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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 06:21

Et les sexualités (20)

Bien évidemment je n’oppose pas le partage du travail domestique et l’évolution des sexualités, leurs diversités (21). Je constate juste là aussi les évolutions, la pluralité des modèles, et comment les analyses ne peuvent être simplistes et binaires. L’étude des sexualités, et plus particulièrement des rapports dits hétérosexuels entre hommes, et entre hommes et femmes, présentent plusieurs particularités. Comme pour le travail domestique, les socialisations différenciées des hommes et des femmes, la socialisation masculine par la pornographie (souvent sexiste, et réductrice des désirs) et la socialisation des femmes dans leur grande majorité dans les romans à l’eau de rose, donnent à voir à l’analyse une autre forme de double standard asymétrique où les attentes stéréotypées des garçons et des filles sont conformes aux rapports sociaux de sexe. Dans les modèles en œuvre, l’homme est actif et pénétrant, a appris à s’exciter devant des bouts de corps de femmes qu’il ne connaît pas, et distingue érotisme avec sa compagne et érotisme avec des femmes qui n’appartiennent pas à son quotidien, dont la figure de la prostituée est un exemple, comme celui de « la-salope-qui-aime-ça ». Les femmes étaient plus socialisées à attendre un tout-en-un, un homme qui soit tout à la fois bon mari, bon père, bon amant, bon ami… Une figure imaginaire qui ressemble à celle du prince charmant.

Le succès des nouvelles formes de libertinage encore imprégnées des moules de la domination masculine, mais où des femmes décident, comme les hommes, de s’amuser dans des sexualités récréatives, de revendiquer des formes non-reproductives de sexualité, est étonnant et demande à être investigué ; notamment pour comprendre en quoi il tend à se distinguer de l’échangisme. En ce sens, le taux de femmes pratiquant des fellations est intéressant. Comme le sont d’ailleurs les demandes de « gâteries » de certains conjoints qui prennent des formes a priori surprenantes. N’en déplaise aux moralistes victimologiques qui ne savent que réfléchir de manières hétérocentrées. Ainsi, que penser, et avec quels outils analyser, les demandes masculines croissantes de voir leur conjointe jouer avec leur anus ? Notons d’ailleurs que ces pratiques s’inscrivent dans une longue remise en cause des catégories ordinaires qui nous font penser les rapports entre hommes, et entre hommes et femmes. Dès 1992, nous signalions le succès des transgenres, ces belles femmes à pénis, sur les trottoirs lyonnais (22).

Remarquons aussi les avancées récentes majeures des recherches sur le thème des sexualités. Il ne suffit plus aujourd’hui dans une vision hétérocentrée (fut-elle libérale) de dire que les homos, les bi, les trans existent, de (parfois) les mentionner dans le texte. Comme, il y a quelque temps, on mentionnait que les textes sociologiques intégraient les femmes sans toutefois leur accorder une place égale aux analyses sur le général représentées par les hommes. Les études actuelles invitent à déconstruire l’hétérosexualité elle-même, son historicité, ses variations et l’hégémonie de ses modèles hétéronormatifs (23).

Publier les études et analyses sur les hommes pour favoriser connaissances et débats

Une autre étape semble absente des études sur les hommes et le masculin : la publication.

Peu de recherches critiques sur les hommes et le masculin, des réseaux de chercheure-s- sur cette question encore balbutiants et fragmentés. Les quelques spécialistes francophones qui centrent leurs travaux sur les hommes et le masculin ont, pour l’instant, complètement occulté la question de la publication, de la création d’un espace de débats qui permette de faire connaître les travaux, les discuter et pouvoir les diffuser. Souhaitons, puisque cette période est aussi celle des vœux, que ce manque soit rapidement comblé. Et ce, d’autant plus que le net offre de nouvelles possibilités.

Intervenir auprès des hommes dans une perspective critique de la Domination Masculine

Faut-il intervenir auprès des hommes ou, comme le laisse supposer notre polémiste (et d’autres hommes avec lui) refuser toute collaboration et se contenter de dénoncer les pratiques encore dominantes ? Telle est la question centrale qui traverse depuis maintenant 30 ans les groupes qui travaillent sur « la condition masculine ». En fait, tout est question de posture. Posture politique, professionnelle, et éthique.

Intervenir au non, et dans quel sens ? Trois courants de pensée transdisciplinaires occupent l’espace de débats.

1/ Souvent caractérisé de « masculinisme », le premier courant tend à symétriser situation des hommes et des femmes. Supporté en France par des associations de pères divorcés, et quelques personnalités dont Eric Zemmour, auteur du Premier Sexe (2006), cette posture tend à faire porter par les femmes, en particulier par le féminisme, la responsabilité des difficultés masculines : échec scolaire, violences, suicides… Ainsi sur les violences, prenant en exemple les violences masculines — et arguant de travaux de victimologie, en particulier une étude de Statistiques Canada, et un travail qualitatif de fin d’étude de travail social suisse requalifié de thèse (24) (Torrent, 2003) ce courant déclare que les hommes sont aussi violentés par les femmes que l’inverse. Ce courant propose globalement un retour aux valeurs patriarcales d’antan, faisant valoir que ce modèle de genre était moins anxiogène pour tous et toutes. Récemment, autour des « Congrès de la condition masculine - Paroles d'hommes » est apparue une nouvelle branche de ce courant qui, tout en symétrisant situation des hommes et des femmes notamment les discriminations subies, se définit comme « hoministes ». Si l’appel au premier congrès était particulièrement réactionnaire, certains textes suivants sont plus ambigus, notamment par la reconnaissance par certains participants à ces congrès de la domination masculine et de ses effets en termes de violences sur les femmes, de l’apport du féminisme…

2/ Le deuxième courant, soutenu en France par une frange autoproclamée « radicale » propose comme unique perspective aux hommes, comme dominants, de soutenir les femmes et le féminisme et de se taire sur les difficultés masculines analysées alors comme minimes, secondaires et sans réelles importances (Stoltenberg, 1989 ; Thiers-Vidal, Dufresne). Toute attitude autre, notamment l’exposé des difficultés de certains hommes est considérée comme une tentative de reprendre le pouvoir par des « mâles contestés ». Les hommes sont appelés à « rendre des comptes » aux féministes.

3/ Le troisième courant, qualifié de « masculinities », ou de « proféministe » [voir plus loin] est plus pragmatique. Les auteur-e-s de ce courant intègrent le cadre problématique de la domination masculine, l’articulation violences masculines/homophobie ; notamment dans les rapports entre hommes (25). Mais ils analysent aussi, de manière compréhensive, souvent en termes de rapports sociaux de sexe et de genre, la situation des garçons, et les évidentes difficultés d’adaptation de certains. Dans le travail social et l’intervention socio-éducative, ce courant propose la formation des intervenant-e-s et l’intervention spécifique auprès des hommes et des garçons (26). Problématisant les « résistances masculines au changement », ce courant auquel je rattache mes travaux refuse une attitude déterministe qui postule à la reproduction à l’identique de la domination masculine (Bourdieu, 1998). Les hommes et les femmes sont aussi sujets de leur histoire individuelle et collective, il est donc possible d’intervenir, d’accompagner et d’aider les hommes, tous les hommes, à s’adapter au nouveau contrat de genre qui refuse la domination masculine et ses conséquences en termes de violences, de discriminations, d’exclusions. Cette attitude présuppose que les hommes aussi ont intérêt aux changements. Ou qu’ils n’en ont pas le choix, et qu’ils doivent donc s’adapter.

En fait, et cela rappellera de vieux débats aux plus ancien-ne-s d’entre nous, le problème théorique qui sous-tend la question de l’intervention auprès des hommes, reprend un vieux débat des courants marxiste-léninistes des années 70 sur les liens entre « contradictions principales » (la contradiction capital/travail) et « contradictions secondaires » (dont la domination masculine des femmes). On sait maintenant le prix à payer pour l’humanité de telles positions léninistes qui ont proposé la soumission totale des dominants aux dominés et aux avant-gardes (politiques à l’époque, religieuses et sexuelles aujourd’hui) censées les représenter. En ce qui concerne les alliances entre dominants et dominé-e-s, il est sans doute plus heuristique d’aller chercher des références du côté des « blacks féministes », des mouvements queers, ou des débats provoqués par la chute de l’Apartheid en Afrique du Sud.

Mais quelle que soit la position théorique revendiquée, le travail spécifique ou non auprès des hommes et des garçons, est toujours prise de position sur le genre. La neutralité (axiologique ou autre) n’existe pas sur le genre. On est homme ou femme ou trans, et nos positions, nos actes, nos pensées sont toujours influencées par cette appartenance sociale (et sa socialisation spécifique). Or, un nombre important de pensées actuelles, de projets d’interventions sociales et socio-éducatives se présentent comme asexué-e-s. Au mieux depuis quelque temps, mainstreaming aidant (27), et de manière variable de pays en pays, on intègre la question des femmes et en particulier des violences et ségrégations qu’elles subissent. Les hommes, le masculin, sont alors absents des projets et des réflexions. C’est la position la plus commune dans le travail social en France actuellement. Sans le vouloir, ceux et celles qui adoptent une telle posture reprennent à leur compte les positions les plus radicales qui laissent supposer soit — que les hommes sont incapables de changer (sans doute les chromosomes ! (28)) ou qu’il est inintéressant de les voir changer (29) — soit qu’ils ne doivent pas changer. Les femmes changeront toutes seules ou il ne faut pas qu’elles changent et doivent revenir à la condition de femmes soumises.

J’aimerais montrer l’ineptie de telles positions en prenant les hommes violents en exemple.

Les hommes violents

On peut les qualifier de « batteurs de femmes » de « brutes domestiques » de « tyrans », c’est-à-dire continuer à les diaboliser et alimenter le mythe moderne sur les violences masculines domestiques qui permet aux « hommes violents ordinaires » de se déresponsabiliser (puisqu’ils ne ressemblent pas au portrait dressé par le mythe) tout en contrôlant leur proche par la violence, ou plus souvent, par la peur ressentie que cette violence réapparaisse.

Quelles que soient les polémiques, la violence masculine domestique sur les femmes concerne un homme sur dix ou, dans une définition plus restrictive comme le proposent Elisabeth Badinter ou Marcela Iacub (en se limitant aux seules violences physiques exercées dans les douze derniers mois (30)), un homme sur vingt vivant en couple hétérosexuel, soit près de 422 000 hommes. Or, l’accueil des hommes violents n’est toujours pas une vraie préoccupation des pouvoirs publics qui préfèrent mettre en avant des mesures coercitives et pénales. Même si quelques centres pour hommes violents continuent à exister (sans subventionnements pérennes), même si quelques groupes sont pris en charge par le secteur public (31).

Faut-il accueillir les hommes violents ? Faut-il les aider à changer ?

Certain-e-s nous expliquent depuis très longtemps que l’accueil des hommes violents est forcément collusion entre eux et les intervenants contre les femmes violentées, d’autres qu’il est impossible de les faire évoluer vers d’autres types de relations (32). C’est d’ailleurs de telles positions défendues par certaines spécialistes de la question qui expliquent le décalage entre la situation en France et dans d’autres pays industrialisés. Parmi les mouvements masculinistes, certain-e-s arguent du nombre prétendument égal d’hommes battus pour ne pas accueillir les hommes violents, ni d’ailleurs les hommes violentés. Bref, on reconnaît ici, sur cette question spécifique mais hautement symbolique, la traduction de l’éventail des positions politiques décrites plus haut.

 

Alors que faire des hommes violents ? Les mettre en prison ? Nous ne disposons que 60 000 places (environ) dans les prisons françaises (33). Le port du bracelet électronique, promu par les responsables politiques actuels, est satisfaisant dans les cas extrêmes, lorsque les vies de la conjointe et des enfants sont menacées, mais pas une solution généralisable. À moins d’évoluer vers un tout autre style de société. En tout cas, c’est faire peu de cas de la demande des femmes victimes de violences elles-mêmes. Les premières fois que j’ai entendu demander que des hommes aident les hommes violents à changer, c’est par des femmes violentées ; certaines conscientisées par le féminisme, d’autres non.

Si on peut comprendre la priorité donnée par des femmes militantes à l’accueil des femmes violentées, le silence des hommes est plus surprenant. Que pensent les 9 hommes sur 10 qui ne sont pas violents ? Avons-nous intérêts (et je m’adresse aux hommes progressistes) à nous satisfaire de la socialisation à la violence virile que nous subissons aussi comme garçons ? N’est-il pas temps que les hommes aussi — en dehors de tout procès d’intention — comprennent l’intérêt pour eux-mêmes, et pour leurs proches, de réduire les effets de la domination masculine aujourd’hui contestée ? L’accompagnement social de ces hommes (et de tous les hommes qui éprouvent des difficultés d’adaptation entre la norme virile et les réalités modernes) est une question d’actualité sur laquelle la France a un net retard par rapport à d’autres pays.

Sans le vouloir, ceux qui arguent que toute intervention spécifique auprès des hommes pour réduire les effets de la socialisation virile est réactionnaire, masculiniste, anti-femmes ou antiféministe sont, sans doute, les meilleurs soutiens du patriarcat et de l’immobilisme social.

Conclusion (provisoire)

Involontairement Yeun L-Y a peut-être ouvert une boîte de pandore. Non sur les critiques sur ma personne, personne n’est parfait et je reconnais bien volontiers des erreurs passées, mais sur la question hautement politique de la place des hommes aujourd’hui. Quelle femme peut se reconnaître dans les propositions théoriques que sous-tend son texte ? Qui a intérêt à éliminer les hommes et le masculin de la pensée, des activités, de la vie ? Quel homme peut se laisser caricaturer à l’extrême ? À la lecture du texte, on se croit revenu trente ou quarante années en arrière. Outre le ton qui n’est pas s’en rappeler les guerres viriles qui se jouent entre hommes, tout ce qui ne victimise pas les femmes est occulté. Comme si l’objectif de l’article n’est pas une critique permettant d’avancer dans la compréhension de ce que vivent les hommes, mais juste de confirmer les femmes dans leur place d’éternelles victimes, et de dire aux hommes : TAISEZ VOUS ! Vous n’existez pas comme des personnes, des individus capables d’aimer, de douter, de s’allier aux luttes des dominé-e-s… On reconnaît ici le discours suicidaire adopté par d’autres dans le passé.

Pour ma part, je fais partie de ces hommes qui se sont toujours considérés comme alliés des femmes qui luttaient pour l’égalité. Et nous sommes un certain nombre à avoir fait des choix précis, notamment dans la promotion de méthodes de contraceptions masculines, l’accueil des hommes violents, l’intervention sur la santé des hommes. Sommes nous proféministes ? féministes ? Antisexistes ? Pragmatiques ? Les débats dans le pôle naissant des masculinities, regroupant des universitaires francophones est en cours. Un long travail d’épistémologie reste à faire, et pas uniquement pour trouver un étendard ou un label communs.

En 1995, avec quelques amis, nous avions créé le Réseau Européen des Hommes Proféministes (34) qui n’a, manifestement, pas rencontré un succès important. On peut bien sûr dire que les hommes dominants, pourvu de privilèges du fait d’être hommes, n’ayant pas intérêt à lutter contre la domination masculine, il est logique que de telles propositions ne reçoivent pas des adhésions massives. L’explication n’est pas fausse en soi, mais un peu facile et rapide. A posteriori, j’ai aussi l’impression que nous nous adressions plus aux femmes qu’aux hommes. Comme pour montrer des signes de distinction avec la masculinité hégémonique. Peut-être aussi que la période ne permettait pas d’aller plus loin. Toujours est-il que la situation a changé dans le monde militant comme dans le monde universitaire et académique. Et heureusement !

C’est ainsi que, du côté militant, de multiples initiatives apparaissent aujourd’hui, de manière mixte, ou du côté des hommes. « Mixité », « Ni putes, ni soumises » sont les plus connus. Mais, elles ne sont pas les seules, autour des mouvements squats, comme du côté des mouvances LGBT, queer, ou TransPédéGouines, nombreuses sont les mobilisations mixtes contre le sexisme, l’homophobie. Le cinéaste Patrick Jean a d’ailleurs initié un « appel des hommes contre la domination masculine (36) ».

Les analyses critiques du masculin hégémonique comme constitutif de l’ordre de genre hétéronormatif, de la domination masculine sur les femmes, de l’aliénation des hommes eux-mêmes, la prise en compte des effets délétères des socialisations hiérarchisées et asymétriques des hommes et des femmes… progressent. Y compris du côté des hommes. Il faut s’en féliciter. Souhaitons que les débats nécessaires, y compris entre personnes socialisées en mecs, ne soient pas une nouvelle occasion de rejouer une guerre virile où les femmes, une nouvelle fois, sont les jouets symboliques des luttes entre hommes pour être le meilleur.

 

Toulouse, le 22 janvier 2010.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 06:02
 

Pour répondre au texte de Yeun L-Y dans une tribune publiée

sur le site LMSI le 27 décembre 2009 …

Il faut débattre des hommes, étudier les hommes,

et intervenir auprès des hommes dans une perspective de genre

Daniel Welzer-Lang

Professeur de sociologie, Université Toulouse le Mirail

Auteur de : Nous, les mecs… essai sur le trouble actuel des hommes, Paris, Payot (2009).

À l’opposé d’une position, heureusement encore minoritaire exprimée de manière polémique par Yeun L-Y dans une tribune publiée sur le site LMSI le 27 décembre 2009(1), et profitant du débat ainsi créé, il me semble important d’affirmer aujourd’hui différents principes concernant les rapports hommes/femmes vus du côté des hommes.

Débattre sur les hommes, le masculin, le genre

Hommes progressistes, convaincus de la nécessité de l’égalité entre les hommes et les femmes, nous devons parler des hommes, donc de nous, et parler aussi aux hommes. Dans toute la diversité que représentent nos courants de pensée et d’agir, il nous faut accompagner la fin de la domination masculine (2). Ces débats concernent tous les hommes, ceux qui se déclarent opposés à toutes les dominations, mais n’évoquent pas leurs conditions particulières d’hommes(3), ceux qui ont encore à souffrir des effets du sexisme et de l’homophobie ou de la transphobie, ceux qui, à tort ou à raison, se sentent floués par certains effets délétères de politiques pourtant égalitaires. Ces débats concernent aussi tous les hommes, tous les garçons qui jour après jour essaient avec des femmes de bricoler et d’inventer des modes de vie qui prennent en compte les nouvelles donnes actuelles : l’individualisme, la crise actuelle du couple et les recompositions des formes familiales, le racisme post-colonial qui tente d’empêcher des personnes de s’aimer, les difficultés des entreprises, des universités, des associations et des organisations syndicales à traduire l’égalité de genre dans le monde du travail (parité hommes/femmes, égalité des salaires, prises en compte des diversités, qu’elle soient sexuelles, genrées ou d’origines sociales). Mais ces débats sont aussi essentiels à ceux qui résistent à l’égalité et au changement. Ceux qui doutent, qui ne savent plus, ceux qui sont déstabilisés dans leurs certitudes mâles(4). Aucune personne progressiste, aucun mouvement égalitariste, n’a intérêt à les voir se tourner vers les sirènes masculinistes qui accusent les femmes, le féminisme, les mouvements LGBT (5) de tous les maux de la terre.

À l’opposé de l’idéologisme (6), fut-il énoncé au nom de valeurs dites féministes par certaines personnes, il nous faut collectivement prendre acte de l’extraordinaire période de transition historique que nous sommes tous et toutes en train de vivre concernant les rapports sociaux de genre et de sexe qui lient les hommes entre eux, les hommes et les femmes (7). Non, toute parole masculine ne vise pas à lutter contre les conquêtes obtenues de hautes luttes par les femmes pour leur égalité, les luttes contre les violences masculines et sexistes. Contrairement au texte de Yeun L-Y (que l’on présuppose être un garçon), les hommes doivent quitter le traditionnel silence (8) sur leurs conditions de vie, au travail, à la maison, et ce, quels que soient leurs modes de vie. Qu’ils soient seuls, en couple avec une femme ou un homme, ou qu’ils vivent autrement.

Étudier les hommes dans un perspective de genre

Avouons notre grande méconnaissance des hommes, des dominants. D’une part, comme l’ont montré des anthropologues comme Maurice Godelier et Nicole-Claude Mathieu, parce que les dominations sont toujours structurées sur une opacité et des secrets sur ce que vivent réellement les dominants. Mais aussi dans cette époque où, même avec des problèmes dus à des discriminations persistantes, la mixité progresse (à l’école, dans le monde du travail salarié…), les hommes chercheurs ne semblent pas pressés de dévoiler les secrets qui perpétuent les dominations (9).

Pourtant la connaissance fine de l’évolution des rapports sociaux de genre, des avancées ou des régressions sur l’égalité de genre est une donne indispensable pour étayer les politiques publiques favorables à la parité, à l’égalité, orienter ou réorienter l’accompagnement des femmes et des hommes, voire pour pouvoir débattre entre hommes et femmes de nos vies, et des luttes à mettre en place contre le sexisme.

Pour une méthode pour travailler sur les hommes et le masculin

Dans cette période marquée par le manque d’analyses diversifiées sur ce que vivent, pensent, rêvent et actent les hommes, la méthode doit clairement être compréhensive et s’approcher au plus près possible des hommes eux-mêmes (10). D’autant plus qu’un effet direct des luttes égalitaristes n’est pas toujours le changement souhaité, mais aussi la culpabilité, la honte de pratiques aujourd’hui dénoncées comme oppressives par certain-e-s ; ringardes, machos ou obsolètes par d’autres. Quant aux nouvelles formes de pratiques masculines, celles forgées dans le bricolage du quotidien, elles sont aussi souvent invisibilisées par les statistiques hétérocentrées où, en définitive, les pratiques hors le couple hétérosexuel normatif, il n’y a point de salut. Les méthodes développées par l’ethnographie, la microsociologie, les méthodes qualitatives sont souvent plus adaptées pour approcher de plus près ce que font les personnes, et le sens qu’ils/elles y mettent. D’autant plus sur des thèmes (le quotidien, l’intime…) où les hommes ont peu de mots pour (se) dire.

Alors bien sûr, adopter de telles méthodes — ce qui n’est pas évident pour tout le monde —impose de s’approcher au plus près des hommes, devenir leur confident, échanger du sensible. C’est ainsi que j’ai pu parler et décrire dès 1990 les « souffrances de l’homme violent ». On ne peut pas, et l’on ne doit pas, réduire une personne, fut-elle dominante, oppressive, à ses actes (11). C’est aussi à la même époque que pour comprendre comment vivaient chez eux des hommes qui s’affichaient différents des stéréotypes sexistes que nous nous y sommes installés pour quelques jours avec notre carnet de notes (Welzer-Lang, Filiod, 1993). J’ai longtemps regretté de ne pas pouvoir mener à bien mes projets de me faire enfermer en prison quelques mois pour mon enquête sur les abus sexuels en prison (1996). Bref, face à un sujet complexe à saisir avec l’appareillage classique des sociologues, il faut savoir mettre en œuvre de l’inventivité, de la création. La sociologie réfère aussi à l’art.

Les descriptions qui en suivent mettent les hommes au centre de la description et de l’analyse. Ce n’est pas pour autant des analyses androcentriques, ni de l’ « androcentrisme méthodologique » (13) dans la mesure où les analyses dans une problématique de genre, et de rapports sociaux de sexe — même celles qui donnent à lire des effets délétères des luttes égalitaires sur certains hommes — contextualisent la construction sociale de telles situations (14). Si chaque analyse sur les femmes, où seules les femmes sont analysées, décrites, devait être caractérisée de sexisme, il resterait peu de textes à étudier en études genre !

Les écueils à éviter dans les études sur les hommes et le masculin

1 – Le simplisme de la pensée

Une méthode contre-productive, largement utilisée par le polémiste (et par d’autres) consiste à dire : « ils sont peu : ils n’existent pas », ou « ce phénomène étant minoritaire, il n’existe pas, ou n’est pas digne d’intérêt ». Et c’est ainsi qu’au long du texte de Yeun L-Y nous apprenons des vérités essentielles sur les hommes : « C’est en effet activement (consciemment ou non) que les hommes refusent de se souvenir du RDV de l’enfant chez le médecin, de prendre soin de leur entourage, de préparer la bouffe ou de nettoyer les toilettes ». Que le polémiste décrive une partie des hommes qui vivent avec des femmes est une évidence ; les homosexuels étant peu nombreux, ils n’ont pas non plus droit à apparaître dans l’analyse, comme les 13% d’hommes qui vivent seuls. (...), ni les 15% de familles monoparentales dirigées par un homme. Mais peut-on TOUT réduire aux pratiques les plus caricaturales ? Déjà dans Nous les mecs, je signalais l’absurdité de sentences définitives qui ne s’appuient pas sur des travaux actuels. Notamment je critiquais une sociologue qui a récemment déclaré : « « A un père affirmant “je suis un père autant que la mère”, je demanderais quand a été fait le dernier vaccin, quelle est sa pointure, à quand remonte sa dernière visite chez le dentiste, quel est le dernier bouquin qu’il a lu, le nom de son meilleur copain d’école… ». Que cette sociologue ne croit pas que les hommes sont capables de s’occuper des enfants est une chose, qu’elle généralise des travaux empiriques menés il y a une vingtaine d’années pour étayer sa démonstration, en est une autre.

Si l’ensemble des sociologues sont — aujourd’hui — d’accord pour dire que le cadre général des rapports entre hommes et femmes se situe dans une problématique de domination masculine, la plupart s’accordent aussi pour vouloir étudier plus finement comment la domination masculine « bouge », se recompose, se transforme. Sous l’effet des luttes féministes (ou qualifiées comme telles), mais aussi par la transformation de nos sociétés, l’articulation entre les rapports sociaux de sexe et les autres rapports sociaux : les classes sociales, ceux créés par la racialisation de la question sociale (Dorlin, 2008 ; Fassin, 2009 ; Guenif-Souilamas, Macé, 2004), l’âge… La domination masculine ne se reproduit jamais à l’identique. C’est d’ailleurs pour disposer d’outils plus fins pour analyser les transformations des conditions de cette même domination masculine que la plupart des collègues féministes ont développé des analyses en termes de rapports sociaux de sexe, et rapports sociaux de genre.

Le simplisme de la pensée qui vise à ne présenter les hommes comme un groupe d’ « objets » inanimés, incapables — y compris par calcul objectif — de s’adapter aux nouvelles donnes créées par les remises en cause de la domination masculine, est une analyse asociale qui essentialise et naturalise le masculin.

2 – Mettre les marges au centre

Contre le réductionnisme de la pensée et de la recherche, ceux et celles qui veulent étudier les hommes et le masculin doivent adopter l’attitude inverse.

Les études empiriques doivent intégrer le double mouvement observable chez les hommes aujourd’hui. D’une part, la redéfinition de rapports sociaux de sexe et de genre. Pour cela, il faut chercher les tendances émergentes, traquer les nouveaux mode de vie des hommes pour les étudier, regarder les bricolages quotidiens qu’effectuent aujourd’hui les couples hétérosexuels, essayer de les analyser sur un temps long pour éviter les clichés réducteurs, décortiquer les « nouveaux pères », observer les collectifs de logements (des manières alternatives de vivre ensemble), étudier les rapports hommes/hommes (15), interroger le hommes qui vivent en couple homosexuel, ceux qui vivent seuls, inventorier les dispositifs empiriques mis en place par certains pour articuler travail professionnel et vie personnelle… Mais cela ne suffit pas.

Dans le même temps, il faut étudier les formes actuelles de résistances masculines au changement : analyser le virilisme adopté par certains hommes face aux demande de changements, continuer à comprendre les phénomènes de violences masculines domestiques, y compris celles en œuvre dans des couples non hétéronormatifs ou celles mise en œuvre par les femmes contre les hommes (16), étudier ce qui se passe du côté de ceux qui, pour une raison ou une autre, se déclarent « victimes » des politiques égalitaires, notamment certains pères divorcés (17)…, critiquer les écrits réactionnaires qui commencent à apparaître qui vise à généraliser quelques exemples pour déconsidérer la marche actuelle vers l’égalité des sexes.

Bref, il faut mettre les marges au centre de nos analyses pour affiner la compréhension de ce qui se passe aujourd’hui dans nos sociétés.

3 – Intégrer la complexité du social

Une grande partie des travaux actuels des études genre concerne les femmes, et minoritairement les hommes. Mettre, quand c’est possible, ces travaux en perspective, comparer les pratiques et les représentations est alors fort intéressant. Cela nous donne à voir la complexité du social, comment en dehors des affirmations péremptoires et dogmatiques, hommes et femmes ne sont pas des en-soi séparés, mais des catégories sociales construites dans et par les rapports sociaux de sexe et genre. C’est ainsi que j’ai pu montrer que des « doubles standards asymétriques » étaient en œuvre dans un certain nombre de confrontations quotidiennes entre hommes et femmes. Ainsi, les violences masculines domestiques sont définies différemment par les hommes violents (mais cela marche aussi avec les femmes violentes, les parents violents) et les femmes violentées (ou les hommes violentés, les enfants subissant ces violences). Et, surprise de l’analyse, dans un couple non conscientisé par le féminisme, les hommes dès qu’ils ont quitté le déni (catégorie propre aux dominants), explicitent plus de violences qu’en a repéré leur compagne.

Dans l’espace domestique, là où les hommes étaient généralement absents et/ou exclus, l’analyse du « propre et du rangé » ouvre sur des formes de réflexions qui manifestement n’ont pas l’air de plaire à ceux qui veulent victimiser les femmes partout et sur tout. Dans un espace traditionnel (18), les femmes, mises en situation de compagne et/ou de mère, nettoient avant que cela soit sale. Elles sont préventives. Et ceci pour maintes raisons liées aux apprentissages sociaux, mais aussi parce que nos sociétés patriarcales ont l’habitude d’assimiler l’intérieur psychique d’une femme/mère à ce qu’elle donne à voir dans la gestion du propre et du rangé « chez elle ». « Si c’est sale chez elle, c’est sale, en elle » semble dire la maxime. Et cela même si, avec un peu de raison, chacun-e peut s’accorder sur le fait que propre, rangé, désordre sont des notions hautement culturelles qui varient d’une région à l’autre, d’une époque à une autre et en fonction de plein d’autres facteurs comme les conditions géographiques et météorologiques. N’empêche, cette menace d’être déconsidérée fonctionne pour une partie importante des femmes. Pour les hommes, en tout cas pour ceux qui prennent en charge tout ou partie du travail domestique, ceux qui ne sont pas majoritaires mais qui existent tout de même, ces habitus genrés n’existent pas. Eux ont plutôt été éduqués à ne pas trop déranger quand leurs sœurs apprenaient les règles du ménage. Eux nettoient quand ils « voient » ou quand « ils sentent » que c’est sale. Ils sont curatifs. On comprend très vite les difficultés que rencontre un couple hétérosexuel qui se veut égalitaire et, par exemple, alterner la mise en actes du ménage. Quand c’est à la compagne, pas de problème. Quand c’est au tour de l’homme… Lui n’a pas encore perçu qu’il devait le faire, elle attend qu’il le fasse. Parfois cela se traduit par une double charge mentale pour elle. Parfois même (je l’ai observé directement), elle préfère faire à sa place. Car une des particularité du sale est qu’on a beau savoir qu’il est catégorie culturelle, variable, il nous envahit ; mentalement, physiquement, émotionnellement… Bien sûr cela n’est pas non plus généralisable à TOUS les hommes, et à tous les couples égalitaires. Certaines femmes affichent fièrement un désordre comme preuve de leur insoumission à l’ordre hétéronormatif patriarcal. Des hommes se font un point d’honneur à éviter toute saleté dans leur espace domestique, qu’ils vivent seuls ou non.

Ce type d’étude sur les hommes et le masculin qui interroge le sens commun, déconstruit les évidences genrées, constitue un enrichissement des études genre. Elles permettent tout à la fois d’alimenter la marche vers l’égalité. De comprendre l’intérêt de discuter entre hommes et femmes, sans catégories préconstruites incrustées dans un ça va de soi qui tend, qu’on le veuille ou non, à reproduire des formes classiques de domination masculine. Plus loin, elles permettent aussi d’interroger les bénéfices secondaires accordées aux compagnes et mères, le prix que celles-ci paient ces bénéfices secondaires en termes de charge mentale, et en charge de travail réel, mais aussi d’essayer de comprendre en quoi cette forme d’oppression, d’aliénation est aussi productrice de plaisirs. J’ai proposé de caractériser les plaisirs liés à cette contrainte de libido maternandi. D’où mes interrogations sur les statistiques qui concernent le « partage » du travail domestique et qui évoluent si dramatiquement dans une perspective égalitaire. Et cette question iconoclaste qui semble déplaire. Alors que les hommes en font si peu, pourquoi les femmes en font-elles tant (19) ?. Ou : tout le travail domestique réalisé est-il utile ?

En dehors des questions qui semblent fâcher le polémiste, nous nous trouvons confronté-e-s à un débat très complexe sur le juste, le vrai. Dans une perspective égalitaire partagée, les hommes doivent-ils copier ce que font les femmes ? Les femmes doivent-elle adopter les attitudes masculines ? En fait, comme nous l’expliquons par ailleurs (Welzer-Lang, Le Quentrec, Corbière, Meidani, Pioro, 2005), les questions semblent se résoudre pragmatiquement par les mises en couple successives. Que ce soit en termes de « partage » du travail domestique, en termes de pressions sur le propre et le rangé qu’intériorisent les compagnes, en termes de frustrations subies par l’homme qui s’estime non reconnu, il vaut mieux être la seconde compagne que la première, le second compagnon que le premier. Et les hommes sont quasi unanimes pour dire qu’une période de vie solo, entre deux couples, leur a été salutaire pour pouvoir «négocier » avec leur (nouvelle) compagne. Je n’insisterai pas ici plus longuement, mais on trouve des phénomènes similaires sur l’exercice réel de la paternité où un certain nombre d’hommes apprécient de prendre de la distance avec la mère de leurs enfants pour ne pas « subir » un regard jugeant qu’à tort ou raison, ils interprètent comme une méfiance sur leurs capacités.

(1) Yeun L-Y propose un texte concernant mon dernier livre « Nous, les mecs, essai sur le trouble actuel des hommes » paru en 2009 aux éditions Payot (Paris) [http://lmsi.net/spip.php?article988]. Son texte, qui aborde globalement les questions liées aux hommes et au masculin, est une chance de débat. En ce sens il faut le remercier de l’avoir ouvert. Toutefois, l’objectif de mon article dépasse très largement la controverse ouverte. J’utiliserai donc les notes de bas de page pour répondre à certaines contrevérités qu’il me prête dans mon livre qui, je le rappelle, s’est voulu travail de vulgarisation. Les fondements théoriques de mes travaux ont été plus largement exposés dans : Les hommes violents (1991, 1996, 2005), Les hommes aussi changent (2004), Des hommes et du masculin (2008). Une bibliographie (presque) complète est disponible à http://w3.univ-tlse2.fr/cers/annuaires/fiches_indivi/permanents/Daniel_Welzer_Lang.htm. En ce qui concerne mes affaires plus privées et la pseudo « perte » du procès en diffamation que j’ai provoqué, on se reportera à mon blog : http://daniel.welzer-lang.over-blog.fr/.

(2) La fin de la domination masculine est, bien entendu, une perspective historique qui n’est pas — et c’est bien dommage — immédiate. Identifier, nommer un phénomène, le déconstruire, en comprendre les tenants et les aboutissants, lutter contre ses effets, le chiffrer et suivre son évolution, penser l’après-phénomène… sont quelques-unes des conditions qui accompagnent sa transformation. Créer les conditions d’un consensus pour qu’il disparaisse ne peut que le faciliter. Remarquons d’ailleurs que cette perspective a déjà été énoncée par d’autres auteur-e-s (Badinter, Delphy).

(3)Curieux comme la gauche de la gauche est aussi silencieuse sur cette question, le site LMSI compris. Des femmes et quelques rares hommes ont critiqué le virilisme de certaines formes de militantisme, des hommes et des femmes, l’homophobie de certaines organisations. Des militants participent aux manifestations féministes (quelle qu’en soit la diversité), mais… on les entend rarement parler comme homme(s).

(4)Je préfère parler du « trouble actuel des hommes » que de «  crise de l’identité masculine ». La déstabilisation de la domination masculine par les luttes de femmes et certains de leurs alliés masculins, la remise en cause de privilèges accordés aux hommes, modifient leurs statuts. Le constater, comme d’ailleurs évoquer la souffrance de certains, ne constituent pas, en soi, une attitude réactionnaire. Réduire les analyses sur le masculin à ces termes, et plus loin accuser les femmes d’en être responsables : oui.

(5) LGBT : pour, lesbiennes, gais, bisexuel-le-s, transgenres.

(6) L’idéologisme consiste non à se revendiquer d’une forme de pensée critique en « isme » (marxisme, féminisme, anti-colonialisme…), mais au nom de cette pensée critique s’arc-bouter sur des affirmations péremptoires qui ne traduisent pas des réalités matérielles et sociales mais visent à consolider une idéologie.

(7) Yeun l-y à raison rappelle « qu’il n’y a pas de masculinité, quelle qu’elle soit, sans domination des femmes et sans hiérarchisation bi-catégorisante ». La perspective théorique de la fin du genre signifie la disparition du masculin et du féminin pris comme constructions asymétriques et consubstantielles du genre, i.e. du système socio-politique du genre qui produit domination des femmes par les hommes, du féminin par le masculin, discriminations et oppressions des personnes qui ne se situent pas dans l’hétéronorme censée symboliser la coexistence du masculin et du féminin, aliénation des hommes [Bourdieu disait domination] par le même système qui les créent comme hommes, donc comme dominants… Dans ce sens des concepts comme la parité, l’égalité, la non-discrimination… ne sont que des concepts temporaires liés historiquement à la période anthropologique actuelle. Vouloir disqualifier le doute, la recherche compréhensive sur la complexité des phénomènes actuels, en affirmant de manière péremptoire et virile : « l’égalité est là ou non », est absurde. Lorsque l’égalité sera réalisée totalement, il n’y aura plus de catégories figées hommes/femmes, de tiroirs opposés masculin/féminin, plus de domination masculine. Gageons d’ailleurs que contrairement aux illusions populistes qui font porter aux femmes (ou aux dominé-e-s) l’avenir d’une humanité douce et heureuse, l’égalité signifiera que des (ex)dominées feront dans une proportion similaire aux (ex)dominants les mêmes horreurs (guerres, meurtres…). Sauf que l’appartenance de sexe, de genre, ne sera plus significative pour savoir qui fait quoi. Quand l’égalité sera là, il n’y aura plus de genre. Les théories et mouvements queer, par le travail incessant de déconstructions des catégories [pseudo] identitaires ouvrent d’ailleurs sans doute un voile sur ce que pourra être l’après genre. Ce que Christine Delphy nommait le « non-genre » (1991), que je qualifie de « tout genre ».

(8) Mais dire que tous les hommes sont silencieux sur le sujet pour garder leurs privilèges, pour que les femmes s’occupent d’eux (travail relationnel), constitue un raccourci paresseux de la pensée. C’est en partie juste, mais seulement en partie. Comme beaucoup d’exemples pris dans le texte, nous avons à faire avec une analyse anhistorique, des affirmations qui n’intègrent pas les luttes pour l ‘égalité menées depuis plusieurs décennies ; luttes qui ont contestées la suprématie masculine avec un certain succès. Oui, les hommes sont encore majoritairement silencieux sur leur intime. En comprendre le sens demande de faire un détour dans la socialisation masculine. Le silence est d’abord un habitus appris aux hommes dans leur socialisation dans la maison-des-hommes (dans leur éducation entre pairs, entre garçons, à l’abri du regard des femmes). Ne pas parler de soi, et remplacer ces paroles par des échanges autour des thèmes (signes) renforçant la virilité (sports, voitures, guerres entre hommes, filles…) est, dans la construction du masculin normatif, une manière de se distinguer des femmes et de leurs équivalents symboliques que sont les homosexuels (homophobie oblige). Aujourd’hui beaucoup d’hommes disent en souffrir et vouloir le changer. Il n’y a qu’à voir le succès des thérapies new-age où l’on apprend aux hommes à parler d’eux, de leur intériorité, pour s’en convaincre. Si, comme le montrent les travaux de Christophe Desjours (1998), la normopathie virile est convoquée contre la peur, la honte (du sale boulot), le danger, il est abusif de réduire TOUS les hommes à cela. Certains (ce sont nos travaux de recherche qui le montrent) par des moyens empiriques essaient de quitter ce corset de la virilité, y compris je suppose, parmi les amis du site LMSI.

D’après les linguistes, il faut plusieurs siècles pour changer une langue, notamment la féminiser, la désandrocentrer. Le silence persistant des hommes, preuve de la différence masculin/féminin naturalisée, est aussi, sans doute, un signe de la transition historique actuelle. Beaucoup d’hommes veulent parler ou disent vouloir parler. Mais nombreux sont ceux qui signalent alors qu’ils n’ont pas de mots adéquats pour dire les choses de l’intime. A nous pédagogues progressistes de les y aider.

(9) Ce point est essentiel. Peu d’hommes sont engagés dans des travaux pour déconstruire le masculin, expliciter et analyser les hommes. Les causes sont multiples : le peu de valorisation académique qu’ont reçu les premiers travaux critiques sur la domination masculine dans les sciences sociales, et à contrario aujourd’hui, l’extrême compétition dans un secteur où beaucoup de jeunes chercheur-e-s arrivent et peu de postes de titulaires leur sont offerts. Le texte de Yeun L-Y qui nous explique aujourd’hui que tout travail compréhensif d’ethnographie ou de microsociologie sur les hommes ne viserait qu’à consolider la domination masculine ne va pas arranger les choses.

Pourtant depuis longtemps les sociologues féministes appellent à des travaux critiques pour connaître ce que vivent les hommes (Devreux, 1985 ; Daune-Richard, Devreux 1986 ; Mathieu, 1973, 1985). La déconstruction du masculin, l’analyse critique que propose l’analyse genre sur les hommes est — j’en reste persuadé — un bon moyen efficace de lutter contre la violence symbolique que subissent les femmes, de déconstruire leurs croyances  et illusions créées par l’idéel de la domination masculine. Ainsi, les travaux de Said Bouamama sur les clients de la prostitution (2004), comme ceux que nous avons menés sur les mêmes thèmes dans le commerce du sexe ou l’échangisme (2005) désillusionnent les femmes qui veulent croire que leur conjoint est différent des autres hommes.

L’étude critique des hommes et du masculin, et dans cette période de pénuries de connaissances situées, la multiplication de publications de « moments ethnographiques » (Connell, 1995), permet aussi de saisir finement la double construction du social que provoque la domination masculine. J’en donnerai des exemples plus loin. Comme l’explique Nicole-Claude Mathieu : dominants et dominées ne partagent pas les mêmes représentations (1985, 1991).

(10) Sur la posture compréhensive, voir les travaux de Goffman dans L’arrangement des sexes (2002), de Georg Simmel (1908, 1999).

(11)  À l’époque cela n’avait pas provoqué des cris d’Offraie. Il faut dire qu’à cette période, les hommes qui déconstruisaient la domination masculine étaient nettement moins nombreux. C’est aussi un signe du changement.

(12) Est-ce de l’empathie sexiste ?

Décrire « les souffrances » des hommes, dire les doutes de certains, déconstruire les logiques complexes, contradictoires et parfois paradoxales des (toujours) dominants, contextualiser ces propos dans la marche vers l’égalité, la lutte contre les violences masculines, n’est pas, bien sûr de l’empathie sexiste. N’en déplaise à tous les léninistes de la pensée. Décrire les conditions particulières des hommes, ou de certains d’entre eux, permet d’illustrer ce qu’est, ou peut être, l’aliénation masculine. Soyons réalistes et pragmatiques. Les formules dites (à tort ou à raison) radicales pour dénoncer la domination masculine se sont d’abord (et c’est logique, et propre à toutes les luttes des personnes mises en situation de domination) adressées aux femmes. Les hommes, même ceux qui ont toujours été favorables à l’égalité ont eu du mal à les entendre, à les comprendre. D’une part, parce que quand les dominées parlent, les dominants entendent souvent du bruit. La croyance que les femmes jacassent est encore bien vivante. Mais, plus loin, parce que cela semblait ne pas les concerner. Décrire la vie des hommes permet de donner du corps, des larmes, des émotions aux analyses sociales. Outre que cela permet de lutter contre la moralisation des analyses sociales (tout traduire par une perception du bien et du mal), c’est un travail de traduction qui doivent faire les hommes progressistes, et notamment les sociologues, parallèlement aux mobilisations des femmes. Que le polémiste pense que l’on est, alors, loin DU féminisme (comme si le féminisme était unique, décrété par un parti, une église, ou par décret) est un autre débat.

Pour ma part, j’ai souvent rencontré, ou reçu, des témoignages de femmes qui m’ont remercié pour de telles descriptions qui permettaient, tout en refusant domination et violences, de mettre des mots sur du ressenti.

(13)  Est-ce de l’androcentrisme méthodologique ?

Rappelons ce que j’ai publié en 2004 en ce qui concerne la définition de l’androcentrisme.

Nicole-Claude Mathieu (1985) — dans un texte peu connu avant sa réédition en 1991 — reprend à propos de l'androcentrisme, appelé quelquefois dans la littérature « sexual bias », « mâle bias » « male-centeredness » , « viricentrism ».., la définition proposée par Molyneux (1977).

Par androcentrisme j'entends un biais théorique et idéologique qui se centre principalement et parfois exclusivement sur les sujets hommes (male subjects) et sur les rapports qui sont établis entre eux. Dans les sciences sociales, ceci signifie la tendance à exclure les femmes des études historiques et sociologiques et à accorder une attention inadéquate aux rapports sociaux dans lesquels elles sont situées. L'androcentrisme peut se concevoir comme un glissement idéologique de la part de l'auteur, mais ce glissement a des effets théoriques qui sont transférés au texte. C'est pourquoi il est légitime de parler à la fois de l'androcentrisme du sujet-auteur et de l'androcentrisme de tel texte ou de telle théorie (Molyneux, 1977 : . 78-79).

La conséquence en est que (p.55) : « La (...) non-considération des rapports sociaux dans lesquels les agents-femmes sont impliqués veut dire que certains rapports sociaux cruciaux sont mal identifiés et d'autre pas identifiés du tout. Ceci (...) pervertit nécessairement les arguments avancés quant aux caractéristiques générales de la formation (sociale et économique) en cause ».

Cette définition m'a d'emblée parue pertinente dans l'explication des biais concernant la non-prise en considération des femmes, « la tendance à exclure les femmes des études historiques et sociologiques et à accorder une attention inadéquate aux rapports sociaux dans lesquels elles ont situées ». Toutefois, dès que l'on adopte un point de vue masculin critique sur le masculin, l'autre terme du rapport social, on voit aisément que l'androcentrisme consiste aussi :

… à participer d'une mystification collective visant pour les hommes, à se centrer sur les activités extérieures, les luttes de pouvoir, la concurrence, les lieux, places et activités où ils sont en interaction (réelle, virtuelle ou imaginaire) avec des femmes en minorant, ou en cachant, les modes de construction du masculin et les rapports réels entre eux.

C'est ainsi que nous avons défini l'androcentrisme avec Marie-France Pichevin en 1992 (Welzer-Lang, Pichevin, 1992).

(14) Et pour être plus précis concernant les deux exemples d’androcentrisme que cite Yeun :  le Rmiste et le cadre, voici l’extrait concerné :

« Cette nouvelle attitude est aussi favorisée par un cadre mouvant de la virilité.

Les conditions d’exercice de la virilité, les manières d’être homme, sont aussi en réécriture. L’attribution aux hommes d’une condition supérieure aux femmes n’est plus automatique. Dans la marche vers l’égalité, jour après jour, dans le monde professionnel, syndical, politique et dans la vie privée, les femmes avec un certain succès contestent les primautés masculines. Les privilèges masculins ne sont plus des attributs automatiques que l’on déplie à l’avance. Que penser d’un homme qui touche le R.M.I (minimum social), qui se retrouve sans travail, sans argent ? Autrement dit sans signe social de virilité (travail, métier, revenus…). Que dire d’un homme ancien cadre supérieur que l’on remercie à la cinquantaine et qui se voit remplacé du jour au lendemain par une femme ? Comment interpréter les succès scolaires des filles ? Les suicides des garçons qui n’arrivent pas, ou ne veulent pas être de « vrais » hommes ? »

C’est clair, le Rmiste ou le cadre au chômage ne sont pas présentés comme des en-soi séparés des rapports sociaux qui les construisent, que ces rapports sociaux dans le monde du travail concernent les hommes et les femmes, les hommes et les grands-hommes, comme d’ailleurs les rapports sociaux qui opposent les femmes liées aux classes sup détentrices d’un carnet d’adresses, de réseaux,  aux autres femmes des milieux populaires.

La question à poser est donc : Pourquoi ? Pourquoi falsifier le texte ? Pourquoi vouloir déconsidérer toute analyse qui montre, ou décrit, des mobilités sociales de sexe et de genre ? Pourquoi vouloir nier toute avancée produite par les politiques d’égalité ? Qui a intérêt à ce catastrophisme victimologique ?

(15) Les rapports hommes/hommes sont structurés à l’image hiérarchisée des rapports hommes/femmes, ils sont aussi construits et reproduits par les rapports sociaux de sexe et de genre.

(16) Je renvoie ici à mon dernier article sur « les hommes battus » paru dans la revue Empan, [Les violences conjugales, n°73, Toulouse, Erès,  pp 81-89] et disponible sur mon blog. Il ne suffit pas de dire que le phénomène est asymétrique, minoritaire pour en refuser l’étude. Parce que le mythe moderne de la violence domestique décrit dans le livre les hommes violents, et Arrête, tu me fais mal, la violence domestique, 60 questions, 59 réponses (2005), a tendance soit à nier complètement le phénomène, soit nous expliquer que les hommes sont autant battus que les femmes, il nous faut justement examiner de manière rigoureuse la question. En fait le phénomène progresse aujourd’hui parallèlement à l’égalité hommes/femmes. Le croisement détaillé des différences sources statistiques disponibles, et cela est confirmé par certains travaux empiriques, laissent penser qu’environ 15% des personnes victimes de violences sont des hommes.

(17) Il est aujourd’hui d’usage de dire que toute étude des avatars de l’égalité, notamment les discours et pratiques de certains pères divorcés est antiféministe, réactionnaire, masculiniste. Que certains discours, certaines pratiques des pères divorcés le soient, cela semble une évidence. J’en ai moi-même donné maints exemples dans mes publications. Mais interdire de fait toute étude sur ces phénomènes en menaçant a priori les chercheur-e-s est une drôle de conception de la recherche, et de la démocratie.

(18) Je relate ici une recherche particulière, et empirique, effectuée au début des années 1990. Ces analyses ont été, en partie, confirmées dans notre étude collective en 2005 (Welzer-Lang, Le Quentrec, Corbière, Meidani, Pioro). Reste maintenant, et dans le détail, à étudier comment hommes et femmes essaient de manière pragmatique et empirique de dépasser ces oppositions qui peuvent apparaître binaires.

(19) Question que pose aussi François de Singly (2007).

(20) Je ne reprendrai pas ici les débats sur le « travail du sexe », ni sur la négation et la victimisation des paroles de femmes dès qu’elles travaillent et oeuvrent — comme Grisélidis Réal a pu le faire — dans le commerce du sexe. D’excellents travaux sont éclairants sur ce thème. En particulier les analyses croisant aujourd’hui sexe, « Race » et classe. [Françoise Guillemaut, Stratégies des femmes en migration : pratiques et pensées minoritaires, repenser les marges au centre, Thèse de sociologie, Université Toulouse Le-Mirail, Janvier 2007].

(21) Et je n’intègre pas non plus le « service sexuel » dans le travail domestique comme différents textes ont pu le faire dans les années 70.

(22) Welzer-Lang Daniel Mathieu Lilian, Barbosa Odette, 1994 : Prostitution, les uns, les unes et les autres, Paris, Anne-Marie Métaillé.

(23) Voir ainsi les excellents travaux de Louis-Georges Tin [2008, L’invention de la culture hétérosexuelle, Paris, Autrement], la publication d’ouvrages collectifs : Deschamps Catherine, Gaissad Laurent et Taraud Christelle, 2009, (dir), Hétéros, discours, lieux, pratiques, Paris, EPEL.

(24) Institut de la statistique du Québec. La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Québec, 2003 ; Laroche, 2005. En fait dès que l’on applique les mêmes questions sur les violences perçues aux hommes et aux femmes, on se rend compté des biais de certains travaux qui ne s’intéressaient qu’aux femmes ; Sophie Torrent, 2003, L’homme battu, Un tabou au coeur du tabou, Éditions Option Santé. Ce livre est l’édition d’un mémoire réalisé au Département de travail social et des politiques sociales de l'Université de Fribourg (Suisse).

(25) Dans ce courant de pensée on trouve les travaux de Robert Connell, Gilles Tremblay, Michael Kimmel, Michel Dorais, Gilles Rondeau, Christine Castelain-Meunier, Germain Dulac, etc. On trouve des textes de ce courant dans l’ouvrage de synthèse que j’ai coordonné à Toulouse en 2000 : Welzer-Lang (dir), Nouvelles approches des hommes et du masculin, PUM (Presses Universitaires du Mirail).

(26) Voir ainsi la revue Intervention (2002) oubliée au Québec, remise à jour actuellement (nouvelle publication : 2010).

(27) Le mainstreaming est une posture qui refuse de faire de la question des femmes et de leur domination une analyse spécifique et différenciée. Le mainstreaming, mis en valeur par les différentes instances de l’Europe, propose d’intégrer la question des femmes dans l’ensemble des politiques publiques sous le qualificatif de « genre ».

(28) Et bien sûr, il s’agit ici d’un trait d’humour !

(29) Dans les débats d’idées actuels, on sous-estime sans doute la place qu’occupent certains corps de professionnel-le-s, de groupes qui se proclament militants, structurés et légitimés autour de l’évidence de la domination masculine et de sa reproduction, voire son accentuation.

(30) Sur la contestation des chiffres avancés et les précisions concernant les violences physiques, voir l’article : de Hervé Lebras, et Marcela Iacub : « homo mulierilupus ? » in Les temps modernes, n°623, pp 112-134, 2003. Ces auteur-e-s expliquent l’imprécision des définitions adoptées par l’équipe ENVEF dirigée par Maryse Jaspard et privilégient la prise en compte des violences physiques.

(31) Courtanceau Roland ,2006, Auteurs de violence au sein du couple : prise en charge et prévention, Paris, Rapport au Ministère de la cohésion sociale et de la parité, La documentation française.

(32) D’autres, notamment parmi les militantes qui accueillent les femmes victimes de violence, ont toujours exprimé la peur que le subventionnement de tels centres vienne diminuer leurs propres subventions. Ces craintes, légitimes, ont été facilement résolues dans des pays comme le Québec. Il en va de même sur le contenu de l’intervention auprès des hommes violents qui, bien entendu, ne doit pas conforter les présupposés sexistes qui légitiment violence et contrôle.

(33) De plus, nous savons depuis longtemps comment la prison est criminogène, comment elle produit de la récidive. Et ce, d’autant plus que nos prisons sont structurées elles-mêmes par la violence masculine, légitime ou non, régulées par l’abus dit sexuel entre détenus (Welzer-Lang, Mathieu, Faure, 1996).

(34) Je n’ai d’ailleurs jamais entendu les critiques dont parle le texte de Yeun L-Y sur ce réseau précis. Le Réseau Européen d’Hommes Proféministes (www.europrofem.org) a été créé en liens avec des féministes universitaires de la francophonie, et l’équipe Simone de l’université Toulouse Le-Mirail.

Je me suis longuement interrogé sur le sens des propos de Yeun L-Y quand il cite le n°9-10 de La revue d’en face (éd. Tierce) publié en… 1981 pour critiquer le réseau de… 1995.  Je sais que certaines astrologues célèbres sont devenues des sociologues, mais quand même !

Pour mémoire il s’est agi d’une controverse entre les premiers groupes d’hommes antisexistes, notamment ceux regroupés dans la revue Types, Paroles d’hommes, et certaines femmes féministes qui accusaient ces hommes, en se regroupant, de vouloir récupérer un pouvoir mâle contesté. La controverse se conclut alors par un texte de Pierre Colin et Claude Barillon intitulé : « Non réponse, Pas de réponse », et commençant par : « Y en a marre. Y a plus d'abonnés.

Il faudra attendre le colloque « Les hommes contre le sexisme » organisé en octobre 1984 par Types et A.R.DE.CO.M (association de recherche et de développement de la contraception masculine) pour que des échanges entre femmes féministes et hommes anti-sexistes réapparaissent [on lira les textes précis de la controverse dans Les hommes et le masculin, Petite collection Payot, pages 88-91].

Quel sens prend donc le rappel de cette controverse ? Est-ce à dire qu’en 2010, pour Yeun L-Y,  il n’est à nouveau plus possible de mener des analyses et/ou des combats communs ? La présence sur le terrain de l’antisexisme de collectifs mixtes se réclamant du féminisme semble contredire cette affirmation.

(35) http://www.ladominationmasculine.net/petition-des-hommes.html

Même si je trouve l’initiative sympathique, je n’ai pas signé cet appel qui me semble un peu trop autoproclamatoire et facile. 35 ans après que les premiers hommes se soient déclarés contre le sexisme, la domination masculine ! 25 ans après le colloque : « Les hommes contre le sexisme » ! 19 ans après que Pierre Bourdieu ait écrit ce remarquable article sur la même domination masculine ! 11 années après qu’on ait lancé — sans succès — la campagne du Ruban Blanc contre les violences faites aux femmes ! Autant, il est important d’affirmer des grands principes (luttes contre les violences, solidarité..), autant il me semble que nous devrions aller plus loin. En particulier, réfléchir à comment de notre position d’hommes (antisexistes), nous pourrions aider les autres hommes qui n’ont pas encore cette prise de conscience à changer. Après tout, la conscience de la domination masculine n’est jamais spontanée. Elle est même souvent produite par une rencontre, souvent une femme féministe. Les lieux d’accueil des hommes sont aussi des moments possibles pour une prise de conscience masculine.

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 04:08

J'aime ce texte :

 

Ni burqua, ni hauts-talons,

Ni Cravattes,  ni rouge à lèvres…

 

Nous, collectif « Coccinelle » soutenons la demande d’interdiction des burquas et autres niqabs (voiles qui couvrent complètement le visage, à l'exception des yeux) dans l’espace public en France. Européen-ne-s convaincu-e-s, nous demandons l’extension de cette demande à toute l’Europe !

 

 

Symbole de l’oppression des femmes, de l’aliénation des hommes, la burqua n’a pas à être  imposée aux femmes comme rappel incessant de la domination masculine.

Bien sûr, les opprimé-e-s comme souvent n’ont ont aucune conscience. Nous les libérerons ! Qu’elles le veuillent ou non ! Et nous épargnerons à nos enfants des images publiques de soumission à l’hétéronorme.

 

MAIS CELA NE SUFFIT PAS

 

Pas de burqua, ni ici, ni ailleurs. Femmes et hommes, notamment parmi celles et ceux qui dégainent le plus vite sur les burquas des autres oublient souvent  la leur.

 

Avec le collectif coccinelle, revendiquons :

 

Les hauts talons sont aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons les !

Le rouge-à-lèvre est aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons le !

La cravatte aussi un symbole de domination des femmes : interdisons la aux hommes !

Le pantalon aussi un symbole de domination des femmes : interdisons le aux hommes  !

Le string est aussi un symbole de soumission des femmes : interdisons le !

 

Nous exigeons des tenues qui ne marquent aucune différence dans l’appartenance culturelle, sexuelle, sociale !

 

Tous à poil…


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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 04:57


Le livre sort début mars 2009


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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 04:56
ce texte peut circuler...




Virilisme des évaluateurs et de leur chef…


Le 8 janvier 2009, Jean-François Dhainaut,, Président de l'AERES a déclaré :
«  Le pouvoir est une affaire masculine » d’une part et, d’autre part : « les
femmes en plus de leur métier doivent s’occuper de la maison, des enfants.
Elles n’ont donc pas de temps à consacrer à l’Aeres. »"


Le virilisme est une forme particulière de sexisme qui interdit de fait aux personnes désignées comme femmes d’endosser les postes de responsabilité sous prétexte que, même savantes, elles sont et restent des femmes. Le virilisme est l’exacerbation des pseudos qualités naturelles des femmes, et en creux l’hypervalorisation des qualités dites masculines. Le virilisme est une forme particulière de sexisme qui condamne les personnes désignées comme hommes à rester enfermés dans les corsets de la virilité traditionnelle. Leur interdisant de s’occuper de leurs intérieurs, des enfants, de vivre comme des personnes entières.

Le virilisme qui peut prendre des formes diverses (violences physiques, dénégations, refus d’écouter et d’entendre les femmes et leurs alliés masculins ou transgenres…), est une réaction qui s’est forgée dans les résistances masculines aux changements.

Le virilisme est une résistance :
— aux mouvements sociaux qui réclament la fin de la domination masculine et ses effets délétères…
— au féminisme qui affirme depuis longtemps le droit des femmes de vivre, y compris dans le domaine scientifique, dans l’égalité avec les hommes…
 — aux critiques de l’androcentrisme des sciences sociales qui démontrent la manière asymétrique dont sont traité-e-s hommes et femmes dans les écrits dits scientifiques…
— à cette déferlante de désirs d’hommes, de femmes ou d’autres, de toutes générations, d’inventer un autre monde où le sexe, le genre, la couleur de la peau, l’âge, l’origine, les histoires coloniales, la nature des amours et des désirs ne détermineront plus les avenirs individuels et collectifs…

Aujourd’hui, quelques hommes se figent encore dans les replis virilistes. Autistes face aux évolutions sociétales, ils rêvent d’un retour patriarcal des femmes derrières les fourneaux. Ils rêvent de l’époque où les hommes, construits en « vrais » hommes utilisaient leur pouvoir pour régenter le monde et l’intérieur des maisons. Ils rêvent d’un monde passé.
Ce sont des hommes du passé, nostalgiques des uniformes masculins et de l’ordre militaire (et viril) qui régentait le monde.


Tout cela, nous, les spécialistes des études genre, celles ceux qui depuis plusieurs décennies déconstruisons pas à pas les évidences de sens commun qui légitiment l’oppression des femmes et l’aliénation des hommes…, celles et ceux qui ont mis en exergue les liens entre sexisme, homophobie et hétérosexisme…, nous le savons.

Mais ce qui est aujourd’hui surprenant est que le Président d’une instance chargée d’évaluer nos travaux (y compris les travaux déconstruisant sexisme et domination masculine) puisse tranquillement, comme n’importe quel homme sûr du bon droit des hommes, des dominants, puisse l’évoquer en public et en faire une position officielle.

Quelle validité scientifique vont avoir ces « évaluations » chargées d’après Valérie Pécresse et son projet de décret (très largement contesté par toute la communauté universitaire) de faire évoluer nos carrières ? Pourquoi s’étonner que les revues dans lesquelles nous publions nos travaux scientifiques n’appartiennent pas aux revues classées parmi les plus prestigieuses, celles qui comptent dans l’évaluation de nos carrières ?

Non seulement, comme le demande déjà de nombreux et nombreuses collègues, Valérie Pecresse doit dénoncer de tels propos sexistes, rétablir des règles égalitaires et paritaires dans la composition des jurys.
Mais il est aussi temps que les hommes, scientifiques ou non, s’interrogent sur leurs places et leurs réactions face aux transformations de société que nous vivons.


 

Daniel Welzer-Lang, dwl@univ-tlse2.fr
Homme,
Enseignant-chercheur, Professeur de sociologie,
Université Toulouse Le-Mirail
Co-responsable du séminaire de l’Ecole Doctorale : les hommes et le masculin





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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 08:23

(Ce document, destiné à ouvrir le débat, est diffusable)


Expulsion, Parrainage, Marrainage, premier retour d'expérience profane

Quelques mots qui font suite à l'expérience vécu ces jours-ci concernant l'expulsion d'un étudiant étranger.
Les faits :
Moussa [le prénom a été changé], d'origine sénégalaise, est étudiant en M1. Il fait partie de ces étudiant-e-s étrangers « invisibles ». Assidu, il parle peu de lui. Et lorsque je lui ai demandé à son inscription en M1 (maîtrise) s'il était sans papier il m'a gentiment répondu que non. Qu'il n'avait aucun problème administratif. En fait, il a « négligé » [dit-il] de demander des papiers auxquels il avait pourtant droit, de peur que ces maigres économies ne soient pas considérées comme suffisantes par la Préfecture. De même, nous a-t-il expliqué, il a PEUR d'aller à cette préfecture. Il a préféré vivre 4 années dans le secret. Sa famille elle-même ne savait pas sa situation irrégulière. Cela doit nous donner à penser pour la suite et l'accompagnement (le parrainage et le marrainage ?) de ces dizaines (centaines ?) d'étudiant-e-s qui cumulent précarité économique et peur d'une arrestation.


Jeudi 18 décembre - soit la veille des vacances, quand de nombreux et nombreuses collègues  sont en train de boucler leurs valises -, alors que je m'apprêtais à me reposer suite à un long travail d'écriture, j'ai reçu un appel téléphonique. Moussa m'a dit rapidement : je suis dans la cabine téléphonique du centre de rétention. Arrêté lors d'un contrôle d'identité j'ai été placé en rétention hier au soir. Je dois être expulsé. Sans doute demain matin…Puis, il m'a communiqué le nom d'une avocate. J'ai appris par la suite qu'elle avait été commise d'office.

On a beau être antiraciste, sensible à la situation des personnes étrangères que notre Etat républicain veut éliminer sans douceur, juste pour satisfaire l'électorat le plus raciste et xénophobe. Ce coup de téléphone a été une véritable douche froide. Cet appel m'a d'abord sidéré. Comment faire ? Qui alerter ?
Heureusement que militant à la Ligue des Droits de l'Homme [toujours aussi curieux que cela paraisse, c'est encore comme cela qu'elle s'appelle], ancien parrain d'une famille régularisée il y a quelques mois, je disposais de numéros de militant-e-s que j'ai pu joindre très vite. J'ai ainsi eu très vite le contact avec la Cimade (qui fait vraiment un travail remarquable), le Réseau Education Sans frontière, la Ligue des Droits de l'Homme.
Et j'ai pu bénéficier de l'aide directe d'un autre collègue universitaire de la Ligue de Droits de l'Homme pour aller chercher des papiers particuliers prouvant son hébergement chez un collègue à lui. (Merci Robert !). Nous ne disposions pas d'un numéro de téléphone pour joindre les autres réseaux qui s'occupent des sans-papier-e-s….


En fait, dès cet appel, il s'est agi d'un course de vitesse. J'ai pu agir. Mais imaginons que je ne sois pas disponible à ce moment-là. Lors de l'appel de l'étudiant isolé, j'aurais pu être à l'étranger, en colloque, voire dans un avion. Lui, sans téléphone portable, n'avait que la cabine du centre de rétention pour joindre des gens. On imagine aisément les difficultés. De plus, suspendu au téléphone, je n'aurais pas pu réunir seul tous les papiers nécessaires.
Ceci veut dire qu'il est important de disposer de plusieurs numéros de téléphone en cas d'urgence. Qu'un réseau soit mis en place pour très vite avertir les collègues, les associations et syndicats. Qu'il est urgent que cessent les guerres de chapelles, les luttes d'égo, qui empêchent de travailler ensemble à l'Université pour protéger les sans-papier-e-s.



Le droit, les lois..
Rétention et expulsion appellent deux phénomènes juridiques distincts.
Le placement en rétention est contestable devant le Juge des Libertés qui a 48 heures pour se prononcer. L'arrêté de reconduite à la frontière (ou l'obligation de quitter le territoire) se conteste devant le Tribunal Administratif.
Pour Moussa, il s'est agi de deux procédures distinctes dans laquelle nous avons un peu cafouillé.

La Cimade m'a très vite donné un numéro de téléphone de l'avocate qui défendrait Moussa devant le juge des Libertés. Et l'avocate commise d'Office pour le recours devant le Tribunal Administratif m'a fait valoir qu'elle avait besoin de témoignages (de collègues et d'universitaires) prouvant que c'était un bon étudiant, de prise de position, de mobilisations pour le défendre.

Premier tour de piste d'appels
Mon premier objectif était de mobiliser les collègues, la Présidence d'université, la Direction du département, les responsables de notre laboratoire de recherche pour obtenir des attestations de soutien à Moussa.
Par mails et téléphone, l'information circule vite.

Les collègues qui ont encadré Moussa ont très bien réagi et vite. Ils ont de suite compris l'urgence d'envoyer à l'avocate du Tribunal Administratif  un témoignage accompagné d'une photocopie d'un document d'identité. Certaines n'avait pas de fax disponible -une prenait son train quelques heures après-, mais tout a pu s'arranger.
Notre erreur, pauvres novices, est qu'il aurait fallu aussi faxer ces papiers à l'avocate qui défendait Moussa devant le Juge des Libertés. Heureusement, cela n'a pas eu de conséquences dramatiques.
Des collègues par mail ont spontanément proposé leur aide pour signer une pétition. Une collègue (déjà militante sur la question) a de suite rédigé une lettre de protestation qu'elle a aussi faxée à l'avocate.
Quant à la Présidence de l'Université, à la Direction du département, du laboratoire : beaucoup de collègues étaient à Paris, ou ailleurs. Certain-e-s, ou certain-e-s « intermédiaires » n'ont pas saisi l'Urgence. L'impromptu que présente un tel événement où nous disposons d'un temps très très court pour réagir, dire, crier, témoigner…

Au vu de la période particulière où la chasse aux migrant-e-s est devenu un numéro à 5 chiffres, un objectif à atteindre, un challenge intentatoire aux libertés républicaines et à nos traditions de pays d'accueil, cela nécessite d'avoir à l'avance une discussion commune. De se mettre d'accord sur un protocole (excusez le terme technique). Et en tout cas d'être sensibilisé-e-s à ces procédures expéditives, ces événements (dans le sens qu'Edgar Morin donne à ce terme). Je proposerai une réflexion dans ce sens à la rentrée.
La non-perception du décalage entre une mobilisation rapide, mais contraignante [envoyer une attestation, trouver un fax..]  et son effet sur l'avenir d'une personne peut avoir des conséquences dramatiques.

Accompagner…
Il y a plus. Là, le Juge des Libertés a invalidé la procédure du contrôle d'identité. Du coup, les papiers (fiche de paie + attestation de loyer + facture EDF + copie d'un papier d'identité + attestation manuscrite) proposé par un collègue de Moussa prouvant qu'il pouvait l'héberger, n'ont servi à rien. La proposition que la rétention (quel terme !) soit remplacée par une « assignation à résidence » n'a pas été utile. Son arrestation n'était pas légale ! Le juge a tranché. Dans les faits, les policier-e-s recherchaient un autre homme de couleur. Ils (elles ? le rapport ne le dit pas) avaient confondu, et sont tombés sur un sans-papier par hasard… Moussa a eu juste le malheur d'être noir !

Nous n'étions ni nombreuses, ni nombreux à assister au passage de Moussa devant la 3ème chambre du Tribunal de Grande Instance. Faut dire qu'on a appris à 11 heures du matin qu'il passait à 14 heures. Nous étions suffisamment quand même (Merci au syndicaliste de Sud venu exprès) pour que l'avocate puisse faire valoir le soutien de ses profs présent-e-s dans l'assistance (il n'y avait quasi que nous en plus des personnes qui comparaissaient).

Moussa a donc été libéré 4 heures après le jugement. Le temps où le procureur peut faire un appel (suspensif) de la décision du juge.

J'ai rappelé Moussa (à la cabine du centre de rétention) pour lui demander si on venait le chercher, s'il avait pu joindre ses ami-e-s. Personne n'était disponible.
J'ai donc été  le chercher pour l'amener chez un ami (Un conseil : vous munir d'un GPS pour trouver le centre en pleine nuit !).
Inutile de dire combien il était troublé, fatigué et choqué de l'expérience qu'il vivait. Mais content de se savoir aidé.
Telle ne fut pas la chance des 4 sans papier-e-s libéré-e-s deux heures avant lui (3 égyptiens, et une brésilienne), quatre personnes qui sont aussi passée--s devant le Juge des Libertés à la même audience et qui ont, aussi, été libérées (parfois on a envie de les embrasser les Juges). Nous les avons vu (mais trop tard pour s'arrêter) marcher le long de l'autoroute entre Blagnac et Toulouse. Moussa nous a expliqué qu'ils/elle avaient appelé en vain un taxi. Ils/elle auraient pu (et cela s'est peut-être passé) être arrêté-e-s par des policier-e-s. Et cette fois-ci, pensais-je, en flagrance d'un véritable délit reconduit-e-s…. en rétention ! Plus tard j'ai appris que suite à une libération du centre de rétention après annulation de la procédure par le Juge des Libertés, la personne ne peut faire l'objet d'une nouvelle mesure d'éloignement pendant 7 jours. Cela n'excuse rien et n'empêche pas les autres tracas.

Le recours contre l'arrêté d'expulsion
Lundi 22 décembre au matin, sans nouvelle de l'avocate, j'ai appelé. Elle était partie en vacances. La cimade m'a gentiment fourni les coordonnées de sa collaboratrice qui allait défendre Moussa. L'audience au Tribunal Administratif avait été fixée le même jour à 14 heures. Un envoi rapide de mails le matin pour essayer de faire venir quelques collègues, malgré cette période si peu propice aux mobilisations. Moussa, lui-même, appelé à 13 heures par mes soins, n'avait pas été averti. En fait la justice le croyait encore en centre de rétention. Il a été convenu en commun accord avec lui et l'avocate qu'il n'avait pas besoin d'être présent. Que cela pouvait éviter une arrestation à l'audience. Nous étions 3 à l'audience (merci au collègue du SGEN pour sa présence).
L'avocate a largement utilise les attestations que nous avions fournies. Elle a fait valoir son excellent parcours scolaire, l'apport de ses études (sur les migrations subsahariennes) à la connaissance commune, le soutien de ses profs… Elle a signalé notre présence dans la salle malgré la période de congés. J'en suis sorti optimiste pour la suite. J'avais tort. La France n'aime pas les contes de Noël ! Le mardi matin, nous avons appris que l'appel était rejeté. Sans doute par manque de liens familiaux à Toulouse. Sans doute aussi par le manque de soutiens à l'université ; des étudiant-e-s comme des enseignant-e-s-chercheur-e-s.
Moussa a 30 jours pour faire appel devant la juridiction ad hoc à Bordeaux. Nous aurons donc le temps de préparer une défense collective à la rentrée de janvier. L'appel n'est pas suspensif….
Il devra donc vivre avec son arrêté d'expulsion comme menace permanente sur sa vie universitaire. Eviter les lieux trop publics où il risque d'être contrôlé.
En tout cas, il remercie chaleureusement ceux, celles qui l'ont soutenu.

Quant à nous, il nous reste en janvier à poursuivre cette mobilisation. Pour Moussa, bien sûr, mais aussi pour tous les étudiants, et toutes les étudiantes qui pourraient être concerné-e-s. En fait, nous sommes entouré-e-s de sans papier-e-s, qui comme Moussa vivent la peur au ventre, essaient de nous faire oublier leur condition. Et ils/elles y arrivent très bien.
Mais la mobilisation contre ces expulsions correspond aussi à autre chose qui nous est plus intime. Je ne crois pas aux analyses qui nous disent que le régime actuel est « fasciste », qu'il n'y a plus de libertés. C'est justement parce que nous sommes - encore - dans un régime démocratique élu par la majorité des français-e-s électeurs et électrices que nous devons nous mobiliser. Tout-e sociologue sait que l'Etat n'est pas monolithique. Que face aux tendances de l'Etat qui flirtent (ou plus vu si affinités) avec les thèmes racistes du Front National pour leur prendre des voix, il est important, pour les sans papier-e-s, mais aussi pour notre honneur à nous d'universitaires, de citoyen-ne-s de ne pas rester muet. De résister.

Joyeuses fêtes à tous et toutes.

A suivre à la rentrée...

Daniel wl
dwl@univ-tlse2.fr
PS = J'allais oublier. Ne négligez pas la vitesse à laquelle les téléphones se déchargent…


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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 09:17

et la suite...

Situation ou analyse confuse

Face à cette situation pour le moins confuse, et à défaut d’entretiens complémentaires avec les hommes qui déclarent avoir été violentés, quelques constats et hypothèses issus de 20 années de recherches socio-anthropologiques sur ces questions.

 

— Si les analyses réfutant les chiffres d’hommes qui seraient violentés sont nombreuses, notamment dans les mouvances liées au féminisme, pas de contre-enquêtes sont venues proposer d’autres chiffrages. Autrement dit, il est probable qu’un nombre important d’hommes se déclarent victimes de violences de la part de leur conjointe. Le nier semble non pertinent.

 

— Les chiffres sont d’autant plus étonnants que les hommes battus, ou plus exactement une partie significative des hommes qui subissent ou subissaient des violences domestiques ne le savent pas ! Rappelons que j’ai montré dans mes travaux que la structure de discours des hommes violentés est similaire à celle des femmes ou des enfants violentés. Comme de nombreuses femmes avant les campagnes médiatiques sur cette question, ils ne définissent comme violentes que les coups où ils sont persuadés que leur compagne a voulu leur faire mal « exprès ». Alors que leur compagne (comme les hommes violents) décrivent un continuum de violence où elles peuvent décrire des violences physiques, psychologiques, verbales... Chaque violence étant associée à une intention. « C’était pour lui dire que… » entend on souvent. Autrement dit, on peut légitimement penser que le nombre d’hommes autoproclamés violentés comporte, comme pour les compagnes, un chiffre noir. Je me souviens encore de cet homme en fauteuil roulant qui avait été poussé dans les escaliers par son amie pour la troisième fois qui nous affirmait : « Non, je ne vais pas la quitter. Elle m’aime, elle va changer »….

 

— Les hommes qui déclarent avoir été violentés sont-ils des hommes battus ?

Dès 1990, j’ai décrit dans différentes publications comment certains hommes violents expliquaient qu’ils ne faisaient que répondre à la violence verbale, psychologique, ou sociale de leur conjointe. « Il faudrait créer des groupes d’hommes battus avec les mots » disait un homme accueilli au centre d’accueil pour hommes violents de Lyon. Pour ne pas être assimilé au monstre que nous propose le mythe sur les violences domestiques, pour attirer l’empathie de leurs proches, la plupart des hommes violents ont tendance à réfuter leur responsabilité au profit d’une analyse symétrique de la violence. Leur violence ne serait que réactive à celle de leur compagne. Mais comme ils sont hommes, donc plus forts que les femmes, ils ont le dernier mot, ou le dernier coup. Bref, tous les hommes qui déclarent avoir été violentés ne sont pas des hommes battus. Et un nombre important d’hommes violents se retrouvent abusivement assimilés aux victimes.

 

 

Quels profils ?

Les hommes battus que j’ai rencontrés, à l’inverse des hommes violents et des femmes violentées, présentent des éléments communs dans leur profil sociologique. Ce sont des hommes dominés dans leur quotidien qui bien souvent sont culpabilisés par rapport aux femmes et à l’égalité hommes/femmes. Leur compagne, comme n’importe quelle personne violente, veut les faire réagir. Leur expliquer — par les coups s’il le faut — qu’elles ont raison. Et obtenir leur approbation/soumission. Ce sont souvent des hommes qualifiés de « mous » par leur compagne et leurs proches.

Le défaut principal des études publiées est que nous ne disposons pas d’éléments complémentaires venant nous renseigner sur le profil des hommes déclarant avoir été violentés. Il serait pourtant intéressant de savoir si la violence déclarée est corrélée à d’autres éléments venant montrer l’inversion des pouvoirs dans les couples concernés. Car, ne l’oublions pas, la violence domestique est d’abord, et surtout, le moyen d’affirmer son pouvoir sur l’autre.

 

L’égalité progresse. Des femmes de plus en plus nombreuses accèdent à des qualifications, des postes de responsabilités, une autonomie et une aisance sociale relatives. Souvent, leurs conjoints ne présentent plus les stéréotypes de machisme et de virilisme de leurs aînés. Parfois aussi sans doute, la montée des valeurs égalitaires légitime certaines femmes à exprimer leur colère. Voire leur violence. Quitte d’ailleurs pour certaines femmes rencontrées dans mes travaux récents à céder devant la violence supérieure du conjoint. On peut faire l’hypothèse que ce sont ces conjoints-là qui vont alimenter les contingents d’hommes autodéclarés violentés. Dans la mesure où de plus en plus de femmes sont affirmatives, il est normal que le nombre d’hommes battus augmente lui aussi. Seule une pensée anhistorique et asociale peut croire que les femmes seraient incapables de violences du fait de qualités féminines. Pensons aux travaux d’Arlette Farge.

 

Les femmes plus dangereuses que les hommes

A contrario de cette pensée essentialiste qui limite l’horizon des femmes à la paix et l’amour, la beauté intérieure et extérieure [ces qualités dites « naturelles » que la domination masculine a associées au féminin et que beaucoup de femmes ont incorporées], Margaret Mead propose de penser (à propos de la conscription militaire des femmes) à la trop grande propension des femmes à tuer dans les situations conflictuelles. Elles n’ont pas eu les apprentissages masculins à apprendre et savoir se battre sans tuer. Ce que nous, garçons, avons appris dès notre plus jeune âge dans les cours d’école ; puis après dans la maison-des-hommes (clubs de sports, Armée..). Et là le décalage des chiffres est étonnant !

 

Si tous les hommes qui déclarent avoir été violentés ne sont pas des hommes battus, on peut en effet quand même faire l’hypothèse d’une corrélation statistique entre le nombre d’hommes qui se déclarent violentés et le nombre d’hommes battus. Comme il est plus que probable que le nombre de femmes tuées chaque année par leur conjoint ou ex-conjoints (environ 160) ou blessées soit aussi proportionnel au nombre d’hommes violents. Or — pour l’instant — peu d’hommes sont tués par leur conjointe ou ex-conjointe. Si on analyse les statistiques des constats réalisés par les services de Police et de Gendarmerie pour 2005, nous apprenons que sur les 759 « Homicides pour d’autres motifs » élucidés, 662 sont le cas d’hommes, pour 97 réalisés par une femme. A propos de ce même rapport, Le Monde Diplomatique (octobre 2006) précise : « […] D’après les chiffres de la gendarmerie, qui a constaté en 2004 plus de 10 000 «violences entre conjoints non mortelles », la femme était victime dans 85 % des cas. Plus de 75 % des homicides et tentatives d’homicides entre conjoints concernaient également des femmes. La police nationale, elle, n’a collecté d’entrée que les données concernant les femmes victimes. »

 

Ce décalage entre faits constatés qui donnent aujourd’hui environ 15% d’hommes battus au regard des 50% de faits déclarés de certaines statistiques doit être interrogé. Notamment pour comprendre les limites du déclaratif sur cette question.

 

 

Violences subies, violences perçues… la limite des enquêtes de victimologie

Déclarer être violenté-e dans une enquête téléphonique ou ailleurs

Et si les chiffres sur les hommes battus marquaient le bout de l’analyse victimologique ? C’est l’hypothèse qui mérite d’être étudiée. Pour cela il faut, sans doute, faire un distinguo entre violence perçue et violence subie.

 

Du côté des femmes…

La déclaration de violence doit être située dans le contexte actuel et la reconnaissance relativement nouvelle de l’importance de cette problématique. La déclaration de violence, comme tout acte social entre dans un jeu complexe de stratégies conjugales.

J’ai rencontré des situations où des femmes — certes et heureusement largement minoritaires — déclarent des attouchements sexuels sur les enfants ou des violences conjugales pour obtenir droit de garde exclusif, divorce pour fautes… Elles essaient ainsi de profiter de l’émoi que provoque l’évocation de telles situations pour des raisons qui n’ont pas de rapports avec les violences subies.

 

Nous savons que certaines femmes, notamment parmi les plus jeunes et ceci grâce aux actions de prévention mises en place, repèrent très vite des formes symboliques de violences (regards, ton de la voix..). Vraisemblablement, elles vont déclarer plus de violences dans les enquêtes que leurs aînées qui pour certaines attendaient des dizaines d’années pour quitter leur conjoint violent. On peut faire l’hypothèse que, du côté des femmes, les violences perçues se développent et participent à la réduction des violences subies

 

Du côté des hommes…

Là où une masse importante d’hommes et de femmes « bricolent » pour trouver des nouveaux modes de fonctionnement, s’adaptent à l’individualisme égalitaire porté par la seconde modernité qui intègre revendications antidiscriminatoires des femmes, des gais et des lesbiennes, certains couples échappent à cette modernité. Que ce soit suite aux violences, ou à l’infidélité des conjoints, séparations et divorces sont alors l’occasion de conflits multiples et variés. Il est alors facile de tout interpréter a posteriori comme violences.

Mais le nombre réduit de ces cas (moins de 5% des séparations) n’expliquent pas l’ensemble des hommes qui déclarent des violences subies

 

Dans les couples hétérosexuels que j’ai étudiés, la violence majoritairement masculine s’intègre à l’interaction conjugale. Dans un couple où l’homme est, et se reconnaît, violent, comme dans de nombreux couples hétérosexuels « ordinaires » où l’homme n’est pas perçu ou déclaré comme violent, nous trouvons souvent une bipartition des rôles où la compagne assume le rôle de « maman » avec les enfants, ET avec le conjoint. L’interaction conjugale, l’ensemble des micro-interactions journalières, est marquée par cette distribution des pouvoirs. Bien sûr, alors, que la critique féminine des manières de faire de leur conjoint dans la maison, des façons de s’habiller, de jeter leurs vêtements au pied du lit avant de se coucher, les remarques vexatrices sur la non-participation masculine aux tâches domestiques, les suspicions permanentes sur leur infidélité, les reproches sur la manière de se tenir à table, les réprimandes à propos de leurs rôts et de leurs pets, les cris lorsqu’ils passent des heures lascifs devant la télévision, etc. peuvent être déclarés comme des formes de violences verbales, psychologiques lors d’enquêtes de victimisation. Et quand le désespoir vient saisir les compagnes, que par exaspération elles lancent des objets contre leur conjoint...Il est logique qu’ils déclarent cela comme des formes de violences physiques.

Tant que les enquêtes de victimisation continueront à ne s’intéresser qu’au déclaratif d’une seule personne. Sans prendre en compte l’interaction conjugale , et sans évaluer la pertinence du déclaratif lui-même, ces études seront biaisées. Que dire de cet homme qui traitait sa femme de « connasse » devant leurs ami-e-s et qui, en même temps se plaignait de sa violence  parce qu’elle critiquait sa manière de s’affaler, dans un fauteuil devant la télévision, une bière à la main et le son réglé au maximum ?

 

Quand les garçons se doivent et acceptent de jouer à l’homme, au mari, et quand les filles se doivent et acceptent de jouer à l’épouse et à la mère, la conjonction des deux positions sociales ne peut que produire des tensions et des conflits répétés. Aujourd’hui, hommes et femmes, nous avons de plus en plus tendance à percevoir cela comme des violences. Des violences contre notre droit inaliénable et individualiste à faire ce que nous voulons faire. Et à essayer que l’autre se conforme à nos attentes conjugales.

Pierre Bourdieu qualifiait l’assignation à être un homme ou une femme de « violence symbolique ». Il y voyait le fondement de la domination masculine.

Gageons que ces formes de violences ordinaires, intégrées à la violence symbolique des assignations de sexe, expliquent le décalage entre violences perçues et subies par les hommes.

 

Des violences qui vont encore progresser

L’égalité hommes/femmes, c’est quand les femmes s’approprient les mêmes outils que les hommes. S’affranchissent des mêmes tabous, s’accordent les mêmes droits et font… les mêmes bêtises.

 

L’égalité progresse. Comme évoluent aussi les campagnes médiatiques sensibilisant aux violences conjugales. De tabou et secrète, non discible, la violence est aujourd’hui de plus en plus banalisée. Devenant même, parfois, un simple argument de débat visant à discréditer l’Autre. Il n’y a alors aucune raison pour que le nombre d’hommes (et de femmes) qui perçoivent et déclarent des violences ne progresse pas. Comme il est aussi vraisemblable que le nombre d’hommes effectivement battus n’ait pas fini d’augmenter. Celui-ci sera proportionnel aux cas où nous assistons à des inversions de position de sexe où les compagnes prennent et reproduisent l’antique place des hommes.

 

La disparition du genre, du système socio-politique qui crée les catégories asymétriques et hiérarchisées des hommes et des femmes adviendra quand les pratiques des individus seront indépendantes de leur assignation de sexe. Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que d’autres formes de domination (classe, « Race », âge…) ne perdurent pas.

 

Peut-être que d’ici là, avant que le taux d’hommes battus n’égale celui des femmes violentées, nous aurons été capables de mettre en place un nouveau « contrat de genre » qui dépasse les assignations conjugales liées à la domination masculine. Car, ce que ne disent pas les enquêtes de victimologie, est que la violence conjugale répétée, exercée par l’un-e contre l’autre, est d’abord liée non au sexe, non à la psychologie ou l’hormonologie masculine (ou féminine), mais à l’affirmation et aux effets de la domination de celui, ou celle, qui se pense et se vit comme supérieur-e.

 

A ce niveau-là, en dehors des actions d’accompagnements à mettre en place — y compris pour les hommes, battus ou non — les chiffres des violences perçues, déclarées et/ou subies par les femmes et par les hommes nous dressent la feuille de route du chemin qu’il nous reste à faire pour éradiquer la domination masculine, et plus loin la domination de genre. Qu’elle soit exercée par les hommes, ce qui est encore largement le cas. Ou, peut-être, dans un avenir plus ou moins lointain, par des personnes désignées comme femmes.



Ce que j’ai qualifié de double standard asymétrique (Welzer-Lang, 2005, op. cit.).

Farge Arlette, Dauphin Cécile, 1997, De la violence et des femmes, Albin Michel, Paris.

Mead Margareth, 1967, « A National Service System as a solution to a variety of National Problem » in Anderson (ed), The military Draft: Selected Reading on Conscription, Standford, Californie, Hoover Institution Press pp 429-443.

Sur 768 cas constatés. Aucune ligne spécifique ne concerne les meurtres domestiques dans les statistiques disponibles pour le grand public. Les 162 femmes tuées par leur conjoint sont des analyses secondaires des données. Criminalité et délinquance constatées en France, 2006, Données générales, tome1, 2006, Paris, La documentation française. http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/074000386/index.shtml

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2006-10-05-Violences-conjugales

Le décalage entre la proportion des violences commises par des femmes (15% d’après les constats de Police) et les 25% de meurtres et tentatives de meurtres est conforme à l’hypothèse des femmes plus dangereuses que les hommes.

Singly (de) François, 2000, Libres ensemble, l'individualisme dans la vie commune, Paris, Nathan, coll. « Essais et Recherche ».

Dans mon étude sur les résistances masculines au changement (2005, op.cit.), nous avions remarqué de multiples violences dans les couples homosexuels. Mais, celles-ci présentaient des critères relativement différents aux violences des couples hétérosexuels.

Bourdieu Pierre, 1998, La Domination masculine, Paris, Seuil, coll. « Liber ».

 

 

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 09:10
On me questionne souvent sur les hommes battus
Voici un article à paraître..
en deux post, au vu des contraintes d'over-blog

Les hommes battus (1)

 

Résumé :

Les débats autour des « hommes battus », sont un bel analyseur des questions de genre. Et des nouveaux problèmes que soulèvent les violences domestiques faites aux femmes. Mais plus loin, à notre époque marquée par une victimologie aigue qui tend à inhiber les débats en termes de domination masculine, la question des « hommes battus » pose clairement le problème du genre. Et de la violence symbolique qui structure nos représentations et pratiques du masculin, et du féminin.

Après une présentation commentée des chiffres disponibles concernant les hommes battus, cet article essaie d’en comprendre le sens.

 

 

MC : Hommes battus, violences conjugales, masculin, domination masculine, victimologie

 

 

Daniel Welzer-Lang

Professeur de sociologie

LISST-CERS (UMR CNRS 5193)

Université Toulouse Le-Mirail

dwl@univ-tlse2.fr

 


 

 

Les hommes battus

 

Il n’y en a pas un pour cent, et pourtant, ils existent…

Léo Ferré[i]

 

Serpent de mer de la problématique violence conjugale, les débats autour des « hommes battus », sont un bel analyseur des questions de genre. Et des nouveaux problèmes que soulèvent ce que j’avais l’habitude de penser comme le dernier obstacle à l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est-à-dire les violences domestiques faites aux femmes. Mais plus loin, à notre époque marquée par une victimologie aigue qui tend à inhiber les débats en termes de domination masculine, la question des « hommes battus » pose clairement le problème du genre. Et de la violence symbolique qui structure nos représentations et pratiques du masculin, et du féminin.

Après une présentation commentée des chiffres disponibles concernant les hommes battus, cet article essaie d’en comprendre le sens. Cette réflexion s’inscrit dans mes travaux actuels qui traitent des transitions vers l’égalité des sexes, tant du côté des utopies que des formes de résistances genrées au changement[ii].

 

 

Des chiffres qui font débats

Avant d’être une réalité dont nous allons analyser les atours et les contours, les hommes battus sont d’abord une notion historique fortement débattue.

 

Quelques rappels :

— En 1978, aux Etats-Unis[iii], Suzanne Steinmetz appartenant à l'équipe de sociologues dirigée par Strauss[iv] explique que « le crime le plus sous-estimé n'est pas la femme battue, mais le mari battu ». Dès 1977, elle proclame que 250 000 maris américains seraient battus par leur femme chaque année. Daley Pagelow explique comment Steinmetz a obtenu ces résultats à partir d'une enquête de victimisation. C'est-à-dire un sondage où l'on demande aux personnes si elles ont ou pas été victimes de violences, avec tous les biais possibles liés à ce type d'enquête notamment ceux liés aux rapports sociaux de sexe. En interrogeant 57 (cinquante-sept) couples avec deux enfants, elle obtient 4 hommes autoproclamés victimes de violences, ce qui rapporté à 100 000 couples et multiplié par 47 millions de familles américaines, aboutit à 250 000 hommes battus. Un ensemble de publications scientifiques font état de ses travaux[v].

La presse non spécialisée s'empare alors de ces chiffres et du Time Magazine au Chicago Daily News, titre "le mari plus battu que l'épouse". Les chiffres vont allègrement se transformer pour aboutir, de l'autre côté des Etats-Unis (le Miami Herald), à 12 millions de maris battus[vi].

Autrement dit, on ne peut scientifiquement s'appuyer sur les travaux de Suzanne Steinmetz pour affirmer un quelconque pourcentage de maris battus, mais on peut remarquer que la presse est friande de preuves apportées sous des couverts scientifiques pour montrer une pseudo symétrie entre hommes et femmes battu-e-s. Quitte lorsque les chiffres n'existent pas ... à les inventer.

 

— En France, les premiers articles sur les « femmes battues » datent de 1977[vii]. Très vite, et afin de minimiser un phénomène qui apparaissait complexe et massif, des voix se sont fait entendre pour dire que les hommes aussi sont battus. Et surtout pour symétriser ces notions. Pour la première campagne d’Etat sur les violences faites aux femmes en 1990, menée alors par Michèle André, une commission d’ « expert-e-s » (dont je faisais partie) a estimé le phénomène. Au vu des études européennes, de nos propres pratiques d’accueil de femmes violentées, d’hommes violents et d’hommes battus, les « expert-e-s » avaient estimé à l’époque qu’une femme sur dix était violentée, et que 1% des hommes subissaient le même phénomène.

 

— Systématiquement, depuis 1990, la plupart des associations de pères divorcés, les groupes masculinistes[viii], arguent sans preuve que le nombre d’hommes battus est égal à celui des femmes battues. Ils invoquent le tabou qu’ont les hommes d’en parler pour justifier leur absence des statistiques. En fait, comme pour certaines militantes adeptes de la maternitude[ix] — cette résistance féminine aux changements et à la disparition du genre — ils confondent problématique parentale et violences domestiques.

Depuis quelques années, ces mouvements invoquent en Europe les écrits de Sophie Torrent[x] pour justifier scientifiquement leurs propos. En réalité, ce mémoire qualitatif[xi] de fin de cycle de travail social donne la parole à quelques hommes violentés. Et rien de plus. En tout cas, il n’est pas possible d’en tirer une quelconque conclusion sur l’ampleur du phénomène.

 

— En 1999, Statistiques Canada réalise une l’Enquête sociale générale sur la violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec[xii]. L’enquête a été réalisée auprès de 11 607 hommes et 14 269 femmes. Les résultats sont exposés dans le tableau suivant :

 

Taux de prévalence de la violence conjugale, Canada, 1999

Gravité de la violence

 

Taux annuel

Taux sur cinq ans

 

homme

femme

homme

femme

Victime avec conjoint actuel

17

17

40

36

Violence mineure

 

 

21

24

Violence grave

 

 

19

12

 

 

 

 

 

Victime avec ex-conjoint

17

25

94

108

Violence mineure

 

 

26

35

Violence grave

 

 

68

73

 

 

 

 

 

Victime avec conjoint actuel ou ex-conjoint

19

22

61

70

Violence mineure

 

 

25

31

Violence grave

 

 

36

38

Sources : Laroche, 2003 : tableau 3.8, p. 69; Laroche, 2004 : tableau 1, p. 6.

Lire 22% des femmes, et 19% des hommes déclarent avoir été victimes de violence (graves ou mineures) sur une année.

 

 

Denis Laroche, auteur de l’étude en conclue :

• des taux de prévalence de violences conjugales subies similaires pour les hommes et les femmes;

• des proportions semblables de victimes de la violence grave chez les hommes et les femmes;

• une évolution comparable des taux de prévalence selon l’âge chez les hommes et les femmes;

• l’association des conséquences physiques à la violence grave et à un nombre élevé d’événements, tant chez les hommes que chez les femmes;

• un nombre nettement plus grand de femmes que d’hommes font état de conséquences physiques par suite de violence conjugale, telles que des blessures, le fait d’avoir reçu des soins dans un hôpital ou des soins et le suivi d’un médecin ou d’une infirmière, ou l’interruption de leurs activités quotidiennes.

 

On imagine aisément l’émoi provoqué par des tels résultats. Ils seront critiqués — sur la méthode : utilisation des échelles des tactiques de conflits (Conflict Tactics Scales de Murray) A. Straus. Même si celle-ci a été modifiée pour l’étude. — Et sur le fond : « Les données de l’Enquête sociale générale, 1999 (ESG) de Statistique Canada […] font état de taux de prévalence de la victimisation des hommes et des femmes en contexte conjugal qui sont très près l’un de l’autre. Ceci est parfois interprété comme étant révélateur d’une symétrie des sexes dans la violence conjugale. Pourtant, après une analyse plus approfondie des données, on constate que ce n’est pas le cas » écrit ainsi le Conseil de Statut de la femme du Québec[xiii].

 

 

— En France l’enquête pionnière dirigée en l’an 2000 par Maryse Jaspart auprès de 6970 femmes[xiv] n’a pas interrogé les hommes. L’enquête montrait qu’une femme sur dix (10%) était violentée en France, et qu’une femme sur vingt (5%) était victime de violences physiques[xv].

 

— Enfin signalons la publication récente par l’Insee d’un article intitulé : « Les violences faites aux femmes »[xvi] par Lorraine Tournyol du Clos, (Institut national des hautes études de sécurité), et Thomas Le Jeannic (division Conditions de vie des ménages, Insee). A partir de l’enquête intitulée « Cadre de vie et sécurité » réalisée en 2007 par l’Insee, en partenariat avec l’Observatoire national de la délinquance auprès de 17 500 ménages et individus, les auteur-e-s nous apprennent que « 3 %des femmes de 18-59 ans ont subi en 2005-2006 des violences physiques de la part d'un membre du ménage contre 1,6 %des hommes ».

 

 

Tableau 1

 

 

Les victimes de violences selon le sexe

 

 

 

 

en %

 

Femmes

Hommes

Violences au sein du ménage

 

 

Violences physiques

3,0

1,6

Viol

0,7

0,2

Violences physiques ou viol

3,3

1,7

Violences en dehors du ménage

 

 

Agressions physiques

2,5

3,3

Viol

1,5

0,5

Agressions physiques ou viol

3,4

3,5

Autres agressions sexuelles

 

 

 Baisers, caresses ou autres gestes déplacés

5,9

1,3

 Exhibition sexuelle

3,6

1,6

Vols

 

 

 Vols avec violence

0,8

1,4

 Vols sans violence

3,3

3,6

Agressions verbales

 

 

 Menaces

5,5

6,9

 Injures

16,9

14,6

Lecture : 3 % des femmes de 18-59 ans ont subi en 2005-2006 des violences physiques de la part d'un membre du ménage contre 1,6 % des hommes.

Champ : individus de 18-59 ans.

Source : Insee, enquête Cadre de vie et sécurité 2007.

 

Autrement dit, les hommes violentés représenteraient 35% des personnes subissant des violences de la part de leur conjoint.

 

Les chiffres sont étonnants. En tout cas, en compilant ces données, en relisant les textes qui les présentent, j’ai été très surpris.

Reste, aussi objectivement que possible, à essayer d’en comprendre le sens. Pour l’instant, les analyses qui s’intéressent aux hommes battus oscillent entre un populisme aigu [les hommes sont aussi battus que les femmes] et un misérabilisme sévère qui explique que les hommes battus n’existent pas. Que seules les femmes subissent cette forme d’oppression domestique.

 



[i] Cette citation de Léo Ferré ne concernait pas les hommes battus, mais… les Anarchistes… [Ferré, 1970]. Ce clin d’œil vise à montrer que, pour les hommes battus comme pour les Anarchistes, ce n’est pas forcément le petit nombre d’individus qui empêche un phénomène d’exister socialement.

[ii]Welzer-Lang Daniel, 2007, Utopies Conjugales, Paris, Payot ; Welzer-Lang Daniel, 2009, Nous les mecs…, Paris, Payot ; Welzer-Lang Daniel, Le Quentrec Yannick, Corbière Martine, Meidani Anastasia, 2005 : Les hommes : entre résistances et changements, Lyon, éditions Aléas.

 

[iii] Mildred Daley Pagelow, the « Battered husband syndrome : social problem or much ado about it » in Marital Violence, London, Johnson Norman, ed. 1985, pp. 172-195. L'article entier est consacré à déconstruire l'affirmation de Steinmetz.

[iv] M. A. Strauss, R. Gelles, S. Steinmetz, 1980, Behind closed doors : violence in the american family, New-York, Doubleday.

[v] S. Steinmetz, "Wifebeating, husbandbeating - a comparison of the use of physical violence between spouses to resolve marital fights", in M. Roy (ed.), Battered Women, New-York, Van Nostrand Reinhold, 1977, pp. 63-72 ; S. Steinmetz, "The battered husband syndrome", Victimology, vol. 2, no. 3/4, 1975. pp. 499-509 ; S. Steinmetz, "Women and violence : victims and perpetrators", American Journal of Psychotherapy, vol. 34, no. 3, 1980, pp. 334-50.

[vi] Voir la liste de ces journaux dans Welzer-Lang, 2005, Les hommes violents, Paris, Payot, pp 317 et 428-429.

 D'autres critiques méthodologiques sont apportées dans : E. Pleck, JH. Pleck, M. Grossman P.P. Bart "the battered date syndrome : a comment on Steinmetz 's article, Victimology, Vol. 2, n° 2/3, 1978, pp. 680-683.

[vii] Hanmer Jalna, 1977, Violence et contrôle social des femmes in Questions Féministes, n° 1, pp. 69-90.

[viii] Après avoir été utilisé pour désigner les hommes qui réfléchissaient aux transformations des masculinités en accord avec le féminisme, ce terme désigne aujourd’hui des individus et des groupes réactionnaires, i.e. qui s’opposent à la reconnaissance de la domination masculine.

[ix] La maternitude considère « normal » et « « naturel » que les femmes (car potentiellement mères) s’occupent de l’élevage des enfants. Et ce, au détriment des pères, surtout après une séparation. Cette conception renvoie à une vision naturaliste de la division hiérarchisée des sexes. On en sait les conséquences en termes d’oppression des femmes ! Voir à ce propos les écrit de Christine Delphy : 2001, L'Ennemi principal, t.II : Penser le genre, Paris, Syllepse.

[x] Sophie Torrent, 2003, L’homme battu, Un tabou au coeur du tabou, Éditions Option Santé. Ce livre est l’édition d’un mémoire réalisé au Département de travail social et des politiques sociales de l'Université de Fribourg (Suisse).

[xi] « En se basant sur le témoignage d'hommes reconnus violentés », dit la 4ème de couverture. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une étude quantitative comme le laisserait supposer certains écrits. Et encore moins d’une thèse universitaire.

[xii] Institut de la statistique du Québec. La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Québec, 2003. Voir aussi : Laroche Denis, « Prévalence et conséquences de la violence conjugale envers les hommes et les femmes », Présentation au congrès international Paroles d’hommes Montréal, 23 avril 2005. http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/violence_h-f99.htm

[xiii] Conseil du Statut de la femme, Ampleur et nature de la violence subie par les femmes et les hommes : analyse sur quelques statistiques sur la violence conjugale, Québec, Février 2005. www.csf.gouv.qc.ca/telechargement/publications/RechercheViolenceFemmeHommeStat.pdf

Dans ce document, à côté d’arguments bien construits, on trouve aussi des vraies perles qui fleurent le naturalisme des temps anciens: « Un coup de poing ou un coup de pied donné par un homme comporte un risque de blessures plus élevé que s’il est donné par une femme. Or, cet acte, toujours classé comme grave, pourrait éventuellement être considéré comme de la violence mineure si donné par une femme » (page 12).

Voir aussi : Brodeur Normand, 2003, « Le discours des défenseurs des droits des hommes sur la violence conjugale, Une analyse critique », Service social, Volume 50, numéro 1, p. 145-173. http://www.erudit.org/revue/ss/2003/v50/n1/006925ar.html

[xiv] Jaspard Maryse (dir) et alii, 2003, Les violences envers les femmes en France, Paris, La Documentation française.

[xv] Sur la contestation des chiffres avancés et les précisions concernant les violences physiques, voir l’article : Lebras Hervé, Iacub Marcela « homo mulierilupus ? » in Les temps modernes, n°623, pp 112-134, 2003. Si l’on accepte les critiques de Iacub et de Le Bras, ce sont toutefois près de 422 000 hommes qui auraient été violents l’année dernière avec leurs compagnes en France.

[xvi] Insee première, N° 1180, février 2008

 

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 05:02


Qu’avons-nous à dire aux femmes ? à nos mères ? aux mères de nos enfants ? nos sœurs ? nos amantes ? celles qui l’ont été ? celles qui pourraient ou voudraient le devenir ? A nos collègues ? Nos voisines ? Et aux femmes en général… Qu’avons-nous à nous dire, nous les hommes, nous qui avons appris à nous taire sur notre intimité, nos vies affectives, nos douleurs et nos joies réelles…

J’ai entrepris d’écrire un (nouveau) livre sur les mecs…  Il  sera publié en 2009. Il se veut simple, court (une petite centaine de pages maximum, ou — pour les pro du signes — 120 feuillets de 1500 signes), lisible (oui, je sais tous mes écrits ne le sont pas toujours). Bref, un petit format qui devrait pouvoir se diffuser très largement.

L’objectif est triple.

— vulgariser mes analyses des hommes et du masculin

— parler aux femmes de nos questions, nos doutes, nos certitudes ;
—    Affirmer notre volonté de nous battre avec elles contre toutes les formes de domination, d’oppression, et de violences, qu’elles vivent encore. Et en même temps aborder les questions que posent cette égalité en marche, cette Révolution (tranquille ou non) pour une partie conséquente d’hommes. Y compris des questions qui fâchent… (un peu).

— parler aux hommes, partager avec eux des expériences en essayant d’en tirer quelques outils théoriques, conceptuels qui nous aident à passer le cap actuel. Répondre à l’avance à ceux qui se fourvoient dans des impasses réactionnaires ou réactionnelles.
—   

Pour ce faire, je propose différents moyens de participer à cet ouvrage.
M’écrire en bal, mail ou tout autre moyen vos réflexions, critiques, avis, doutes. ;

Participer à quelques repas que j’organise en essayant de croiser des hommes des différentes générations, de différents milieux….

N’hésitez pas à prendre contact avec moi…

dwl

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 05:14
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Clients… A la manière de… Grisélidis Réal,

 Le texte a été écrit, à la manière de… Grisélidis Réal, travailleuse du sexe, prostituée et — un peu — ethnologue qui, dans ses « carnets de bal », publiés pour la première fois en 1979, dessine à gros traits, en quelques lignes, les clients des sexualités récréatives tarifées que recevaient les prostituées…
 Des « carnets de bal »réactualisés par Daniel Welzer-Lang, suite à plus d’une quinzaine d’années de recherche scientifique sur les sexualités. Des carnets qui intègrent les différents moyens, les dispositifs, qui permettent aujourd’hui en 2008 aux hommes, aux clients, mais aussi aux femmes clientes de « baiser », ou « de se faire baiser…. », pour parler comme la majorité des clients.
Des carnets témoins de l’époque post-moderne, individualiste, qui est la nôtre…
Une pièce qui pose la question des liens entre sexualités et commerce, et ceci sans aucun tabou.
Des carnets écrits par un sociologue, Professeur de sociologie à l’Université Toulouse Le Mirail, fondateur et ancien Vice-Président de Cabiria, un bus de santé communautaire qui accueille les personnes prostituées à Lyon… à la manière de… Grisel..
En hommage à Grisélidis Réal, écrivaine, conférencière, documentaliste de la prostitution (fondatrice du centre international de documentation sur la prostitution. co-créatrice de Aspasie, association de défense des prostituté-e-s à Genève), infatigable défenseure des Droits humains.
Celle par qui, souvent, le scandale est arrivé…

La lecture sera suivie d’un débat…

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