de collègues étaient à Paris, ou ailleurs. Certain-e-s, ou certain-e-s « intermédiaires » n'ont pas saisi l'Urgence. L'impromptu que présente un tel événement où nous disposons d'un temps très très court pour réagir, dire, crier, témoigner…

Au vu de la période particulière où la chasse aux migrant-e-s est devenu un numéro à 5 chiffres, un objectif à atteindre, un challenge intentatoire aux libertés républicaines et à nos traditions de pays d'accueil, cela nécessite d'avoir à l'avance une discussion commune. De se mettre d'accord sur un protocole (excusez le terme technique). Et en tout cas d'être sensibilisé-e-s à ces procédures expéditives, ces événements (dans le sens qu'Edgar Morin donne à ce terme). Je proposerai une réflexion dans ce sens à la rentrée.
La non-perception du décalage entre une mobilisation rapide, mais contraignante [envoyer une attestation, trouver un fax..]  et son effet sur l'avenir d'une personne peut avoir des conséquences dramatiques.

Accompagner…
Il y a plus. Là, le Juge des Libertés a invalidé la procédure du contrôle d'identité. Du coup, les papiers (fiche de paie + attestation de loyer + facture EDF + copie d'un papier d'identité + attestation manuscrite) proposé par un collègue de Moussa prouvant qu'il pouvait l'héberger, n'ont servi à rien. La proposition que la rétention (quel terme !) soit remplacée par une « assignation à résidence » n'a pas été utile. Son arrestation n'était pas légale ! Le juge a tranché. Dans les faits, les policier-e-s recherchaient un autre homme de couleur. Ils (elles ? le rapport ne le dit pas) avaient confondu, et sont tombés sur un sans-papier par hasard… Moussa a eu juste le malheur d'être noir !

Nous n'étions ni nombreuses, ni nombreux à assister au passage de Moussa devant la 3ème chambre du Tribunal de Grande Instance. Faut dire qu'on a appris à 11 heures du matin qu'il passait à 14 heures. Nous étions suffisamment quand même (Merci au syndicaliste de Sud venu exprès) pour que l'avocate puisse faire valoir le soutien de ses profs présent-e-s dans l'assistance (il n'y avait quasi que nous en plus des personnes qui comparaissaient).

Moussa a donc été libéré 4 heures après le jugement. Le temps où le procureur peut faire un appel (suspensif) de la décision du juge.

J'ai rappelé Moussa (à la cabine du centre de rétention) pour lui demander si on venait le chercher, s'il avait pu joindre ses ami-e-s. Personne n'était disponible.
J'ai donc été  le chercher pour l'amener chez un ami (Un conseil : vous munir d'un GPS pour trouver le centre en pleine nuit !).
Inutile de dire combien il était troublé, fatigué et choqué de l'expérience qu'il vivait. Mais content de se savoir aidé.
Telle ne fut pas la chance des 4 sans papier-e-s libéré-e-s deux heures avant lui (3 égyptiens, et une brésilienne), quatre personnes qui sont aussi passée--s devant le Juge des Libertés à la même audience et qui ont, aussi, été libérées (parfois on a envie de les embrasser les Juges). Nous les avons vu (mais trop tard pour s'arrêter) marcher le long de l'autoroute entre Blagnac et Toulouse. Moussa nous a expliqué qu'ils/elle avaient appelé en vain un taxi. Ils/elle auraient pu (et cela s'est peut-être passé) être arrêté-e-s par des policier-e-s. Et cette fois-ci, pensais-je, en flagrance d'un véritable délit reconduit-e-s…. en rétention ! Plus tard j'ai appris que suite à une libération du centre de rétention après annulation de la procédure par le Juge des Libertés, la personne ne peut faire l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement pendant 7 jours. Cela n'excuse rien et n'empêche pas les autres tracas.

Le recours contre l'arrêté d'expulsion
Lundi 22 décembre au matin, sans nouvelle de l'avocate, j'ai appelé. Elle était partie en vacances. La cimade m'a gentiment fourni les coordonnées de sa collaboratrice qui allait défendre Moussa. L'audience au Tribunal Administratif avait été fixée le même jour à 14 heures. Un envoi rapide de mails le matin pour essayer de faire venir quelques collègues, malgré cette période si peu propice aux mobilisations. Moussa, lui-même, appelé à 13 heures par mes soins, n'avait pas été averti. En fait la justice le croyait encore en centre de rétention. Il a été convenu en commun accord avec lui et l'avocate qu'il n'avait pas besoin d'être présent. Que cela pouvait éviter une arrestation à l'audience. Nous étions 3 à l'audience (merci au collègue du SGEN pour sa présence).
L'avocate a largement utilise les attestations que nous avions fournies. Elle a fait valoir son excellent parcours scolaire, l'apport de ses études (sur les migrations subsahariennes) à la connaissance commune, le soutien de ses profs… Elle a signalé notre présence dans la salle malgré la période de congés. J'en suis sorti optimiste pour la suite. J'avais tort. La France n'aime pas les contes de Noël ! Le mardi matin, nous avons appris que l'appel était rejeté. Sans doute par manque de liens familiaux à Toulouse. Sans doute aussi par le manque de soutiens à l'université ; des étudiant-e-s comme des enseignant-e-s-chercheur-e-s.
Moussa a 30 jours pour faire appel devant la juridiction ad hoc à Bordeaux. Nous aurons donc le temps de préparer une défense collective à la rentrée de janvier. L'appel n'est pas suspensif….
Il devra donc vivre avec son arrêté d'expulsion comme menace permanente sur sa vie universitaire. Eviter les lieux trop publics où il risque d'être contrôlé.
En tout cas, il remercie chaleureusement ceux, celles qui l'ont soutenu.

Quant à nous, il nous reste en janvier à poursuivre cette mobilisation. Pour Moussa, bien sûr, mais aussi pour tous les étudiants, et toutes les étudiantes qui pourraient être concerné-e-s. En fait, nous sommes entouré-e-s de sans papier-e-s, qui comme Moussa vivent la peur au ventre, essaient de nous faire oublier leur condition. Et ils/elles y arrivent très bien.
Mais la mobilisation contre ces expulsions correspond aussi à autre chose qui nous est plus intime. Je ne crois pas aux analyses qui nous disent que le régime actuel est « fasciste », qu'il n'y a plus de libertés. C'est justement parce que nous sommes - encore - dans un régime démocratique élu par la majorité des français-e-s électeurs et électrices que nous devons nous mobiliser. Tout-e sociologue sait que l'Etat n'est pas monolithique. Que face aux tendances de l'Etat qui flirtent (ou plus vu si affinités) avec les thèmes racistes du Front National pour leur prendre des voix, il est important, pour les sans papier-e-s, mais aussi pour notre honneur à nous d'universitaires, de citoyen-ne-s de ne pas rester muet. De résister.

Joyeuses fêtes à tous et toutes.

A suivre à la rentrée...

Daniel wl
dwl@univ-tlse2.fr
PS = J'allais oublier. Ne négligez pas la vitesse à laquelle les téléphones se déchargent…


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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 09:17

et la suite...

Situation ou analyse confuse

Face à cette situation pour le moins confuse, et à défaut d’entretiens complémentaires avec les hommes qui déclarent avoir été violentés, quelques constats et hypothèses issus de 20 années de recherches socio-anthropologiques sur ces questions.

 

— Si les analyses réfutant les chiffres d’hommes qui seraient violentés sont nombreuses, notamment dans les mouvances liées au féminisme, pas de contre-enquêtes sont venues proposer d’autres chiffrages. Autrement dit, il est probable qu’un nombre important d’hommes se déclarent victimes de violences de la part de leur conjointe. Le nier semble non pertinent.

 

— Les chiffres sont d’autant plus étonnants que les hommes battus, ou plus exactement une partie significative des hommes qui subissent ou subissaient des violences domestiques ne le savent pas ! Rappelons que j’ai montré dans mes travaux que la structure de discours des hommes violentés est similaire à celle des femmes ou des enfants violentés. Comme de nombreuses femmes avant les campagnes médiatiques sur cette question, ils ne définissent comme violentes que les coups où ils sont persuadés que leur compagne a voulu leur faire mal « exprès ». Alors que leur compagne (comme les hommes violents) décrivent un continuum de violence où elles peuvent décrire des violences physiques, psychologiques, verbales... Chaque violence étant associée à une intention. « C’était pour lui dire que… » entend on souvent. Autrement dit, on peut légitimement penser que le nombre d’hommes autoproclamés violentés comporte, comme pour les compagnes, un chiffre noir. Je me souviens encore de cet homme en fauteuil roulant qui avait été poussé dans les escaliers par son amie pour la troisième fois qui nous affirmait : « Non, je ne vais pas la quitter. Elle m’aime, elle va changer »….

 

— Les hommes qui déclarent avoir été violentés sont-ils des hommes battus ?

Dès 1990, j’ai décrit dans différentes publications comment certains hommes violents expliquaient qu’ils ne faisaient que répondre à la violence verbale, psychologique, ou sociale de leur conjointe. « Il faudrait créer des groupes d’hommes battus avec les mots » disait un homme accueilli au centre d’accueil pour hommes violents de Lyon. Pour ne pas être assimilé au monstre que nous propose le mythe sur les violences domestiques, pour attirer l’empathie de leurs proches, la plupart des hommes violents ont tendance à réfuter leur responsabilité au profit d’une analyse symétrique de la violence. Leur violence ne serait que réactive à celle de leur compagne. Mais comme ils sont hommes, donc plus forts que les femmes, ils ont le dernier mot, ou le dernier coup. Bref, tous les hommes qui déclarent avoir été violentés ne sont pas des hommes battus. Et un nombre important d’hommes violents se retrouvent abusivement assimilés aux victimes.

 

 

Quels profils ?

Les hommes battus que j’ai rencontrés, à l’inverse des hommes violents et des femmes violentées, présentent des éléments communs dans leur profil sociologique. Ce sont des hommes dominés dans leur quotidien qui bien souvent sont culpabilisés par rapport aux femmes et à l’égalité hommes/femmes. Leur compagne, comme n’importe quelle personne violente, veut les faire réagir. Leur expliquer — par les coups s’il le faut — qu’elles ont raison. Et obtenir leur approbation/soumission. Ce sont souvent des hommes qualifiés de « mous » par leur compagne et leurs proches.

Le défaut principal des études publiées est que nous ne disposons pas d’éléments complémentaires venant nous renseigner sur le profil des hommes déclarant avoir été violentés. Il serait pourtant intéressant de savoir si la violence déclarée est corrélée à d’autres éléments venant montrer l’inversion des pouvoirs dans les couples concernés. Car, ne l’oublions pas, la violence domestique est d’abord, et surtout, le moyen d’affirmer son pouvoir sur l’autre.

 

L’égalité progresse. Des femmes de plus en plus nombreuses accèdent à des qualifications, des postes de responsabilités, une autonomie et une aisance sociale relatives. Souvent, leurs conjoints ne présentent plus les stéréotypes de machisme et de virilisme de leurs aînés. Parfois aussi sans doute, la montée des valeurs égalitaires légitime certaines femmes à exprimer leur colère. Voire leur violence. Quitte d’ailleurs pour certaines femmes rencontrées dans mes travaux récents à céder devant la violence supérieure du conjoint. On peut faire l’hypothèse que ce sont ces conjoints-là qui vont alimenter les contingents d’hommes autodéclarés violentés. Dans la mesure où de plus en plus de femmes sont affirmatives, il est normal que le nombre d’hommes battus augmente lui aussi. Seule une pensée anhistorique et asociale peut croire que les femmes seraient incapables de violences du fait de qualités féminines. Pensons aux travaux d’Arlette Farge.

 

Les femmes plus dangereuses que les hommes

A contrario de cette pensée essentialiste qui limite l’horizon des femmes à la paix et l’amour, la beauté intérieure et extérieure [ces qualités dites « naturelles » que la domination masculine a associées au féminin et que beaucoup de femmes ont incorporées], Margaret Mead propose de penser (à propos de la conscription militaire des femmes) à la trop grande propension des femmes à tuer dans les situations conflictuelles. Elles n’ont pas eu les apprentissages masculins à apprendre et savoir se battre sans tuer. Ce que nous, garçons, avons appris dès notre plus jeune âge dans les cours d’école ; puis après dans la maison-des-hommes (clubs de sports, Armée..). Et là le décalage des chiffres est étonnant !

 

Si tous les hommes qui déclarent avoir été violentés ne sont pas des hommes battus, on peut en effet quand même faire l’hypothèse d’une corrélation statistique entre le nombre d’hommes qui se déclarent violentés et le nombre d’hommes battus. Comme il est plus que probable que le nombre de femmes tuées chaque année par leur conjoint ou ex-conjoints (environ 160) ou blessées soit aussi proportionnel au nombre d’hommes violents. Or — pour l’instant — peu d’hommes sont tués par leur conjointe ou ex-conjointe. Si on analyse les statistiques des constats réalisés par les services de Police et de Gendarmerie pour 2005, nous apprenons que sur les 759 « Homicides pour d’autres motifs » élucidés, 662 sont le cas d’hommes, pour 97 réalisés par une femme. A propos de ce même rapport, Le Monde Diplomatique (octobre 2006) précise : « […] D’après les chiffres de la gendarmerie, qui a constaté en 2004 plus de 10 000 «violences entre conjoints non mortelles », la femme était victime dans 85 % des cas. Plus de 75 % des homicides et tentatives d’homicides entre conjoints concernaient également des femmes. La police nationale, elle, n’a collecté d’entrée que les données concernant les femmes victimes. »

 

Ce décalage entre faits constatés qui donnent aujourd’hui environ 15% d’hommes battus au regard des 50% de faits déclarés de certaines statistiques doit être interrogé. Notamment pour comprendre les limites du déclaratif sur cette question.

 

 

Violences subies, violences perçues… la limite des enquêtes de victimologie

Déclarer être violenté-e dans une enquête téléphonique ou ailleurs

Et si les chiffres sur les hommes battus marquaient le bout de l’analyse victimologique ? C’est l’hypothèse qui mérite d’être étudiée. Pour cela il faut, sans doute, faire un distinguo entre violence perçue et violence subie.

 

Du côté des femmes…

La déclaration de violence doit être située dans le contexte actuel et la reconnaissance relativement nouvelle de l’importance de cette problématique. La déclaration de violence, comme tout acte social entre dans un jeu complexe de stratégies conjugales.

J’ai rencontré des situations où des femmes — certes et heureusement largement minoritaires — déclarent des attouchements sexuels sur les enfants ou des violences conjugales pour obtenir droit de garde exclusif, divorce pour fautes… Elles essaient ainsi de profiter de l’émoi que provoque l’évocation de telles situations pour des raisons qui n’ont pas de rapports avec les violences subies.

 

Nous savons que certaines femmes, notamment parmi les plus jeunes et ceci grâce aux actions de prévention mises en place, repèrent très vite des formes symboliques de violences (regards, ton de la voix..). Vraisemblablement, elles vont déclarer plus de violences dans les enquêtes que leurs aînées qui pour certaines attendaient des dizaines d’années pour quitter leur conjoint violent. On peut faire l’hypothèse que, du côté des femmes, les violences perçues se développent et participent à la réduction des violences subies

 

Du côté des hommes…

Là où une masse importante d’hommes et de femmes « bricolent » pour trouver des nouveaux modes de fonctionnement, s’adaptent à l’individualisme égalitaire porté par la seconde modernité qui intègre revendications antidiscriminatoires des femmes, des gais et des lesbiennes, certains couples échappent à cette modernité. Que ce soit suite aux violences, ou à l’infidélité des conjoints, séparations et divorces sont alors l’occasion de conflits multiples et variés. Il est alors facile de tout interpréter a posteriori comme violences.

Mais le nombre réduit de ces cas (moins de 5% des séparations) n’expliquent pas l’ensemble des hommes qui déclarent des violences subies

 

Dans les couples hétérosexuels que j’ai étudiés, la violence majoritairement masculine s’intègre à l’interaction conjugale. Dans un couple où l’homme est, et se reconnaît, violent, comme dans de nombreux couples hétérosexuels « ordinaires » où l’homme n’est pas perçu ou déclaré comme violent, nous trouvons souvent une bipartition des rôles où la compagne assume le rôle de « maman » avec les enfants, ET avec le conjoint. L’interaction conjugale, l’ensemble des micro-interactions journalières, est marquée par cette distribution des pouvoirs. Bien sûr, alors, que la critique féminine des manières de faire de leur conjoint dans la maison, des façons de s’habiller, de jeter leurs vêtements au pied du lit avant de se coucher, les remarques vexatrices sur la non-participation masculine aux tâches domestiques, les suspicions permanentes sur leur infidélité, les reproches sur la manière de se tenir à table, les réprimandes à propos de leurs rôts et de leurs pets, les cris lorsqu’ils passent des heures lascifs devant la télévision, etc. peuvent être déclarés comme des formes de violences verbales, psychologiques lors d’enquêtes de victimisation. Et quand le désespoir vient saisir les compagnes, que par exaspération elles lancent des objets contre leur conjoint...Il est logique qu’ils déclarent cela comme des formes de violences physiques.

Tant que les enquêtes de victimisation continueront à ne s’intéresser qu’au déclaratif d’une seule personne. Sans prendre en compte l’interaction conjugale , et sans évaluer la pertinence du déclaratif lui-même, ces études seront biaisées. Que dire de cet homme qui traitait sa femme de « connasse » devant leurs ami-e-s et qui, en même temps se plaignait de sa violence  parce qu’elle critiquait sa manière de s’affaler, dans un fauteuil devant la télévision, une bière à la main et le son réglé au maximum ?

 

Quand les garçons se doivent et acceptent de jouer à l’homme, au mari, et quand les filles se doivent et acceptent de jouer à l’épouse et à la mère, la conjonction des deux positions sociales ne peut que produire des tensions et des conflits répétés. Aujourd’hui, hommes et femmes, nous avons de plus en plus tendance à percevoir cela comme des violences. Des violences contre notre droit inaliénable et individualiste à faire ce que nous voulons faire. Et à essayer que l’autre se conforme à nos attentes conjugales.

Pierre Bourdieu qualifiait l’assignation à être un homme ou une femme de « violence symbolique ». Il y voyait le fondement de la domination masculine.

Gageons que ces formes de violences ordinaires, intégrées à la violence symbolique des assignations de sexe, expliquent le décalage entre violences perçues et subies par les hommes.

 

Des violences qui vont encore progresser

L’égalité hommes/femmes, c’est quand les femmes s’approprient les mêmes outils que les hommes. S’affranchissent des mêmes tabous, s’accordent les mêmes droits et font… les mêmes bêtises.

 

L’égalité progresse. Comme évoluent aussi les campagnes médiatiques sensibilisant aux violences conjugales. De tabou et secrète, non discible, la violence est aujourd’hui de plus en plus banalisée. Devenant même, parfois, un simple argument de débat visant à discréditer l’Autre. Il n’y a alors aucune raison pour que le nombre d’hommes (et de femmes) qui perçoivent et déclarent des violences ne progresse pas. Comme il est aussi vraisemblable que le nombre d’hommes effectivement battus n’ait pas fini d’augmenter. Celui-ci sera proportionnel aux cas où nous assistons à des inversions de position de sexe où les compagnes prennent et reproduisent l’antique place des hommes.

 

La disparition du genre, du système socio-politique qui crée les catégories asymétriques et hiérarchisées des hommes et des femmes adviendra quand les pratiques des individus seront indépendantes de leur assignation de sexe. Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que d’autres formes de domination (classe, « Race », âge…) ne perdurent pas.

 

Peut-être que d’ici là, avant que le taux d’hommes battus n’égale celui des femmes violentées, nous aurons été capables de mettre en place un nouveau « contrat de genre » qui dépasse les assignations conjugales liées à la domination masculine. Car, ce que ne disent pas les enquêtes de victimologie, est que la violence conjugale répétée, exercée par l’un-e contre l’autre, est d’abord liée non au sexe, non à la psychologie ou l’hormonologie masculine (ou féminine), mais à l’affirmation et aux effets de la domination de celui, ou celle, qui se pense et se vit comme supérieur-e.

 

A ce niveau-là, en dehors des actions d’accompagnements à mettre en place — y compris pour les hommes, battus ou non — les chiffres des violences perçues, déclarées et/ou subies par les femmes et par les hommes nous dressent la feuille de route du chemin qu’il nous reste à faire pour éradiquer la domination masculine, et plus loin la domination de genre. Qu’elle soit exercée par les hommes, ce qui est encore largement le cas. Ou, peut-être, dans un avenir plus ou moins lointain, par des personnes désignées comme femmes.



Ce que j’ai qualifié de double standard asymétrique (Welzer-Lang, 2005, op. cit.).

Farge Arlette, Dauphin Cécile, 1997, De la violence et des femmes, Albin Michel, Paris.

Mead Margareth, 1967, « A National Service System as a solution to a variety of National Problem » in Anderson (ed), The military Draft: Selected Reading on Conscription, Standford, Californie, Hoover Institution Press pp 429-443.

Sur 768 cas constatés. Aucune ligne spécifique ne concerne les meurtres domestiques dans les statistiques disponibles pour le grand public. Les 162 femmes tuées par leur conjoint sont des analyses secondaires des données. Criminalité et délinquance constatées en France, 2006, Données générales, tome1, 2006, Paris, La documentation française. http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/074000386/index.shtml

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2006-10-05-Violences-conjugales

Le décalage entre la proportion des violences commises par des femmes (15% d’après les constats de Police) et les 25% de meurtres et tentatives de meurtres est conforme à l’hypothèse des femmes plus dangereuses que les hommes.

Singly (de) François, 2000, Libres ensemble, l'individualisme dans la vie commune, Paris, Nathan, coll. « Essais et Recherche ».

Dans mon étude sur les résistances masculines au changement (2005, op.cit.), nous avions remarqué de multiples violences dans les couples homosexuels. Mais, celles-ci présentaient des critères relativement différents aux violences des couples hétérosexuels.

Bourdieu Pierre, 1998, La Domination masculine, Paris, Seuil, coll. « Liber ».

 

 
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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 09:10
On me questionne souvent sur les hommes battus
Voici un article à paraître..
en deux post, au vu des contraintes d'over-blog

Les hommes battus (1)

 

Résumé :

Les débats autour des « hommes battus », sont un bel analyseur des questions de genre. Et des nouveaux problèmes que soulèvent les violences domestiques faites aux femmes. Mais plus loin, à notre époque marquée par une victimologie aigue qui tend à inhiber les débats en termes de domination masculine, la question des « hommes battus » pose clairement le problème du genre. Et de la violence symbolique qui structure nos représentations et pratiques du masculin, et du féminin.

Après une présentation commentée des chiffres disponibles concernant les hommes battus, cet article essaie d’en comprendre le sens.

 

 

MC : Hommes battus, violences conjugales, masculin, domination masculine, victimologie

 

 

Daniel Welzer-Lang

Professeur de sociologie

LISST-CERS (UMR CNRS 5193)

Université Toulouse Le-Mirail

dwl@univ-tlse2.fr

 


 

 

Les hommes battus

 

Il n’y en a pas un pour cent, et pourtant, ils existent…

Léo Ferré[i]

 

Serpent de mer de la problématique violence conjugale, les débats autour des « hommes battus », sont un bel analyseur des questions de genre. Et des nouveaux problèmes que soulèvent ce que j’avais l’habitude de penser comme le dernier obstacle à l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est-à-dire les violences domestiques faites aux femmes. Mais plus loin, à notre époque marquée par une victimologie aigue qui tend à inhiber les débats en termes de domination masculine, la question des « hommes battus » pose clairement le problème du genre. Et de la violence symbolique qui structure nos représentations et pratiques du masculin, et du féminin.

Après une présentation commentée des chiffres disponibles concernant les hommes battus, cet article essaie d’en comprendre le sens. Cette réflexion s’inscrit dans mes travaux actuels qui traitent des transitions vers l’égalité des sexes, tant du côté des utopies que des formes de résistances genrées au changement[ii].

 

 

Des chiffres qui font débats

Avant d’être une réalité dont nous allons analyser les atours et les contours, les hommes battus sont d’abord une notion historique fortement débattue.

 

Quelques rappels :

— En 1978, aux Etats-Unis[iii], Suzanne Steinmetz appartenant à l'équipe de sociologues dirigée par Strauss[iv] explique que « le crime le plus sous-estimé n'est pas la femme battue, mais le mari battu ». Dès 1977, elle proclame que 250 000 maris américains seraient battus par leur femme chaque année. Daley Pagelow explique comment Steinmetz a obtenu ces résultats à partir d'une enquête de victimisation. C'est-à-dire un sondage où l'on demande aux personnes si elles ont ou pas été victimes de violences, avec tous les biais possibles liés à ce type d'enquête notamment ceux liés aux rapports sociaux de sexe. En interrogeant 57 (cinquante-sept) couples avec deux enfants, elle obtient 4 hommes autoproclamés victimes de violences, ce qui rapporté à 100 000 couples et multiplié par 47 millions de familles américaines, aboutit à 250 000 hommes battus. Un ensemble de publications scientifiques font état de ses travaux[v].

La presse non spécialisée s'empare alors de ces chiffres et du Time Magazine au Chicago Daily News, titre "le mari plus battu que l'épouse". Les chiffres vont allègrement se transformer pour aboutir, de l'autre côté des Etats-Unis (le Miami Herald), à 12 millions de maris battus[vi].

Autrement dit, on ne peut scientifiquement s'appuyer sur les travaux de Suzanne Steinmetz pour affirmer un quelconque pourcentage de maris battus, mais on peut remarquer que la presse est friande de preuves apportées sous des couverts scientifiques pour montrer une pseudo symétrie entre hommes et femmes battu-e-s. Quitte lorsque les chiffres n'existent pas ... à les inventer.

 

— En France, les premiers articles sur les « femmes battues » datent de 1977[vii]. Très vite, et afin de minimiser un phénomène qui apparaissait complexe et massif, des voix se sont fait entendre pour dire que les hommes aussi sont battus. Et surtout pour symétriser ces notions. Pour la première campagne d’Etat sur les violences faites aux femmes en 1990, menée alors par Michèle André, une commission d’ « expert-e-s » (dont je faisais partie) a estimé le phénomène. Au vu des études européennes, de nos propres pratiques d’accueil de femmes violentées, d’hommes violents et d’hommes battus, les « expert-e-s » avaient estimé à l’époque qu’une femme sur dix était violentée, et que 1% des hommes subissaient le même phénomène.

 

— Systématiquement, depuis 1990, la plupart des associations de pères divorcés, les groupes masculinistes[viii], arguent sans preuve que le nombre d’hommes battus est égal à celui des femmes battues. Ils invoquent le tabou qu’ont les hommes d’en parler pour justifier leur absence des statistiques. En fait, comme pour certaines militantes adeptes de la maternitude[ix] — cette résistance féminine aux changements et à la disparition du genre — ils confondent problématique parentale et violences domestiques.

Depuis quelques années, ces mouvements invoquent en Europe les écrits de Sophie Torrent[x] pour justifier scientifiquement leurs propos. En réalité, ce mémoire qualitatif[xi] de fin de cycle de travail social donne la parole à quelques hommes violentés. Et rien de plus. En tout cas, il n’est pas possible d’en tirer une quelconque conclusion sur l’ampleur du phénomène.

 

— En 1999, Statistiques Canada réalise une l’Enquête sociale générale sur la violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec[xii]. L’enquête a été réalisée auprès de 11 607 hommes et 14 269 femmes. Les résultats sont exposés dans le tableau suivant :

 

Taux de prévalence de la violence conjugale, Canada, 1999

Gravité de la violence

 

Taux annuel

Taux sur cinq ans

 

homme

femme

homme

femme

Victime avec conjoint actuel

17

17

40

36

Violence mineure

 

 

21

24

Violence grave

 

 

19

12

 

 

 

 

 

Victime avec ex-conjoint

17

25

94

108

Violence mineure

 

 

26

35

Violence grave

 

 

68

73

 

 

 

 

 

Victime avec conjoint actuel ou ex-conjoint

19

22

61

70

Violence mineure

 

 

25

31

Violence grave

 

 

36

38

Sources : Laroche, 2003 : tableau 3.8, p. 69; Laroche, 2004 : tableau 1, p. 6.

Lire 22% des femmes, et 19% des hommes déclarent avoir été victimes de violence (graves ou mineures) sur une année.

 

 

Denis Laroche, auteur de l’étude en conclue :

• des taux de prévalence de violences conjugales subies similaires pour les hommes et les femmes;

• des proportions semblables de victimes de la violence grave chez les hommes et les femmes;

• une évolution comparable des taux de prévalence selon l’âge chez les hommes et les femmes;

• l’association des conséquences physiques à la violence grave et à un nombre élevé d’événements, tant chez les hommes que chez les femmes;

• un nombre nettement plus grand de femmes que d’hommes font état de conséquences physiques par suite de violence conjugale, telles que des blessures, le fait d’avoir reçu des soins dans un hôpital ou des soins et le suivi d’un médecin ou d’une infirmière, ou l’interruption de leurs activités quotidiennes.

 

On imagine aisément l’émoi provoqué par des tels résultats. Ils seront critiqués — sur la méthode : utilisation des échelles des tactiques de conflits (Conflict Tactics Scales de Murray) A. Straus. Même si celle-ci a été modifiée pour l’étude. — Et sur le fond : « Les données de l’Enquête sociale générale, 1999 (ESG) de Statistique Canada […] font état de taux de prévalence de la victimisation des hommes et des femmes en contexte conjugal qui sont très près l’un de l’autre. Ceci est parfois interprété comme étant révélateur d’une symétrie des sexes dans la violence conjugale. Pourtant, après une analyse plus approfondie des données, on constate que ce n’est pas le cas » écrit ainsi le Conseil de Statut de la femme du Québec[xiii].

 

 

— En France l’enquête pionnière dirigée en l’an 2000 par Maryse Jaspart auprès de 6970 femmes[xiv] n’a pas interrogé les hommes. L’enquête montrait qu’une femme sur dix (10%) était violentée en France, et qu’une femme sur vingt (5%) était victime de violences physiques[xv].

 

— Enfin signalons la publication récente par l’Insee d’un article intitulé : « Les violences faites aux femmes »[xvi] par Lorraine Tournyol du Clos, (Institut national des hautes études de sécurité), et Thomas Le Jeannic (division Conditions de vie des ménages, Insee). A partir de l’enquête intitulée « Cadre de vie et sécurité » réalisée en 2007 par l’Insee, en partenariat avec l’Observatoire national de la délinquance auprès de 17 500 ménages et individus, les auteur-e-s nous apprennent que « 3 %des femmes de 18-59 ans ont subi en 2005-2006 des violences physiques de la part d'un membre du ménage contre 1,6 %des hommes ».

 

 

Tableau 1

 

 

Les victimes de violences selon le sexe

 

 

 

 

en %

 

Femmes

Hommes

Violences au sein du ménage

 

 

Violences physiques

3,0

1,6

Viol

0,7

0,2

Violences physiques ou viol

3,3

1,7

Violences en dehors du ménage

 

 

Agressions physiques

2,5

3,3

Viol

1,5

0,5

Agressions physiques ou viol

3,4

3,5

Autres agressions sexuelles

 

 

 Baisers, caresses ou autres gestes déplacés

5,9

1,3

 Exhibition sexuelle

3,6

1,6

Vols

 

 

 Vols avec violence

0,8

1,4

 Vols sans violence

3,3

3,6

Agressions verbales

 

 

 Menaces

5,5

6,9

 Injures

16,9

14,6

Lecture : 3 % des femmes de 18-59 ans ont subi en 2005-2006 des violences physiques de la part d'un membre du ménage contre 1,6 % des hommes.

Champ : individus de 18-59 ans.

Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.

 

Autrement dit, les hommes violentés représenteraient 35% des personnes subissant des violences de la part de leur conjoint.

 

Les chiffres sont étonnants. En tout cas, en compilant ces données, en relisant les textes qui les présentent, j’ai été très surpris.

Reste, aussi objectivement que possible, à essayer d’en comprendre le sens. Pour l’instant, les analyses qui s’intéressent aux hommes battus oscillent entre un populisme aigu [les hommes sont aussi battus que les femmes] et un misérabilisme sévère qui explique que les hommes battus n’existent pas. Que seules les femmes subissent cette forme d’oppression domestique.

 



[i] Cette citation de Léo Ferré ne concernait pas les hommes battus, mais… les Anarchistes… [Ferré, 1970]. Ce clin d’œil vise à montrer que, pour les hommes battus comme pour les Anarchistes, ce n’est pas forcément le petit nombre d’individus qui empêche un phénomène d’exister socialement.

[ii]Welzer-Lang Daniel, 2007, Utopies Conjugales, Paris, Payot ; Welzer-Lang Daniel, 2009, Nous les mecs…, Paris, Payot ; Welzer-Lang Daniel, Le Quentrec Yannick, Corbière Martine, Meidani Anastasia, 2005 : Les hommes : entre résistances et changements, Lyon, éditions Aléas.

 

[iii] Mildred Daley Pagelow, the « Battered husband syndrome : social problem or much ado about it » in Marital Violence, London, Johnson Norman, ed. 1985, pp. 172-195. L'article entier est consacré à déconstruire l'affirmation de Steinmetz.

[iv] M. A. Strauss, R. Gelles, S. Steinmetz, 1980, Behind closed doors : violence in the american family, New-York, Doubleday.

[v] S. Steinmetz, "Wifebeating, husbandbeating - a comparison of the use of physical violence between spouses to resolve marital fights", in M. Roy (ed.), Battered Women, New-York, Van Nostrand Reinhold, 1977, pp. 63-72 ; S. Steinmetz, "The battered husband syndrome", Victimology, vol. 2, no. 3/4, 1975. pp. 499-509 ; S. Steinmetz, "Women and violence : victims and perpetrators", American Journal of Psychotherapy, vol. 34, no. 3, 1980, pp. 334-50.

[vi] Voir la liste de ces journaux dans Welzer-Lang, 2005, Les hommes violents, Paris, Payot, pp 317 et 428-429.

 D'autres critiques méthodologiques sont apportées dans : E. Pleck, JH. Pleck, M. Grossman P.P. Bart "the battered date syndrome : a comment on Steinmetz 's article, Victimology, Vol. 2, n° 2/3, 1978, pp. 680-683.

[vii] Hanmer Jalna, 1977, Violence et contrôle social des femmes in Questions Féministes, n° 1, pp. 69-90.

[viii] Après avoir été utilisé pour désigner les hommes qui réfléchissaient aux transformations des masculinités en accord avec le féminisme, ce terme désigne aujourd’hui des individus et des groupes réactionnaires, i.e. qui s’opposent à la reconnaissance de la domination masculine.

[ix] La maternitude considère « normal » et « « naturel » que les femmes (car potentiellement mères) s’occupent de l’élevage des enfants. Et ce, au détriment des pères, surtout après une séparation. Cette conception renvoie à une vision naturaliste de la division hiérarchisée des sexes. On en sait les conséquences en termes d’oppression des femmes ! Voir à ce propos les écrit de Christine Delphy : 2001, L'Ennemi principal, t.II : Penser le genre, Paris, Syllepse.

[x] Sophie Torrent, 2003, L’homme battu, Un tabou au coeur du tabou, Éditions Option Santé. Ce livre est l’édition d’un mémoire réalisé au Département de travail social et des politiques sociales de l'Université de Fribourg (Suisse).

[xi] « En se basant sur le témoignage d'hommes reconnus violentés », dit la 4ème de couverture. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une étude quantitative comme le laisserait supposer certains écrits. Et encore moins d’une thèse universitaire.

[xii] Institut de la statistique du Québec. La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Québec, 2003. Voir aussi : Laroche Denis, « Prévalence et conséquences de la violence conjugale envers les hommes et les femmes », Présentation au congrès international Paroles d’hommes Montréal, 23 avril 2005. http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/violence_h-f99.htm

[xiii] Conseil du Statut de la femme, Ampleur et nature de la violence subie par les femmes et les hommes : analyse sur quelques statistiques sur la violence conjugale, Québec, Février 2005. www.csf.gouv.qc.ca/telechargement/publications/RechercheViolenceFemmeHommeStat.pdf

Dans ce document, à côté d’arguments bien construits, on trouve aussi des vraies perles qui fleurent le naturalisme des temps anciens: « Un coup de poing ou un coup de pied donné par un homme comporte un risque de blessures plus élevé que s’il est donné par une femme. Or, cet acte, toujours classé comme grave, pourrait éventuellement être considéré comme de la violence mineure si donné par une femme » (page 12).

Voir aussi : Brodeur Normand, 2003, « Le discours des défenseurs des droits des hommes sur la violence conjugale, Une analyse critique », Service social, Volume 50, numéro 1, p. 145-173. http://www.erudit.org/revue/ss/2003/v50/n1/006925ar.html

[xiv] Jaspard Maryse (dir) et alii, 2003, Les violences envers les femmes en France, Paris, La Documentation française.

[xv] Sur la contestation des chiffres avancés et les précisions concernant les violences physiques, voir l’article : Lebras Hervé, Iacub Marcela « homo mulierilupus ? » in Les temps modernes, n°623, pp 112-134, 2003. Si l’on accepte les critiques de Iacub et de Le Bras, ce sont toutefois près de 422 000 hommes qui auraient été violents l’année dernière avec leurs compagnes en France.

[xvi] Insee première, N° 1180, février 2008

 
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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 05:02


Qu’avons-nous à dire aux femmes ? à nos mères ? aux mères de nos enfants ? nos sœurs ? nos amantes ? celles qui l’ont été ? celles qui pourraient ou voudraient le devenir ? A nos collègues ? Nos voisines ? Et aux femmes en général… Qu’avons-nous à nous dire, nous les hommes, nous qui avons appris à nous taire sur notre intimité, nos vies affectives, nos douleurs et nos joies réelles…

J’ai entrepris d’écrire un (nouveau) livre sur les mecs…  Il  sera publié en 2009. Il se veut simple, court (une petite centaine de pages maximum, ou — pour les pro du signes — 120 feuillets de 1500 signes), lisible (oui, je sais tous mes écrits ne le sont pas toujours). Bref, un petit format qui devrait pouvoir se diffuser très largement.

L’objectif est triple.

— vulgariser mes analyses des hommes et du masculin

— parler aux femmes de nos questions, nos doutes, nos certitudes ;
—    Affirmer notre volonté de nous battre avec elles contre toutes les formes de domination, d’oppression, et de violences, qu’elles vivent encore. Et en même temps aborder les questions que posent cette égalité en marche, cette Révolution (tranquille ou non) pour une partie conséquente d’hommes. Y compris des questions qui fâchent… (un peu).

— parler aux hommes, partager avec eux des expériences en essayant d’en tirer quelques outils théoriques, conceptuels qui nous aident à passer le cap actuel. Répondre à l’avance à ceux qui se fourvoient dans des impasses réactionnaires ou réactionnelles.
—   

Pour ce faire, je propose différents moyens de participer à cet ouvrage.
M’écrire en bal, mail ou tout autre moyen vos réflexions, critiques, avis, doutes. ;

Participer à quelques repas que j’organise en essayant de croiser des hommes des différentes générations, de différents milieux….

N’hésitez pas à prendre contact avec moi…

dwl
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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 05:14
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Clients… A la manière de… Grisélidis Réal,

 Le texte a été écrit, à la manière de… Grisélidis Réal, travailleuse du sexe, prostituée et — un peu — ethnologue qui, dans ses « carnets de bal », publiés pour la première fois en 1979, dessine à gros traits, en quelques lignes, les clients des sexualités récréatives tarifées que recevaient les prostituées…
 Des « carnets de bal »réactualisés par Daniel Welzer-Lang, suite à plus d’une quinzaine d’années de recherche scientifique sur les sexualités. Des carnets qui intègrent les différents moyens, les dispositifs, qui permettent aujourd’hui en 2008 aux hommes, aux clients, mais aussi aux femmes clientes de « baiser », ou « de se faire baiser…. », pour parler comme la majorité des clients.
Des carnets témoins de l’époque post-moderne, individualiste, qui est la nôtre…
Une pièce qui pose la question des liens entre sexualités et commerce, et ceci sans aucun tabou.
Des carnets écrits par un sociologue, Professeur de sociologie à l’Université Toulouse Le Mirail, fondateur et ancien Vice-Président de Cabiria, un bus de santé communautaire qui accueille les personnes prostituées à Lyon… à la manière de… Grisel..
En hommage à Grisélidis Réal, écrivaine, conférencière, documentaliste de la prostitution (fondatrice du centre international de documentation sur la prostitution. co-créatrice de Aspasie, association de défense des prostituté-e-s à Genève), infatigable défenseure des Droits humains.
Celle par qui, souvent, le scandale est arrivé…

La lecture sera suivie d’un débat…
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 05:31



Léo Vidal s’est suicidé...

Au-delà de l’émotion — lui qui depuis plusieurs années a déversé une haine bilieuse sur mon compte et mon travail de recherche — son suicide pose problème.

Léo venait de soutenir sa thèse intitulée « De l'Ennemi Principal aux principaux ennemis: Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination. » le vendredi 26 octobre.

Léo fait partie de ceux, celles, pour qui « au-delà du personnel » (titre de l’ouvrage qu’il avait coordonné en 1995), tout acte privé est et doit être analysé comme politique.
Se pose donc la question du sens de ce saut dans le vide.

Comment une analyse de « conscience masculine de domination » (1), de « l'agentivité politique individuelle des hommes », la volonté d’adopter une « expertise pragmatique politique » se conclut par un suicide ?

Est-ce que la « mise en oeuvre de l'épistémologie féministe matérialiste du standpoint » par des hommes, leur « handicap épistémologique » ne peuvent aboutir qu’à mettre fin à ses jours ?

Il est temps, largement temps de se rendre compte de l’impasse dramatique à laquelle aboutit l’attitude qui consiste à refuser de penser la marche vers l’égalité de manière dynamique, interactionniste et non-manichéenne.

Depuis de nombreuses années, nous essayons d’attirer l’attention des autorités et de l’opinion publique sur l’importance de la problématique suicidaire chez les personnes socialisées comme hommes, comme dominants.  Invariablement, des gens, dont Léo, nous ont accusé d’être alors des affreux réactionnaires tentant de mettre en doute les questionnements féministes.
Léo était un homme.
Lui aussi a adopté ce geste viril et définitif.

La secte des hommes-qui-refusent-de-vivre,
ceux qui veulent donner des leçons aux autres hommes,
ceux qui récusent les contradictions, paradoxes et dynamiques de l’évolution des rapports de genre,
doivent faire leur examen de conscience.

Pour ma part, en tant qu’homme,
En tant que militant antisexiste,
En tant qu’enseignant et formateur responsable,
En tant qu’intellectuel engagé depuis de nombreuses années dans les luttes et recherches sur les effets de la domination masculine sur les femmes, les hommes et les transgenres,
En tant que chercheur et écrivain queer qui veut déconstruire les évidences homophobes et hétérosexistes,
Je me refuse à faire la promotion de théories qui renforcent les attitudes suicidaires des hommes.

Par-delà la mort de Léo, je souhaite une vaste réflexion sur les conditions actuelles qui vivent les hommes confrontés aux justes remises en causes produites par les mouvements féministes, post-féministes, par les mouvements LGBT (lesbiennes, gais, bi et transgenres).

Les hommes ne doivent pas avoir que le suicide comme seule solution à leurs questionnements sur l’évolution des rapports hommes/femmes ou hommes/hommes.

Daniel Welzer-Lang




(1) Toutes les citations sont extraites de son résumé par lequel il appelait à participer à sa soutenance

Résumé de la thèse de Léo :

De l'Ennemi Principal aux principaux ennemis: Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination.__A partir d'une analyse comparative de recherches féministes matérialistes et  d'études masculines critiques des rapports de genre, cette thèse explore la "conscience masculine de domination". Considérée comme objet de recherche et comme outil  heuristique, la question de "la conscience masculine de domination" renvoie  à un impensé: l'agentivité politique individuelle des hommes. Le cheminement théorique effectué - à l'aide de l'interactionnisme et de la phénoménologie - revisite alors la socialisation masculine à la _lumière d'une telle conscience et élabore l'hypothèse d'une expertise pragmatique politique. Le cheminement empirique effectué à travers trois types d'entretien - non-directif, semi-directif et groupes focaux - avec _huit hommes, engagés ou non à partir du féminisme matérialiste, documente et inventorie les contours empiriques d'une telle conscience masculine de domination: une conscience politique positionnelle, interactionnelle et réflexive. Finalement, l'hypothèse d'une expertise masculiniste est illustrée à partir des diverses facettes et différents registres issus des entretiens. Cette thèse s'appuie sur et se veut une mise en oeuvre de l'épistémologie féministe matérialiste du standpoint: la  position vécue _dominante interagit de façon particulière avec la scientificité car elle est pensée comme un handicap épistémologique.
 
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 05:28

à l'occasion de l'anniversaire de la loi SArkhozy sur la prostitution, il m'a semblé interessant de mettre cet article en ligne

Une réaction aux lois Sarkhozy
Quand le sexe travaille
ou
Une loi peut en cacher une autre…
Daniel Welzer-Lang
Sociologue, Université Toulouse Le Mirail

(Ce texte a été publié en 2002 dans la revue Travailler, n° 9, 2002, pp. 207-222)

La sortie du « rapport européen inachevé sur les violences faites aux femmes dans les activités et métiers liés à la sexualité masculine »(1) est l'occasion d'essayer de faire le point sur quelques aspects peu abordés du débat actuel sur la prostitution.

Remarquons d'abord que de nombreuses personnes qui abordent aujourd'hui cette question, y compris à travers des tribunes libres dans les médias, le font sans connaissances réelles de ce milieu, et sans s’appuyer non plus sur des études empiriques. Tout se passe aujourd'hui comme si les valeurs morales ou politiques de chacun-e faisaient office de connaissances suffisantes pour débattre et pour décider du sort de milliers de prostitué-e-s de rue.

Dans le cadre du programme Daphné (programme d'actions préventives de la Communauté Européenne visant à lutter contre la violence envers les enfants, les jeunes gens et les femmes), nous avons étudié le travail du sexe en France, en Belgique et en Espagne. Pour ce faire, nous avons volontairement mis de côté le travail sexuel exercé dans la rue (prostitution) pour nous centrer sur les formes discrètes (et parfois secrètes) des services sexuels proposés dans ces pays.


Dans le cadre de cette étude que j'ai dirigée, 56 entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de femmes, d'hommes, de transgenres, personnels déclarés ou non, officiant dans les sphères du commerce du sexe. Ces entretiens ont été enrichis de multiples observations directes dans les salons de l'érotisme, dans les nouveaux bordels espagnols, dans les divers commerces urbains (sex-shops, saunas et clubs échangistes, peep-shows, saunas et sex-clubs gays, soirées privées, cinémas pornos, vidéo-stores, etc.), et de l’ethnographie prolongée d’une entreprise française de cybersexe (téléphone rose principalement).
Précisons que cette étude fait suite à nos travaux sur la prostitution de rue à Lyon, travaux qui ont abouti à la création de Cabiria (une action de santé communautaire menée au sein de la communauté prostitutionnelle (Welzer-Lang, Mathieu, Barbosa, 1994)), et aux quatre années d'études sur l'échangisme qui ont permis de créer en France l'association « Couples Contre le Sida » (Welzer-Lang, 1998, 2001).

J'aimerais reprendre en partie les débats actuels sur la prostitution à la lumière de ce que nous apprend cette étude :


1/ Des prostituées de rue, minoritaires, otages des débats.
Notre étude est d'abord quantitative, nous n'avons pas compté exactement l'ensemble des personnes qui travaillent de manières tout à fait ordinaires et régulières dans le commerce du sexe ; ni d'ailleurs celles qui sont embauchées « au noir ». Pourtant, tout nous pousse à poser l'hypothèse qu'aujourd'hui en France, le nombre des prostitué-e-s de rue est inférieur à celui des personnes qui travaillent régulièrement dans le commerce du sexe et sont, de ce fait, déclarées à l'URSAAF et aux ASSEDIC.
Autrement dit, le débat actuel est tronqué et il serait temps d'élargir nos réflexions à l'ensemble des activités et commerces destinés à satisfaire les désirs sexuels masculins (le commerce à destination des femmes clientes ou consommatrices existe, mais il est naissant, et — encore ? — extrêmement réduit) [voir note à la fin].

La prostitution, d'autres chercheur-e-s l'ont montré, est difficile à circoncrire, comme il est par ailleurs complexe d'en cerner les contours exacts. Non seulement celle-ci ne peut être limitée à la rue, car d'autres établissements proposent aussi des pénétrations tarifées, mais surtout, la question est de savoir quand elle commence. Faut-il qu'il y ait pénétration ? Doit-on affecter les orifices corporels pénétrés de coefficients de valeur spécifiques ? Est-il profondément différent de payer une structure (club échangiste, téléphone rose, sex-club gay) ou une personne (prostituée, escorte…) pour satisfaire ses désirs de « sexualités récréatives », autrement dit une sexualité déconnectée de la conjugalité et des problématiques reproductives ?
Ne pourrions-nous pas nous accorder pour prendre la question à l'endroit ? Des hommes, socialisés comme hommes, c'est-à-dire comme dominants dans les rapports hommes/femmes, ont appris qu'il était possible de forcer et/ou payer pour vivre leurs sexualités, et ceci avec des femmes aussi bien qu’avec des hommes. En cela la prostitution et le travail du sexe sont liés à la domination masculine et à sa conséquence : la division socio-sexuée de la population ; et l’arrivée croissante de femmes clientes, un signe de l’affaiblissement de cette domination masculine. Quitte d’ailleurs à activer d’autres domination, notamment les divisions entre riches pays du nord et pays du sud où les femmes n’ont souvent que les activités de domesticité (travail domestique, prostitution) pour travailler illégalement.

Mes travaux précédents (2000) montrent comment les garçons sont socialisés en hommes de manière sexiste et homophobe dans ce que j'ai appelé, en référence aux travaux de Maurice Godelier, la « maison-des-hommes ». Dans les espaces mono-sexués (cours d'école, clubs de sports, cafés…) les garçons, à l'abri du regard des femmes, apprennent à être de « vrais » hommes, donc différents des femmes et des hommes qui ressemblent aux femmes. Dans cette « maison-des-hommes », dès le plus jeune âge, avant même la puberté, en feuilletant (ou en visionnant) de la pornographie, les garçons sont socialisés en clients. On leur apprend qu'il est normal, en payant (une revue ou la location d'une cassette), de s'exciter devant des femmes qui n'appartiennent pas à leur sphère affective, on leur montre les parties sur lesquelles ils doivent exercer leur érotisme, et on leur fait croire que ces femmes « aiment cela ». Dans le groupe des pairs, les garçons sont donc éduqués à la polygamie et/ou à la multisexualité, dans lesquelles des femmes payées viennent satisfaire leurs désirs.
Dans ce contexte, comment et pourquoi limiter les débats aux seules prostituées de rue ?
 

Un commerce en extension
Schématiquement, aujourd'hui le commerce du sexe et le travail sexuel s'organisent autour de trois pôles, dont chacun, à l'image d'autres secteurs du commerce mondial, montre une concentration de capitaux, de moyens et une captation de clientèles.
1/D'une part, reste bien sûr la prostitution. Celle-ci s'exerce dans la rue ou dans des établissements.
Dans la rue coexistent des femmes qui ont su prendre leur indépendance par rapports aux macs, des hommes prostitués en hommes ou en femmes, et des femmes victimes du trafic. C'est le secteur le plus connu de nos jours.

Dans les nouveaux bordels, dont nous avons présenté la version espagnole dans notre étude, officient un nombre important de travailleuses du sexe (de 20 à 50 pour les plus petits à 150 pour les plus grands). L'entrée (payante) dans la salle/bar de rencontre, la restauration servie aux femmes prostituées, la location du téléphone portable, les services d'un coiffeur (ou d'une coiffeuse), sont autant de services vendus par les « propriétaires d'hôtels» aux hommes clients et aux travailleuses du sexe. Ces « propriétaires » ont investi dans des locaux modernes, souvent neufs, érigés à la périphérie des villes, près des centres commerciaux ou des concentrations industrielles, et ils rentabilisent leurs mises en exploitant (au sens littéral du terme) le travail du sexe fourni par les prostituées. Devant la modernité que représente un grand bar où des femmes, souriantes, pas farouches et… en tenue légère, proposent leurs services à tout client qui le désire, et ceci pour un prix fixe (de 45 à 60 euros) perçu par l'établissement ; devant un lieu où l'on sort en bandes d'hommes, où les compagnes ne peuvent savoir qui, dans le groupe des conjoints, « est monté » et qui, par fidélité, est resté au bar (l'accès de l'établissement est interdit aux non-prostituées), le succès est garanti. Ces nouveaux bordels en voie de reconnaissance obligent les anciens clubs à fermer ou à se transformer.
 

2/ La concentration des petits commerces dans les salons de l'érotisme
Les salons de l'érotisme (quelles qu'en soient les appellations exactes), très populaires en Belgique et naissants en France, sont une forme intéressante à analyser. Ces salons associent — dans une proportion qui varie d’une organisation  à l'autre : • des formes traditionnelles du commerce du sexe (sex-shops, lingeries érotiques, strip-teases, théâtres érotiques…), • des producteurs nationaux ou européens (revues pornographiques ou érotiques, vidéo-pornos, sites webs, vendeurs de piscines, de jacuzzi, de produits divers, lignes de rencontres) • des commerçants locaux ou régionaux (clubs échangistes, saunas, sex-shops, sex-clubs, parfois des discothèques grand public [voir infra ], des créateurs et créatrices divers-e-s et varié-e-s (body painting, piercing, tourneurs sur bois, peintres, vidéastes…). On y trouve aussi des stands de prévention SIDA. Outre les métiers, les activités, les « petits boulots » liés directement à la sexualité masculine, ces salons génèrent aussi un ensemble d'emplois « ordinaires », allant de la « dame-pipi » aux agents de sécurité, en passant par les serveurs et serveuses, mais les métiers exercés dans ces lieux particuliers sont alors soumis à des contraintes et à des "pollutions" spécifiques.
Organisés par des sociétés possédant de gros capitaux, ou par des agglomérations de petits commerçants qui s'associent pour faire vivre ces événements, ces salons sont une forme actuelle de concentration de moyens visant à quitter l'éparpillement qui sous-tend en général l'implantation des petits commerces dans les espaces urbains. Les salons de l'érotisme sont la forme fédérative actuellement la plus accomplie d'exposition du commerce du sexe en dehors de la prostitution.
Les performances artistiques annoncées, la présence de porno-stars et les campagnes de publicité massive amènent une quantité importante de clients : jeunes mâles en bandes, couples homme/femme (des plus jeunes aux plus âgés), quelques rares femmes seules, quelques groupes de jeunes femmes et beaucoup d'hommes seuls. D'après nos comptages (empiriques), les femmes (travailleuses du sexe comprises) représentent entre 20 et 40% du public suivant les jours et les heures.

3 / Le cybersexe
On connaissait le minitel rose en France, on connaît aujourd'hui le téléphone rose, les chaînes de TV-sex, les échanges par Webcam. Nous avons été surpri-e-s de découvrir aux portes de notre université une entreprise de cybersexe où officiaient 500 salarié-e-s, dont environ 200 (surtout des femmes) comme animatrices ou animateurs de téléphone rose. Côtée en bourse, cette entreprise a un chiffre d'affaires équivalent à 3,5 fois les crédits européens destinés à lutter contre les violences faites aux femmes. Le sexe par téléphone ou Internet, le sexe virtuel n’est pas virtuel pour l'ensemble des animatrices et animateurs, qui, payé-e-s au SMIG, doivent répondre aux sollicitations des clients tarifés à la minute ou à la communication. Dans cette entreprise, tout en signant un contrat de travail où elles/ils s'engagent à ne pas émettre des « messages à caractère violent ou pornographique, des messages susceptibles de porter atteinte au respect de la personne humaine et de sa dignité, de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la protection des enfants et des adolescents », les salarié-e-s sont incité-e-s en permanence à satisfaire sexuellement les clients qui eux, composent un numéro de téléphone pour rencontrer, la publicité le leur promet, de « vraies salopes qui aiment tout ».

- Porosité des frontières
Je viens de le signaler, des discothèques ordinaires sont également présentes dans les salons de l'érotisme. Il y a aussi de plus en plus de cages à barreaux (pour des exhibitions) dans ces mêmes discothèques qui annoncent, comme d’autres aussi le font par flyers interposés, des shows, des strip-teases…
Dans les années 90, nous avions d'une part trois pôles qui organisaient autour d'eux les activités du commerce du sexe : —la prostitution, de rue ou en établissement — les clubs de rencontre à vocation sexuelle : clubs échangistes, backrooms gays, saunas…— les petits commerces : cinéma porno, sex-shops… D'autre part, nous avions les activités de loisirs : bals, discothèques, clubs de sports, etc. Boîtes de nuit et discothèques rassemblaient la jeunesse en quête de rencontres affectives et/ou sexuelles dans des jeux de drague traditionnels. Ces deux types d'espace étaient clairement et nettement différenciés.
Aujourd'hui, nous assistons à une porosité croissante des frontières entre commerce du sexe et commerce de loisirs nocturnes, comme entre les différentes formes du commerce du sexe elles-mêmes. Non seulement les clubs échangistes ou les backrooms gays ont quitté la semi-clandestinité pour apparaître souvent dans les médias, mais en plus, les boîtes de nuit affichent aujourd'hui des prestations et des équipements qui étaient auparavant spécifiques aux commerces du sexe.


Des demandes en évolution, des sexualités récréatives en extension
Le commerce du sexe change, mais il n'est pas le seul. La place qu'occupe la sexualité dans les modes de vie est aussi en évolution. On peut sans doute faire l'hypothèse que l'extension actuelle du commerce du sexe a aussi pour origine les différents mouvements, concordants et contradictoires, qui prennent eux-mêmes leur source dans les modifications des modes de vie, dont la sexualité et le travail du sexe sont les miroirs à peine déformants.

Il n'y a pas si longtemps, le commerce du sexe s'ancrait essentiellement dans la prostitution, qui correspondait classiquement à une forme de gestion dichotomique et patriarcale des désirs sexuels masculins. D’un côté la femme légitime, de l'autre la femme maîtresse ou prostituée, payée, chargée de satisfaire les désirs sexuels ; une femme  — qui pouvait d'ailleurs être parfois un homme —  spécialement affectée de vertus érotiques. Les valeurs morales, notamment l'association de la sexualité au sale, au désordre, favorisaient cette séparation entre affects conjugaux et familiaux avec les femmes respectables, mères des enfants, et sexualité libidinale avec d'autres ; même si toutes les relations avec les personnes prostituées n'étaient pas — notamment pour les clients réguliers — dénuées d'affects.
Dans les dernières décennies, le travail du sexe hors prostitution de rue a, en partie, remplacé les formes classiques de prostitution. Ainsi, le nombre de prostitué-e-s de rue a chuté depuis une vingtaine d'années. Remarquons d'ailleurs que les jeunes femmes prostituées victimes de traite des femmes et originaires d'Afrique ou des anciens pays de l'Est sont venues compenser le déficit en femmes jeunes dans la pyramide des âges sur le trottoir. Rappelons qu'en 1992, lors de notre étude sur la prostitution lyonnaise, 50 % des femmes qui exerçaient sur le trottoir de Lyon avaient plus de 40 ans, et 20 à 25 % d'entre elles, dépassaient la cinquantaine. De plus, une personne prostituée en femme sur trois était en fait un homme de naissance. Ce sont eux, elles, que nous avons qualifié-e-s de transgenders (transgenres).
Ce constat n'explique pas pour autant toute l'extension actuelle des territoires liés au travail du sexe.

Lors de notre étude sur l'échangisme, nous avions déjà noté la brèche que représentait cette pratique dans la division sexuelle vécue dans les couples hommes/femmes ; brèche doublée d'un essai d'imposer aux femmes l'érotisme sexiste en usage dans la pornographie.
La famille, devenue plus relationnelle  (Durkheim, 1921, De Singly, 1996), est en perpétuelle évolution. Confrontée ces dernières décennies aux récusations féministes de la domination masculine, à la remise en cause des rapports sociaux de sexe qui construisent les couples, elle a même vu récemment ses bases hétérosexistes et homophobes contestées par les mouvements gay et lesbiens. La lente émergence de l'individu-e, qui constitue le grand tournant des années 60, est consubstantielle avec l'entrée du désir sexuel dans la famille ; pour les hommes comme pour les femmes. Poursuivant la diffusion du dispositif de sexualité dans la famille (Foucault, 1976), une multiplicité de modèles sont apparus, dont l'échangisme n'est qu'un pôle émergent, comme le sont d'ailleurs aujourd'hui au Japon les couples « sans sexe » qu'évoque la sociologue Chizuko Ueno (1995). Multirelationnalité sexuelle et non-sexualité conjugale sont les deux extrêmes d'une pratique qui s'étend et se diversifie.
Ces sexualités sont alors confrontées aux rapports sociaux de sexe qui les construisent et leur donnent sens. A côté d'une majorité de femmes qui expliquaient aux chercheur-e-s il y a une dizaine d’années qu'elles fréquentaient les lieux échangistes sous contrainte, pour faire plaisir à leur conjoint ou pour avoir la paix, apparaissent aussi d'autres femmes qui ne veulent plus limiter leur imaginaire érotique aux schèmes diffusés par la série Harlequin. Ce sont d'ailleurs les mêmes qui aujourd'hui s'insurgent contre l'obligation qui leur est faite de pénétrer en jupe dans ces lieux dits d'« extrêmes libertés ». L'émergence de ces sexualités féminines est aussi concomittante avec la production érotique ou pornographique réalisée par des femmes.
Dans le même temps, de plus en plus de personnes, hommes ou femmes, vivent seules, que cette forme de vie soit considérée comme un choix ou non. Il est alors tentant pour elles de recourir à des formes de rencontres affectives et/ou sexuelles proposées par le commerce du sexe, Internet compris.

Les clients et les consommateurs
Le Ministre de l'Intérieur veut aujourd'hui criminaliser les clients. De toute part sourdent des bruits et des rumeurs sur les clients, ces « affreux aux sièges enfants dans les voitures » qu'on nous dépeint dans un arc-en-ciel de clichés, tous plus faux les uns que les autres.

Nos observations, effectuées tant sur le trottoir que dans les autres lieux de travail du sexe, sont concordantes.
Ces dernières années, nous avons assisté à un double mouvement. D'une part la désaffection de certains hommes pour la prostitution (le nombre de jeunes gens qui déclarent avoir été initiés sexuellement par une prostituée est aujourd'hui résiduel (ACSF, 1993)) et les rencontres sexuelles plus faciles ; d'autre part une partie significative des clients, notamment pour ceux des classes moyennes et supérieures, a quitté le trottoir au profit d'autres formes de travail du sexe. Récriminations contre le peu de professionnalisme des nouvelles prostituées, intériorisation du sentiment d'insécurité et du stigmate associé aujourd'hui aux clients (des hommes incapables de draguer), se conjuguent pour pousser les clients à devenir des « consommateurs de sexe ».  Sans même évoquer ici le confort des relations dans des lieux clos, chauffés, considérés comme plus sécures, il vaut mieux se déclarer « libertin » ou « non-conformiste » que client de prostitué-e-s. Tout se passe, comme le dit Lilian Mathieu (1998), comme si les hommes étaient soumis à une injonction de séduction.
Les hommes continuent à payer pour satisfaire leurs désirs sexuels, mais le commerce a depuis longtemps rapatrié dans ses escarcelles les revenus auparavant dévolus aux personnes prostituées. Et cette concurrence est terrible. Quelle personne prostituée peut-elle — ou veut-elle —, pour 40 €, offrir satisfactions sexuelles et buffet avec boisson à volonté ? En tout cas, pas les femmes victimes de trafic qui doivent « rembourser » en nature les frais de leur migration, ni celles qui ont pris leur indépendance au cours des dernières années.

Nouveaux bordels ou clubs échangistes, téléphone rose ou tourisme sexuel, la chasse  augurée par les lois en préparation [ce texte a d’abord été acrit avant l’adoption des lois Sarkozy] va contribuer encore à l'ouverture de ces lieux où le travail sexuel pourra être contrôlé, normalisé et où, in fine, les acquis obtenus par les femmes prostituées seront récupérés par le pouvoir, d'une manière ou d'une autre.

En cela la volonté qu’a Monsieur Sarkozy de pénaliser les clients des prostituées de rue comme les squatteurs et les gens du voyage, correspond bien, comme l'expliquait Eric Fassin (Le Monde, 7 août 2002)  à la (re)criminalisation des pauvres.

D'ailleurs, on ne peut qu'être frappé par les similitudes entre les discours des nouveaux propriétaires de bordels en Espagne et les arguments destinés à lutter contre la prostitution et les prostituées de rue aujourd'hui en France.
Qui propose la lutte contre le manque de sécurité et de propreté produit par la prostitution de rue ? Ce n'est pas Monsieur Sarkozy, ce sont les nouveaux propriétaires de bordels espagnols sur leur site : « Denuncia y lucha contra […]las garantías de seriedad, seguridad, limpieza e higiene…» (http://www.anela.cc/marco_presentacion.htm) !
Faut-il pour autant faire l'hypothèse qu’une loi peut en cacher une autre ? Qu'au nom du respect du voisinage, de la lutte contre les pollutions sonores et visuelles, le Ministre de l'Intérieur roule aujourd'hui pour des intérêts cachés ? Que la logique implicite de l'Etat UMP est d'offrir le travail du sexe aux nouveaux entrepreneurs du sexe dont on connaît, par ailleurs, les liens avec les réseaux mafieux, la droite et la droite extrême ?


Les violences contre les femmes
Tout au long de notre étude, nous avons été témoins et/ou confident-e-s des violences sexistes subies par les travailleurs et travailleuses du sexe.
Les violences contre les prostitué-e-s de rue  sont aujourd'hui relativement bien connues. Outre les conditions matérielles (froid, gel, pluie…), elles émanent •de l'environnement humain : violences du proxénétisme et de la traite des femmes, agressions verbales et physiques d'hommes seuls ou en bandes contre les femmes prostituées, les transgenres (les hommes prostitués en femmes), ou contre les hommes prostitués en hommes, harcèlement de certains services de police, vols et viols… Mais les violences émanent aussi du cadre social même où la prostitution est exercée : stigmate de pute (Pheterson, 2001), négation des droits élémentaires de citoyen-ne-s (droit à la santé, droit à la plainte et à la réparation), racisme des nouvelles lois et menaces contre les prostituées étrangères.
Remarquons que la nouvelle proposition de loi va étendre les conditions facilitant les violences contre les personnes prostituées en les renvoyant à la clandestinité, et/ou aux confins des villes et va étendre aussi les menaces à l'ensemble des femmes qui, par leurs tenues, pourraient être considérées comme racoleuses.

Les violences contre les personnes exerçant dans d'autres sphères du travail du sexe ne sont pas connues du tout. Là-aussi, les violences sont exercées par l'environnement. Dans les salons de l'érotisme, comme dans les lieux de sexe récréatif hétéro, nous avons ainsi recueilli beaucoup de plaintes où des jeunes femmes, travailleuses du sexe ou non, dénonçaient des formes de harcèlement de la clientèle, des employeurs/euses et des collègues. La distinction prostitution/commerce de charme, le désir des personnes travaillant dans le travail du sexe de se distancier des prostitué-e-s leur évite, en partie, les effets directs du stigmate de pute. Mais les violences sont aussi le fruit classique de l'oppression sociale qui oppose salarié-e-s et employeurs/euses : salaires minimums, travail au noir ou refus de payement, flexibilité, cadences infernales… Souvent dans les entreprises de cybersexe, les formes de contrôle exercées par les petit-e-s chef-fe-s, nous ont fait penser à l'ambiance qui régnait dans certaines manufactures textiles du XXe siècle.
D'autres violences, que nous avons qualifiées de « pollution » sont liées à la nature sexuelle du travail effectué. Non seulement certains employeurs n'hésitent pas à conseiller aux salarié-e-s de mentir à leur entourage sur la nature exacte du travail, mais quelles que soient les analyses objectivistes que l'on peut faire sur le travail du sexe, la place subjective occupée par la sexualité, la peur d'être assimilée à une pute ou à une salope poussent au silence. De plus, à qui parler ? A qui se plaindre ? Quand on est une jeune fille d'origine maghrébine, parfois même sans réelle expérience sexuelle et que l'on est payée pour faire de la porno par téléphone ? Nous avons ainsi assisté à des formes de somatisation surprenantes : perte ou prise de poids, chute de cheveux…

Ces violences sont d'autant plus difficiles à vivre que les relais traditionnels  chargés  de la protection des salarié-e-s n'ont pas encore intégré les spécificités de ce type de travail, qu'une complicité objective existe aujourd'hui entre services de régulation et employeurs/euses, que les médecins du travail ne se sont pas encore penché-e-s sur cette question. Au-delà des divergences théoriques et idéologiques, le refus d'accepter l'existence du travail du sexe, du travail sexuel, contribue à l'isolement social des travailleuses et travailleurs du sexe que nous avons rencontré-e-s.

Quant à l'hétérosexisme et l'homophobie, et dans une volonté de globaliser les offres de services payants liés à la sexualité masculine, nous avons pu aussi observer la volonté de certains responsables de salons de s'ouvrir aux communautés gays par les formes de strip-tease proposées, l'embauche d'agents de sécurité ou d'animateurs gays. Nous avons pu alors constater de visu l'efficacité de ces dispositifs contre les agressions homophobes.

L'extension de la sexualité récréative pour gays ou pour couples, l'accueil d'hommes seuls (et des femmes seules) dans les sex-clubs, ne doit pas nous faire oublier qu'à coté de la prostitution traditionnelle, s'ouvrent aujourd'hui des « nouveaux bordels » dont nous avons présenté la version espagnole. Aux anciennes formes de contraintes et de violences (aujourd'hui réprimées par les lois), le libéralisme propose une prostitution « propre », rationalisée, moderne, où les femmes sont « libres » de travailler ou non (comme nous l'ont fait remarquer avec satisfaction les propriétaires des hôtels que nous avons visités).« Le libéralisme moderne […] a promu une éthique et un idéal de liberté individuelle tout en subordonnant l'exercice de cette liberté à une soumission à des formes nouvelles et insidieuses d'autorité et à des mécanismes de contrainte de plus en plus intériorisés » nous dit David Halperin (2000 : 35). A la violence physique des anciens proxénètes se substitue la violence du libéralisme mondialisé qui exploite le différentiel de richesse entre les pays du Nord et ceux du Sud, tout en dépossédant les femmes prostituées d'une partie de leurs gains. La différence, et elle est de taille, est que cette exploitation du travail du sexe se fait au nom de la liberté individuelle. Et les clients affluent, nous avons pu le constater de visu.

Pourtant, à côté de ces violences ponctuelles, un autre type de violence apparaît dans ou autour de ce commerce.

Les résistances masculines aux changements
Mes divers travaux m'amènent à faire l'hypothèse que le commerce du sexe actuel, son utilisation massive par des hommes, est aussi une forme de résistance masculine aux changements, une forme de vengeance pour certains hommes qui n’arrivent plus à trouver dans les rapports sociaux de sexe ordinaires les femmes dont ils disent avoir besoin ; ou qui refusent les propositions de changements exprimées par des femmes qui veulent bien s'amuser dans la sexualité, mais en en négociant aussi les modalités. Pour des hommes, des mâles, qui n’arrivent plus à vivre de la manière dont on les a socialisés comme hommes traditionnels, c’est une forme d’exutoire d’une sexualité masculine très hétérocentrée. Quand la violence institutionnelle du mariage ou les rencontres ordinaires ne garantissent plus la mise à  disposition de femmes soumises aux désirs masculins, la libre-adhésion de femmes payées pour ces tâches vient les remplacer.

Bien sûr, on ne peut réduire tout le commerce du sexe, toute la production érotique et pornographique à cela. On peut m'objecter que dans la pornographie actuelle — ou en même temps que la pornographie — des femmes, dont certaines se réclament du féminisme (le féminisme pro-sexe), écrivent, tournent, que d'autres essaient d'utiliser la pornographie comme outil libératoire (Ovidie, 2002). Cela est incontestable, et dans le cadre de cette étude, nous en avons même interviewé certaines. La création pornographique est aussi un enjeu de luttes au sein duquel des femmes critiquant sexisme, misogynie et patriarcat, revendiquent d'autres paroles, d'autres places et un statut de créatrices à part entière. A l'inverse d'Ovidie (2002 : 166), nous pensons même que les écrits et publications de Catherine Breillat, Virginie Despentes, Annie M. Sprinkle, Ovidie.… font tendance. En opposant une parole et des fantasmes pornographiques pensés, écrits, voire diffusés par des femmes, en prônant une alliance entre créatrices et travailleuses du sexe [Quarante raisons pour lesquelles les putes sont mes héroïnes par Annie M. Sprinkle, http://www.travaildusexe.com/?q=heros] et pour d'autres raisons (le refus de l'homophobie, de la victimologie, etc.) elles revendiquent s'opposer objectivement aux tendances pornographiques qui réduisent les femmes à leurs seuls orifices. Sans vouloir jeter l'opprobre sur leurs productions, force est de constater le peu de clients rencontrés qui reprennent à leur compte ces discours libératoires ; y compris parmi les fans d'Ovidie.
Autrement dit, mon hypothèse sur le succès actuel du travail du sexe et de la pornographie comme résistance masculine à vivre des rapports plus égalitaires avec des  femmes, voire comme vengeance de certains hommes contre les positions féministes qu'adoptent de plus en plus de femmes, ne doit pas être confondue avec la condamnation systématique de l'érotisation des corps, de leurs mises en scène. Nous ne saurions confondre notre position de chercheur-e-s empiriques associé-e-s aux luttes contre les violences faites aux femmes, à une position citoyenne d'entrepreneur-e de morale.

Les débats actuels : manichéens et mal posés
Le camp progressiste est divisé, parfois même au nom du féminisme et du droit des femmes. Quand je parle du camp progressiste, je ne pense évidemment pas au Ministre de l'Intérieur, ni à ceux, celles, associations catholiques, familialistes ou autres qui ont lutté contre l'avortement, le pacs… Je ne saurais oublier qu'une partie des mouvements catholiques a adhéré récemment au féminisme. Je me souviens encore de cette lettre d'une présidente d'association reçue en 1994/1995 : « Notre association a aujourd'hui décidé d'adhérer au féminisme… Vous n'êtes pas sans savoir que deux positions existent sur la prostitution…Veuillez nous faire savoir par retour de courrier dans quel camp vous vous situez… ». Le féminisme est aujourd'hui pluriel. Il serait bon de ne pas l'oublier, de ne pas « jeter le bébé et l'eau du bain en même temps » !

Au terme prostitution, le Dictionnaire critique du féminisme (2001) propose deux définitions : l'une centrée sur la prostitution comme violence paradigmatique contre les femmes (Legardinier, 2000), l'autre traitant de la prostitution comme travail et stigmate (Pheterson, 2000). A la lumière de mes études et de mon expérience d'autres formes de violences (Viol, violence domestique, violences en prison, traite des femmes…), ma position personnelle est  que ces deux définitions sont justes et légitimes. Qui oserait prétendre que la prostitution et le travail du sexe ne sont pas des violences : violences des macs, violences des clients, violences du stigmate aussi ? Violences que l'Etat peut en partie réduire, en accordant aux personnes prostituées et aux autres travailleurs et travailleuses du sexe la même protection qu'il doit à l'ensemble des citoyen-ne-s vivant en France. Violence que la loi actuelle va pourtant augmenter. Mais faut-il faire porter sur les personnes les plus exposées la responsabilité de ces violences ?

Et qui prétendrait qu’il ne s’agit pas non plus d’un travail, dans la rue et hors la rue ? Les violences dont se sont plaintes de nombreuses salarié-e-s des services du commerce du sexe sont justement liées à cette invisibilité. Inspecteurs, médecins du travail et syndicats semblent avoir du mal à répondre aux demandes d'aide de ces personnels.

Le fait qu’on pourchasse aujourd’hui les prostitué-e-s sous couvert de lutte contre les violences et de refus d'accepter la légitimité de ces activités et métiers représente un contre-sens. Avons-nous, avant de les aider, demandé aux femmes violentées d'adhérer au préalable à nos critiques de l'héténormativité qui enferment les femmes dans un face-à-face inégalitaire avec leur conjoint ? Les avons-nous obligées à dénoncer le mariage comme lieu de production de violences et d'oppression ? La gauche française et le camp progressiste se sont toujours alliés aux plus opprimé-e-s. Nous n'avons jamais confondu notre utopie égalitariste avec la défense de ceux, celles que la domination a placé dans les situations les plus exposées aux violences, à l'oppression.
Le refus d'entendre que les femmes et les hommes payé-e-s, d'une manière ou d'une autre, pour satisfaire les désirs sexuels masculins, travaillent, me rappellent les résistances à caractériser les « activités ménagères »  comme travail domestique ; travail domestique dans lequel d'ailleurs le service sexuel est parfois compris.

La division du camp progressiste quant à la nature et aux définitions des activités et métiers liés à la satisfaction des désirs sexuels masculins, la cécité devant l'organisation actuelle des nouvelles formes de proxénétisme, y compris du proxénétisme industriel mis en œuvre par les employeurs de cybersexe ou dans les nouveaux bordels espagnols, l'utilisation d'arguments moraux pour exclure les femmes et les hommes prostitué-e-s des débats les concernant directement (imaginerait-on un débat sur l'antisémitisme en excluant les juifs et les juives des débats ?), le tout dans une période où squatteurs/squatteuses, gens du voyages, SDF, étranger-e-s… sont criminalisé-e-s au nom de la sécurité, tout cela me fait frémir.

(1)Welzer-Lang Daniel, Saloua Chaker, Quand le sexe travaille…, Rapport européen inachevé sur les violences faites aux femmes  dans les activités et métiers liés à la sexualité masculine, Université  Toulouse Le-Mirail, Association « Les Traboules », Octobre 2002, 224 pages.
— disponible en ligne : www.mutisexualite-et-sida.org



Bibliographie citée

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Foucault Michel, 1976, Histoire de la sexualité, I. La volonté de savoir, Paris, Gallimard.

Halperin David, 2000, Saint Foucault, Paris, EPEL.

Legardinier Claudine, 2000, « Prostitution I » in Hirata H., Le Doaré H, Sénotier (dir.), Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, pp 161-166.

Mathieu Lilian, 1998, « Le fantasme de la prostituée dans le désir masculin », in Panoramique, Le cœur, le sexe et toi et moi… , pp. 72-79.

Pheterson Gail, 2000, « Prostitution II » in Hirata H., Le Doaré H, Sénotier (dir.), Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, pp. 166-172.

Pheterson Gail, 2001, Le Prisme de la prostitution,Paris,  L'Harmattan, Bibliothèque du féminisme.

Singly (de) François, 1996, Le soi, le couple et la famille, Paris, Nathan, coll. Essais et Recherche.

Ueno Chizuko, 1995, « Désexualisation de la famille : au-delà de la modernité sexuelle », in EPHESIA, La place des femmes, les enjeux de l'identité et de l'égalité au regard des sciences sociales, Paris, La Découverte, pp 100-110.

Welzer-Lang Daniel, 1998 (dir.), Entre commerce du sexe et utopies : l'échangisme, Actes du premier séminaire européen sur l'échangisme, Toulouse, Mars 1998, Université Toulouse Le Mirail, Département de Sociologie (Université de Barcelone), Département d'Anthropologie Sociale et Philosophie, Universitat Rovira i Virgili (Tarragone).

Welzer-Lang Daniel, 2000, « Pour une approche proféministe non homophobe des hommes et du masculin » in D. Welzer-Lang (dir.) Nouvelles approches des hommes et du masculin, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, pp. 109-138.

Welzer-Lang Daniel, 2001, « L'échangisme : une multisexualité commerciale à forte domination masculine » in Bozon Michel (dir), Sociétés contemporaines, n°41/42, pp. 111-131.

Welzer-Lang Daniel, Mathieu Lilian, Barbosa Odette, 1994, Prostitution, les uns, les unes et les autres, Paris, éditions Métaillé.



Voir aussi, sortis, depuis l’édition de ce texte :

Welzer-Lang Daniel, 2005 : La planète échangiste : les sexualités collectives en France, Paris, Payot .
où je décris les différents mondes qui appartiennent à ce que l’on qualifie d’échangisme et de libertinage


Welzer-Lang Daniel, 2007 : Utopies conjugales, Paris, Payot.
Où j’explique les transformations actuelles des couples, et de leurs rapports aux diverses sexualité. Où est montrée l’autonomisation actuelle et croissante de la sexualité elle-même.



[MAJ] C’est sans doute l’élément le plus saillant de ces dernières années : l’arrivée  importante (et pas encore massive) de clientes dans les différents lieux de sexualités récréatives. Souvent, d’ailleurs, l’entrée leur est offerte…
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