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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 06:52

Depuis le 1er février 2011, la Ligue de Droits de l’Homme (LDH) de Toulouse, en lien avec quelques universitaires de l’UTM (Université Toulouse Le-Mirail)  a créé l’ « Observatoire des comparutions immédiates ». Tous les après-midi des auditeurs et des auditrices scrutent les audiences de cette justice si particulière où défilent, jour après jour, immigrés sans papier expulsés qui refusent d’embarquer à Blagnac, sous-prolétaires n’ayant pas la chance d’avoir un ami propriétaire d’un jet en Tunisie, petits larcins du quotidien…

Cette  justice se fait en notre nom à tous et toutes…

Les auditeurs et auditrices, outre une grille d’observation, sont invité-e-s à écrire aussi leurs impressions : une vision plus subjective et qualitative de cette justice-là…

Premiers résultats de l’Observatoire : en juin 2011.

 

[Pour joindre l'Observatoire des Comparutions Immédiates : mail = ocomi31@yahoo.fr]

 Je ne manquerai pas de publier ici quelques billets traduisant mes observations.

 

28/3/2011

 

Une affaire simple et complexe : le Prince arabe

.
Simple
, cet homme de 33 ans qui n’a pas osé venir au Tribunal ce jour là est marié avec cette française, née en 1949 présente à l’audience. Contre le droit, la Préfecture refuse de lui donner des papiers réguliers. Il est donc expulsé. Il refuse l’embarquement, menace de tout casser dans l’avion. Il est donc déféré au tribunal en février 2011. Un report est demandé. Offrant de bonnes garanties de représentation — il est marié — il reste libre.

La Préfecture devrait lui donner des papiers. Son expulsion n’a pas de sens. Si ce n’est grossir les statistiques du Ministère de l’intérieur dans sa campagne liberticide.

Il n’est pas venu au Tribunal, il a peur…

 

Et l’affaire est complexe.

Complexe car la conjointe a demandé le divorce, s’est plainte de violences conjugales, a écrit à la Préfecture pour dénoncer son mari.

Complexe car elle a retiré se demande de divorce. Explique que si elle a été battue, c’est de sa faute à elle, qu’elle l’avait poussé « à bout… » [sic], qu’elle a été manipulée par une avocate pour dénoncer son mari…

 

Simple car le rapport de gendarmerie dit que lui et elle ne vivent pas ensemble : « absence de communauté de vie », dit le rapport.

 

Complexe car que doit juger aujourd’hui ce tribunal ? Le refus d’expulsion vs l’illégalité de la Préfecture qui devrait lui donner des papiers ?

Oui ! la loi est la loi !

Mais complexe car comment ne pas aussi prendre en compte : le soupçon de « mariage gris » [évoqué par Madame La Procureure] ? La violence conjugale de cet homme ? Le discours de la conjointe sur la tentative de manipulation d’une avocate qui l’a poussées à dénoncer son mari à la Préfecture ?

A quand une vraie réflexion sur les violences masculines ?

 

 

Parfois, je suis heureux de ne pas être magistrat-e !

 

Le soir chez moi, j’ai vu sur Arte une émission qui témoignait de ces hommes (tous maghrébins dans le documentaire) qui tombent amoureux, se marient avec des femmes qui ont — enfin— trouvé « le Prince arabe » (1). Puis dès le mariage prononcé, parfois avec achat d’un bien en commun, ils disparaissent, ou partent revivre avec une nouvelle conjointe.

Les hommes évoquées sont jeunes. Les femmes qui sont interviewées sont… moins jeunes. Illustration du différentiel économique nord/sud qui oblige les jeunes hommes à quitter le Maghreb pour venir chercher de l’argent et du travail en France ? Des effets délétères des mythes amoureux que vivent ces femmes ? ([avant le mariage, lors de la rencontre] « il était charmant, amoureux. M’amenait le déjeuner au lit. Me disaient sans cesse : je t’aime » explique une de ces femmes). Ou illustration de l’exploitation sexuelle des garçons maghrébins par des femmes blanches âgées qui, comme des hommes, sont prêtes à payer pour qu’on leur dise « Je t’aime » ?

(1) émission : « Un prince venu d’Orient ? », Le 27 mars 2011 à 22h sur ARTE, (rediffusion mardi 29 mars 2011 à 3h35), Un film de Wibke Kämpfer, Production : KÄMPFER FILM, Allemagne 2011

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 06:00

En soutien aux 7 inculpé-e-s du Mirail

 

Le matin du 31 mars 2011, la décision de justice concernant les 7 inculpé-e-s de l'Université Toulouse II le Mirail a été rendue. 

-8 mois de sursis pour « coups et blessures », 

-6 mois et  4 mois

-2 mois de sursis pour « vol de denrées alimentaires en réunion »

-de lourdes amendes pour certain-e-s,

-une somme de plus de 21000 euros de dommages et intérêts pour  l'Université du Mirail,

-pour tou-te-s d'une  inscription au casier judiciaire entraînant de lourdes conséquences 

 

Et ce sans aucune preuve matérielle conséquente.

 La justice nous montre une fois de plus son vrai visage: une justice garante de la répression d'Etat , au service du patronat.  

 

Pour rappel, leur procès a eu lieu le jeudi 3 février 2011, au Tribunal de Grande Instance de Toulouse. Après des convocations au commissariat, sur plainte de la présidence de l'université Toulouse II le Mirail , sept étudiant-e-s ayant participé, parmi des milliers d'autres, au mouvement de lutte contre la LRU en 2009 ont été inculpé-e-s.

 

Du 2 février au mois de juin 2009, un important mouvement notamment contre la loi LRU (Libertés et Responsabilités des Universités) avait été mené par les personnels enseignant-e-s, chercheurs/euses, Biatoss et étudiant-e-s des universités de France, dont Toulouse II le Mirail. Plus de 4 mois de grève, des Assemblées Générales jusqu’à plus de 2500 personnes, de nombreuses manifestations et actions. Il s’agit d’une lutte d ’ampleur au niveau étudiant de par sa longueur et sa dureté.

 

Pour rappel, Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, avait, au moment des faits exigé que les « responsables » du mouvement étudiant soient  condamné-e-s à des peines exemplaires, cette volonté répressive s’est fait entendre   à travers les propos du procureur de la République, celui-ci ayant requis  des peines disproportionnées.

 

Ces réquisitions démontrent la volonté de l’Etat de faire de ce procès un exemple, et de casser toute lutte à venir. Le seul but est d’incriminer des acteurs et actrices de la lutte sociale, en s’acharnant sur les militant-e-s de classe. Cette attitude se place dans un cadre plus général de répression contre toutes celles et tous ceux qui ont lutté hier et luttent aujourd’hui. Partout l’arsenal répressif se durcit. Dans les usines, les entreprises, les quartiers populaires, les universités... Le gouvernement et le patronat affirment la même logique : la volonté de répondre aux contestations populaires par le déchaînement des forces répressives.


L’université du Mirail, quant à elle, avait demandé des dommages et intérêts injustifiés. Or, il s’est avéré que la présidence de l’université n’avait pas l’aval du Conseil d’Administration du Mirail pour porter plainte. Et cela, alors même que  la majorité des personnels de l’université avaient exprimé leur soutien aux étudiant-e-s inculpé-e-s, notamment par le vote à l’unanimité d’une motion de soutien au Conseil de la Vie Universitaire, réclamant entre autre le retrait des plaintes. La justice a décidé d'ignorer la requête des avocats de la défense pour l'annulation de la plainte de l'Université.

 

La lutte à l'Université du Mirail pour l’arrêt des poursuites à l’encontre des personnes mobilisées est le combat contre une politique répressive généralisée. La répression que subissent nos camarades est une déclaration de guerre adressée à toutes et tous ceux/celles qui n’ont pas renoncé à résister.  L'Etat et le patronat comptent sur notre isolement et notre désunion pour asseoir ses capacités d'attaque. Face à cela, il est nécessaire de réunir nos résistances et de faire vivre la solidarité. Nous ne les laisserons pas nous piétiner sans réagir, car nous ne connaissons que trop bien la logique du pouvoir : en criminaliser un-e pour en terroriser cent.

 

Face à cette logique, seule notre solidarité peut faire face. Ainsi,  la FSE et SUD Etudiant appelle tous ceux et celles (syndicats, organisations politiques, associations, individu-e-s…) qui luttent contre l’engrenage répressif à soutenir les inculpé-e-s du Mirail, ainsi que toutes les victimes de la répression, à travers  un investissement dans le Collectif Anti-répression de Toulouse et/ou de quelque manière que ce soit : soutiens financiers, soutiens politiques, événements médiatiques, rassemblements…

 

Le porte parole de l'AGET-FSE : Arnaud Dolidier : 06.72.26.26.38

et Roland Mamin pour SUD Etudiant Toulouse: 06.81.96.21.30     

 

 

 

Contact  : inculpees.du.mirail@gmail.com

 

les chèques de soutien aux 7 inculpé-e-s du Mirail sont à adresser à :

"à l'attention du CAJ", Canal SUD - 40 rue Alfred Dumeril - 31400 TOULOUSE, 

à l'odre de : AGET-FSE

 

 

 

Et pour en savoir plus sur le mouvement LRU à l'Université Toulouse Le-Mirail, écouter le document Sur les docks (France culture) consacré à cette grève :


http://friendfeed.com/radios-france/a5e6f27c/universite-de-toulouse-ii-le-mirail-premiere


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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 04:41

 

Depuis le 1er février 2011, la Ligue de Droits de l’Homme (LDH) de Toulouse, en lien avec quelques universitaires de l’UTM (Université Toulouse Le-Mirail)  a créé l’ « Observatoire des comparutions immédiates ». Tous les après-midi des auditeurs et des auditrices scrutent les audiences de cette justice si particulière où défilent, jour après jour, immigrés sans papier expulsés qui refusent d’embarquer à Blagnac, sous-prolétaires n’ayant pas la chance d’avoir un ami propriétaire d’un jet en Tunisie, petits larçins du quotidien…

Cette  justice se fait en notre nom à tous et toutes…

Les auditeurs et auditrices, outre une grille d’observation, sont invité-e-s à écrire aussi leurs impressions : une vision plus subjective et qualitative de cette justice-là…

Premiers résultats de l’Observatoire : en juin 2011.

 

[Pour joindre l'Observatoire des Comparutions Immédiates : mail = ocomi31@yahoo.fr]

 

Je ne manquerai pas de publier ici quelques billets traduisant mes observations.

 

 

 

31/1/2011

Observatoire des comparutions immédiates

JDT [journal de terrain] DWL

 

Le tribunal comme miroir social des jeux de pouvoir entre hommes

 

Autant, je vais te rattraper, te buter… est une menace…

En quoi : « Vas te faire enculer », « Fils de pute » sont des insultes ?

Pourquoi assimiler un grand plaisir comme la sodomie à une insulte ? Imagine t’on porter plainte contre quelqu’un qui aurait dit « Pars en vacances en Grèce et prends du plaisir ! »

En quoi être fils ou fille de travailleuse du sexe est une insulte ? La constitution ne garantit-elle pas l’égalité de tous et toutes, quelles que soient nos origines, nos métiers ?

 

Sur la scène du tribunal ce jour-là : des hommes ! Seule une greffière et une avocate viennent troubler l’Ordre masculin hétéronormatif ! Des hommes en arme (gendarmes) viennent demander réparation parce qu’un homme ordinaire, prénommé Abdel (donc un garçon peut-être supposé venir de l’ailleurs) armé d’un jouet d’arme en plastique [bref, un homme qui joue à l’Homme], les a insultés. Un vrai homme cet Abdel. Il aime boire et montrer alors sa virilité, menacer, mettre la vie d’autres hommes en danger. Seule la sagacité du gendarme qui s’est écarté a pu lui éviter des traumatismes physiques lorsque Abdel a refusé de s’arrêter au barrage mis en place pour le contrôler.

 

Un homme, détenu ce jour-là, qui de récidive en récidive, joue à l’homme en assimilant sa voiture à une arme : « Si j’avais ma porche, j’aurais éclaté votre voiture ». Un garçon que l’on ressent comme violent. Un homme qui aurait besoin d’être aidé pour quitter ces habits de la virilité. Que lui propose t’on ? Un stage de deux ans de redressement dans ce segment si particulier de la maison-des-hommes qu’est la prison. Ce lieu où l’ordre viril règne, régule les relations. Que va t’il comprendre ? Que les hommes en armes sont, ce jour là, les plus forts !

 

Et trois gendarmes, 4 magistrats, auront validé ce jour-là l’ordre homophobe où la sodomie est considérée par les mâles, les vrais, comme un mal absolu.

 

 

 

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 04:15

 

 

 

Les présentations publiques se dérouleront  :

 

- Québec, Jeudi 10 mars, 17h30Salle / Room 1550, (Boudoir) lors du :

Colloque international Perspectives futures en intervention, politique et recherche sur les hommes et les masculinités, 9, 10 et 11 mars 2011, Université Laval, Québec (Qc), Canada.

 

- le Mercredi 6 avril à la Librairie Ombre Blanche (Toulouse) à 18 heures.

Débat animé par Chantal Zaouche et Daniel Welzer-Lang

 

 

Masculinites couv.+2

 

La 4ème de couverture

 

Premier état des lieux des études de genre sur les « masculinités », cet ouvrage a pour but de construire un référentiel commun aux différentes disci- plines de sciences humaines et sociales.


Historien, psychologues, psychanalyste, sociologues, musicologue, géographe, spécialistes de l’art et des sciences de l’éducation, philosophe, linguiste abor- dent ainsi de vastes domaines des vies masculines : sexualité, vie scolaire, loisirs, musiques urbaines, paternité, homoparentalité, violence, prison, guerre, sui- cide, art, etc. Ils questionnent l’avenir des relations homme/femme dans notre société en transition rapide et abordent concrètement certains changements masculins, mais aussi certaines résistances masculines au changement.


Cet ouvrage, qui rassemble la plupart des chercheurs francophones sur ce sujet, constitue un outil et une ressource indispensables pour tous les professionnels du social, de la culture, les pédagogues, les enseignants, les élus, les chercheurs, qui travaillent ou veulent travailler sur ou avec les hommes. Il interrogera peut-être celles et ceux qui confondent critiques sociales et ontologie du masculin, celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent imaginer les hommes que comme un groupe (ou une classe) incapable de s’adapter aux nouvelles donnes du genre créées par des mouvements sociaux très divers (auxquels ont d’ailleurs toujours participé des hommes), celles et ceux qui réduisent le masculin à ses fondements violents et sexistes ou encore à l’étiquette erronée de masculiniste (terme aujourd’hui utilisé pour décrire et dénoncer les analyses et les actions d’hommes s’opposant à l’égalité de genre, en particulier aux féministes).
Daniel Welzer-Lang, sociologue, professeur en étude de genre à l’université Toulouse 2-Le Mirail, est un spécialiste international des hommes et du masculin, des sexualités et des violences. Chantal Zaouche Gaudron est professeure en psychologie du développement à l’université Toulouse 2-Le Mirail. Depuis une quinzaine d’années, ses objets d’étude concernent la construction du genre et les conduites sociales et/ou sexuées de l’enfant au sein des différentes formes de familles et/ou dans différents milieux et contextes de vie.


Avec la participation de : Pierre Ancet, Sylvie Ayral, Sylvie Bourdet-Loubère, Jérôme Carrié, Christine Castelain-Meunier, Annie Devault, Emmanuel Gratton, Thomas Guenichon, Serge Hefez, Françoise Hopker-Azemar, Bernard Lafargue, Michel Lehmann, Henri Le Prieult, Marc Perrenoud, Jean-Michel Pugnière, Yves Raibaud, André Rauch, Véronique Rouyer, Nadège Séverac, Gilles Tremblay.

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 05:36

FL+Maire

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(à faire circuler)

SERGE PEY

DANIEL  WELZER-LANG

 

HALTE A l’apartheid !

Adresse à nos collègues universitaires de Toulouse

redo Lievy dans son mobil-home de Frouzins./Photo DDM, Michel Viala

Fredo Lievy dans son mobil-home de Frouzins./Photo DDM, Michel Viala

 Il faisait froid ce vendredi. Froid dû à la température, et au vent violent qui balayait cette place de mairie sans âme, et sans café, qui se trouve devant l’Hôtel de Ville de Frouzins. Froid aussi dans nos chaires d’observer in vivo le mépris de dignitaires qui osent se proclamer socialistes face aux familles roms.

Lui s’appelle Frédéric Liévy dit Fredo, un militant associatif, un compagnon de route des luttes écolos, un « nomade sédentarisé » comme on dit dans la Presse. Lui est venu la veille à la conférence sur les roms et autres voyageurs organisée par la Ligue de Droits de l’Homme et le LISST-CNRS la veille à Toulouse. Lui, modeste, n’a même pas ce jour-là osé évoqué son cas. Modeste, Fredo, modeste et généreux. « Bien sûr, a t’il dit ce jour là suite à une question, il ya des intellectuels chez les roms, encore faut-il les écouter, les entendre ! ». en nous annonçant la reconnaissance du génocide par l’Europe.

En face, ce vendredi après-midi, le Maire, Monsieur Alain Bertrand, et quelques élu-e-s. Il vient expliquer son point de vue aux quelques petites dizaines d’associatifs mobilisé-e-s ce vendredi après-midi pour soutenir Fredo, sa famille et tous ceux, toutes celles, roms ou non, qui décident de vivre autrement que le Maire de Frouzins. Lui réfute le fait qu’il anticipe la loi LOPSSI II, liberticide, en voulant exclure ceux, celles qui vivent dans des habitats légers, des caravanes ou autres.

L’affaire sera jugée le 22 février au tribunal.

Frédo Liévy a-t-il le droit d’élever ses poules à Frouzins ?  Drôle de société qui interdit  d’élever des poules à la campagne, sur une terre traditionnellement agricole. Drôle de société qui interdit de vivre à une famille sur ses terres.

  « La députée européenne Catherine Grèze vient d'alerter le préfet. Jean-Marc Huyghe, président du SIENNAT, le syndicat intercommunal pour l'étude et l'accueil des nomades de l'agglomération toulousaine, qui rassemble 85 communes dont Frouzins a proposé sa médiation » dit La Dépèche.

http://www.ladepeche.fr/article/2011/01/17/991244-Frouzins-Menace-sur-le-nomade-devenu-eleveur.html

 

« On aimerait savoir ce qu’en pense Monsieur Izard » disent beaucoup gens ce jour là (Alain Bertrand est Vice-président de la Commission Permanente).

Tous les socialistes demanderont-ils l’expulsion des roms de leurs communes ? On ne peut l’imaginer.

Il nous semblait pourtant que les positions du Parti Socialiste étaient plus humanistes  intelligentes et ouvertes que celle du maire de Frouzins.

 

 

Devant nous Fredo explique sa position face au Maire.

Il vouvoie le Maire, explique, réexplique. Rien n’y fait.

Le maire s’adresse à Frédo : « Liévy… Tu peux… » « Liévy, tu sais que… ». « On se connaît depuis 15 ans « dit-il, et de parler des gens du voyages, du « camp »… (il rectifie) « de l’aire » des gens du voyage… ».

« Il enrichit le village » dit un manifestant ». Le maire méprisant répond  « pfff…. Il enrichit les poules, oui ! »

Il fait froid, très froid. Surtout dans nos cœurs. Nous avons l’impression d’assister à une discussion d’un autre âge. D’un coté les représentant d’une caste supérieure et en face un intouchable ou un paria.

D’un côté des élu-e-s, certains plus sûrs que d’autres dans leur volonté d’expulser les roms et autres voyageurs.

De l’autre des hommes, des femmes d’éthique qui luttent pour les principes républicains. Des gens qui s’indignent, se révoltent contre l’arbitraire des castes dominantes  et des élu-e-s qui osent dire qu’ils représentent le Peuple.

Ce jour-là à Frouzins, nous aurions pu être en Inde ou dans l’Afrique du sud de l’apartheid.

Mépris du verbe. Mépris du geste. Mépris des « bien nés » face à ceux que l’on classe dans les minorités, les délinquants, les voleurs de poules.

Sauf que là, c’est Frédo Leivy qui est éleveur de poules est aussi le messager du peuple des gens du voyage.  Un responsable , une conscience politique dont la famille avec celle de ses compagnons voyageurs, roms et gitans a fait les frais des camps de concentration dans une époque que l’on croit révolue.

Fredo Leyvi est propriétaire du terrain sur lequel il vit et travaille comme agriculteur.

Citons le journal internet de Frouzins : « Ce micro territoire isolé au milieu des champs abrite les quatre petits poulaillers de bois, le hangar et la petite pièce d'accueil de l'exploitation agricole, ainsi que le mobile home, la caravane, et les wc salle de bain de la famille.

Bref une petite ferme proprette avec des bordures de parterre peintes en blanc… Fière de sa sédentarisation réussie et choisie, la famille est d'ailleurs connue des Toulousains à travers le clip « Un terrain pour ma famille », diffusé sur TLT.

Mais à Frouzins, le maire, a choisi de faire appliquer le code de l'urbanisme et les arrêtés municipaux à ces manouches sédentaires qui demandent juste l'autorisation de se construire un chalet pour continuer à vivre leur vie sans renier la culture de leurs ancêtres.

 Résultat : trois permis de construire refusés sur la base d'un arrêté municipal et d'un avis défavorable de la chambre d'agriculture de la Haute-Garonne qui juge l'exploitation trop petite pour être viable. Le 22 février, l'affaire reviendra devant le tribunal correctionnel de Toulouse qui devra dire si les Liévy peuvent continuer à vivre sur leur petit domaine, où s'ils doivent tout démolir et quitter les lieux. »

 

La vérité sous-jacente de cette agression est qu’il n’est pas bon avoir un « gitan » à deux cent mètres d’un nouveau lotissement en fin de construction n’est pas bon pour le « paraître » des propriétaires.

 

Nous appelons l’ensemble de nos collègues universitaire à réagir auprès des autorités et des partis politiques et à soutenir, par tous les moyens Frédo Léyvi, « gitan », messager des gens du voyage et ancien candidat d’Europe écologie aux Européennes de 2009.

Moblisons-nous afin que le maire de Frouzins ne fasse pas détruire la  maison de bois et l’exploitation  de la famille de Frédo Léyvi au milieu de sa propriété.

Nous sommes tous des gens du voyage !

Solidarité avec la famille Frédo Léyvi !

Serge Pey, maître de conférence, CIAM

& Daniel Welzer-Lang professeur de sociologie, UTM

(photos : emilie fernandez efmphoto@hotmail.fr

 

 

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 10:53

et aussi :

 

http://www.multisexualites-et-sida.org/

 

http://traboules.org/

 

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 03:52
CV DE Daniel WELZER-LANG
(à peu près à jour)

 

WELZER-LANG Daniel,

Mail : dwl@univ-tlse2.fr

 

Fonctions actuelles :

 

Professeur de Sociologie, à l'Institut de Sciences Sociales Raymond-Ledrut (département de Sociologie) –Université Toulouse-Le Mirail depuis 2004.

 

Membre  du Centre d'etudes des rationalites et des savoirs (Cers), UMR 5193, Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires (LISST) depuis 2003.

Co-responsable de l’axe « Genre, migrations, marginalités »

 

Responsable du M1 de sociologie

Président du Collège scientifique spécialisé de sociologie (section 19), depuis 2009.

 

Titres universitaires français :

 

Doctorat de sociologie et sciences sociales, 1990.

 

L'Homme au masculin – approche anthropologique de la violence masculine domestique –, sous la direction de François Laplantine.

 

Habilitation à Diriger les Recherches, mai 1999.

 

Et les hommes ? Etudier les hommes pour comprendre les changements des rapports sociaux de sexe.

Autres responsabilités :

Membre de l'AISLF (Association Internationale des Sociologues de Langue Française).

 

Co-responsable du RT n° 39 Identité - subjectivité - revendication - changement social, Association Française de Sociologues (A.F.S.).

 

Co-responsable du séminaire de l’Ecole Doctorale : Les hommes et le masculin, depuis 2005.

 

 

Ouvrages

 

1988 : Le Viol au Masculin, Paris, l'Harmattan.

1991 : Les Hommes violents, Paris, Lierre et Coudrier.

Réédition en 1996 par les éditions Côté femmes, Paris.

3ème réédition 2005, Petite collection Payot, Paris

1992 : Arrête, tu me fais mal…, Montréal, Paris, éditions Le Jour, VLB. 2ème réédition 2005, Petite collection Payot, Paris.

Traduit en espagnol : 2007 : La violencia domestica a traves de 60 preguntas y 59 respuestas, Madrid, El libro de bolsillo, Alianza Editorial.

1993 : Les Hommes à la conquête de l'espace domestique, Montréal, Paris, Le Jour, VLB (avec Jean-Paul Filiod).

1994 : Prostitution, les uns, les unes et les autres, Paris, Anne-Marie Métaillé (avec Lilian Mathieu et Odette Barbosa).

1996 : Sexualités et Violences en prison, ces abus qu'on dit sexuels en milieu carcéral, Observatoire International des Prisons, Lyon, éditions Aléas (avec Lilian Mathieu et Michaël Faure).

1998 : Violence et masculinité, Montpellier, éditions Scrupules (avec David Jackson).

2000 : Un mouvement gai dans la lutte contre le sida : les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, Paris, l'Harmattan, coll. « logiques sociales » (avec Jean-Yves Le Talec et Sylvie Tomolillo).

2004 :  Les hommes aussi changent, Paris, Payot.

Traduit en italien en 2006 : Maschi E altri maschi, Gli uomini e la sessualità, Torino (Italie), Giulio Einaudi editore.

2005 : La planète échangiste : les sexualités collectives en France, Paris, Payot .

2007 : Utopies conjugales, Paris, Payot.

 2008 : Les hommes et le masculin, manuel de cours, Paris, Petite collection, Payot.

 2009 : Nous les mecs, essai sur le trouble actuel des hommes, Paris, Payot.

 

 

Ouvrages dirigés

1992 : Des Hommes et du Masculin (avec Jean-Paul Filiod), Aix-en-Provence, université de Provence - CREA, université Lumière Lyon 2, CEFUP, Presses Universitaires de Lyon, (Bulletin d'informations et d'études féminines, n.s.).

1994 : La Peur de l'autre en soi, du sexisme à l'homophobie, Montréal, VLB (ouvrage collectif coordonné avec Pierre Dutey et Michel Dorais).

1996 : Les Faits du logis : épistémologie et socio-analyse de la condition de l'opérateur, Lyon, éditions Aléas (avec Laurette Wittner).

1999 : Prostitution et santé communautaire, essai critique sur la parité, Lyon, éditions Le Dragon Lune (avec Martine Schutz Sanson).

2000 : Nouvelles approches des hommes et du masculin, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, coll. « féminin & masculin ».

2003 : Genre et sexualités, Paris, L’Harmattan, (avec Gérard Ignasse).

2005 : Les hommes : entre résistances et changements, Lyon, éditions Aléas (avec Yannick Le Quentrec, Martine Corbière, Anastasia Meidani).

 

 •2011 : MasculinitéS : état des lieux, Toulouse, Eres (Avec Chantal Zaouche) .

 

 

Actes de colloques, de séminaires

1998 : Entre commerce du sexe et utopies : l'échangisme, Actes du premier séminaire européen sur l'échangisme, Toulouse, Mars 1998, université Toulouse-Le Mirail, département de Sociologie (Université de Barcelone), département d'Anthropologie sociale et Philosophie, Universitat Rovira i Virgili (Tarragone).

2005 : Les hommes en changements, Actes du séminaire européen sur les résistances masculines aux changements (Toulouse, les 20-21 février 2004), Université Toulouse Le-Mirail, Département de sociologie, Aléas (avec Yannick Le Quentrec, Martine Corbière, Anastasia Meidani, Sophie Piorro)..

2007 : Des hommes et du masculin, Etudes et travaux de l’Ecole doctorale TECS, Université Toulouse Le Mirail (avec Chantal Zaouche-Gaudron).

2009 : Des hommes et du masculin II , Etudes et travaux de l’Ecole doctorale TECS, Université Toulouse Le Mirail (avec Chantal Zaouche-Gaudron).

 

 

 

Articles et autres publications

 

1992 :

•« Les Etudes ou écrits sur les hommes ou le masculin en France » et « Le Double standard asymétrique », in Welzer-Lang Daniel, Filiod Jean-Paul (dir.), Des Hommes et du Masculin, Aix-en-Provence, université de Provence - Lyon, université de Lyon 2, CEFUP, Presses Universitaires de Lyon (Bulletin d'informations et d'études féminines, n.s.), 1992, pp. 13-23, 127-146.

•« La Violence masculine domestique et les hommes violents », in Clerget Joël et Marie-Pierre (dir.), Places du père, violence et paternité, Champs, Presses Universitaires de Lyon, 1992, pp. 95-103.

•« Tes désirs font désordre, sexes et symboliques dans l'espace domestique », (avec Jean-Paul Filiod), in Segaud M. (dir.), Le Propre de la ville, Paris, éditions de l'espace européen, 1992.

•« La Saga des squatters de la Croix Rousse de Lyon, la violence du changement dans la ville », in Annales de la Recherche Urbaine, 74-75, mars 1992 (diffusion novembre 1992), pp. 75-84.

•« L'Emergence du masculin dans l'espace domestique » (avec Jean-Paul Filiod), in Piché Denise, Despres Carole (dir.), Architecture et comportements (Architecture and behavior), Genève, juin 1992, 8, 2, pp. 159-180.

•« Analyse anthropologique de la violence domestique et interventions sociales », in Revue européenne des sciences sociales, Genève, XXX, 94, 1992, pp. 131-133.

•« Les Nouveaux territoires de la prostitution lyonnaise », Lyon, CREA - Agence Française de Lutte contre le Sida, université Lumière Lyon 2, 1992, 125 p. (ronéoté).

 

1993 :

•« L'Espace domestique en contrats : des hommes en changements » (avec Jean-Paul Filiod), in Segaud (dir.), Evolutions des modes de vie et architectures du logement, Plan Construction et Architecture, Cahiers de recherches n° 42, 1993, pp. 37-44.

•« Les Hommes à l'épreuve du désordre : approche anthropologique de la sexuation de l'espace domestique » (avec Jean-Paul Filiod), in Dialogue 121, L'Enigme du sexuel, 1993, pp. 82-94.

 

1994 :

L'Homophobie : premières déconstructions (avec Dutey P., Dorais M.), Lyon, CREA, université Lyon 2, Agence Nationale de Recherches sur le Sida, février 1994, 209 p. (ronéoté).

Les Etudiants de banlieue : repaires sans repères (avec Laurette Wittner), CREA, université Lyon 2, Ministère de l'Equipement, du Logement, des Transports et de l'Espace, mars 1994, 185 p. (ronéoté).

•« Le Logement étudiant en banlieue : repaires sans repères » (avec Laurette Wittner), in Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 62-63, pp. 244-251 .

Minitel Rose : le cybersexe à la française ? Approche anthropologique de la « sexualité machine » à l'ère du sida (avec Sandrine Durand), CREA, université Lyon 2, Agence Nationale de Recherches sur le Sida, juillet 1994, 165 p. (ronéoté).

Les Abus sexuels en prison (avec Lilian Mathieu), rapport intermédiaire, CREA, université Lyon 2, Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS), Mission Interministérielle Recherche Expérimentation (MIRE), décembre 1994, 62 p. (ronéoté).

Sur la planète échangiste, CREA, université Lyon 2, Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS), décembre 1994, 54 p. (ronéoté).

Rites de rencontres des gais au temps du sida, sociologie des établissements gais (avec Pierre-Jean Dutey), CREA, université Lyon 2, Agence Française de Lutte contre le Sida (AFLS), décembre 1994, 215 p. (ronéoté).

•« L'Homophobie, la face cachée du masculin », in Welzer-Lang D., Dutey P-J., Dorais M. (dir.), La Peur de l'autre en soi, du sexisme à l'homophobie, Montréal, VLB, pp. 13-92.

 

 

 

1995 :

•« Annuaire prostitution, bilan des recherches action sur la prostitution, 1990-1995 », Division Sida, Ministère de la Santé, février 1995, 72 p.

•« Des transgenders, le brouillage des identités sur le marché de la prostitution » (avec Lilian Mathieu), in Revue Sexologique, Montréal, vol. 2, automne 1994, pp. 141-156.

•« Poétique et imaginaire de la ville contemporaine » (avec Laurette Wittner), in Théologiques, symboliques urbaines et foi chrétienne, vol. 3, pp. 27-41.

•« Les Transgenders, ou comment classer l'inclassable ? », in Quels Corps ? Constructions sexuelles, n° 47-48-49, avril 1995, pp. 181-192.

•« Et l'autonomie des hommes ? », in Charte européenne des femmes dans la cité, vers un droit à la cité pour les femmes, Eurocultures (Bruxelles), Commission des communautés européennes, 1995, pp. 257-260.

•« Les Transgressions des définitions sociales de la masculinité », in EPHESIA, La Place des femmes, les enjeux de l'égalité au regard des sciences sociales, Paris, La Découverte, 1995, pp. 447-452.

Ethnographie du Cap d'Agde Naturiste : prolégomènes à la mise en place de la prévention sida, Lyon, Les Traboules, Division Sida, Ministère de la Santé, Agence Nationale de Recherche sur le Sida, octobre 1995, 122 p.

•« Penser l'articulation entre recherches et prévention : l'expérience lyonnaise », in Bajos Nathalie, Bozon Michel, Giami Alain, Doré Véronique, Souteyrand Yves (dir.), Sexualité et sida, Recherches en sciences sociales, Paris, ANRS, coll « sciences sociales et sida », 1995, pp. 323-332.

 

1996 :

Les Abus dits sexuels en prison, étude sur un espace de la maison-des-hommes (avec Lilian Mathieu, Michaël Faure), Paris, Toulouse, GEDISST-CNRS, Equipe Simone, Rapport de recherche pour la MIRE et l'AFLS, 1996.

Le Logement des personnes prostituées (avec Laurette Wittner, Jean-Marc Beylot), rapport final, Lyon, Les Traboules, Ministère des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, Arcat-sida, mai 1996, 71 p.

•« Un oubli de la sociologie de la famille : les violences faites aux femmes », in Panoramiques, n° 25, 2e trimestre 1996, pp. 76-79.

•« Le Logement des prostitué(e)s » (avec Laurette Wittner ), in Echanges santé social, n° 81, mars 1996, pp. 67-70.

Données ethnographiques du Cap d'Agde Naturiste et de la mise en place de la prévention sida chez les « naturistes/libertin-e-s », Opération été 1996, Toulouse, Equipe Simone, université Toulouse-Le Mirail, Les Traboules, 1996, 130 p.

•« Conditions de vie des personnes prostituées : conséquences sur la prévention 29 de l'infection à VIH », in Revue épidémiologique et Santé Publique (avec A. Serre, M. Schutz-Sanson, C. Cabral, F. Martin, R. Hardy, O. De Aquino, P. Vinsonneau, M. Arnaudies, F. Fierro, L. Mathieu, S. Pryen, I. De Vicenzi), Paris, Masson, n° 44, 1996, pp. 407-416.

•« Violences et constructions sociales de la masculinité : homophobie et adolescence », in Rey Caroline (dir.), Les Adolescents face à la violence, Paris, Syros, coll. « Alternatives sociales », 1996, pp. 137-162.

Mise en place de la prévention sida en milieu échangiste, rapport de recherche, équipe Simone, université Toulouse-Le Mirail, 1996, 200 p.

 

1997 :

•« Penser les sexualités en prisons », in Quasimodo, n° 2, 1997, pp. 17-20.

•« Effets de l'incarcération sur le corps et l'estime de soi » (avec Lilian Mathieu), in Quasimodo, n° 2, 1997, pp. 21-25.

•« Violences et sexualités en prison, les abus dits sexuels en milieu carcéral » (avec Lilian Mathieu), in Revue française des affaires sociales, n° 1, janv-mars 1997, pp. 201-212.

•« Abus dits sexuels et structuration des pouvoirs en milieu carcéral », in Prévenir, n° 32, 1997, vol. 2, pp. 151-157.

•« Les Hommes : une longue marche vers l'autonomie », in Les Temps modernes, n° 593, avril-mai 1997, pp. 199-218.  

La Gestion polygame du désir : l'échangisme, entre commerce du sexe et utopies, Rapport à l'Agence Nationale de Recherche sur le Sida et à la Commission Européenne (DGV), équipe Simone, université Toulouse-Le Mirail, 1997, 813 p.

 

1998 :

•« Les Violences masculines domestiques : un oubli de la sociologie de la famille », in Fine Agnès (dir.), A chacun sa famille : approche pluridisciplinaire, Toulouse, Editions Universitaires du Sud, 1998, pp. 97-113.

•« Viols et violences masculines : faire le point » et « La “planète échangiste” à travers ses petites annonces », in Panoramique, le cœur, le sexe et toi et moi…, 1998, pp. 88-95 et pp. 111-123.

•« Les Abus dits sexuels en prison : une affaire d'hommes », in Les Cahiers de la sécurité intérieure, Prisons et société, les conditions de la détention, n° 31, 1998, IHESI, pp. 211-228.

•« Comprendre l'homophobie », in Les Cahiers de l'adolescence, n° 16, mai-juin 1998, pp. 13-14.

•« Déconstruire le masculin : problèmes épistémologiques », in Sohn Anne-Marie, Thélamon Françoise, L'Histoire sans les femmes est-elle possible ?, Paris, Perrin, 1998, pp. 291-303.

•« Comment étudier les sexualités masculines ? », in Journal de l'ANRS, Journal du sida, Transcriptase, numéro spécial XIIe Conférence Internationale sur le Sida, 1998, pp. 20-21.

 

1999 :

•« Travailler ensemble entre hommes et femmes : émergence de la question et questions de méthodes », in Dagenais Huguette, Devreux Anne-Marie (dir.), Ils changent disent-ils, numéro commun, Nouvelles Questions Féministes (France) et Recherche féministe (Québec), vol. 19, numéro 2-3-4, 1999, vol. 11, numéro 2, 1999, pp. 71-100.

Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, contribution socio-ethnographique à l'histoire du sida (avec Jean-Yves Le Talec, Sylvie Tomolillo), rapport à l'ANRS, université Toulouse-Le Mirail, équipe Simone-SAGESSE, 1999.

La Raison d'Etat aux dépends des femmes. Premier bilan de la recherche sur les violences faites aux femmes, et le « trafic » des femmes autour des légionnaires à Castelnaudary (France), Rapport à la Commission Européenne (Programme Daphnée), Research Center on Violence, Abuse and Gender Relations (Leeds, Angleterre), université Toulouse-Le Mirail, équipe Simone-SAGESSE, 1999.

•« Déconstruire le masculin, problèmes épistémologiques », in Travailler. Revue internationale de psychopathologie et de psychodynamique du travail, n° 3, 1999, CNAM, pp. 55-71.

•« Discussion : les hommes et le travail », in Ferrand Michèle, Mary Catherine (dir.), Marché du travail et genre (gdr mage-cnrs), Actes des journées d'études organisées par le GDR-MAGE sous la direction de Jacqueline Laufer et Catherine Mary, 1999, pp. 110-119.

 

 

2000 :

•« Introduction : les hommes en débats » et « Pour une approche proféministe non homophobe des hommes et du masculin », in Welzer-Lang D. (dir.), Nouvelles approches des hommes et du masculin, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, coll. « Féminin & masculin », 2000, pp. 11-36 et 109-138.

•« Féminité, masculinité, virilité » (avec Pascale Molinier), in Hirata Héléna, Laborie Françoise, Le Douaré Hélène, Senotier Danièle (dir.), Dictionnaire critique du féminisme, Presses Universitaires de France, 2000, pp. 71-76.

•« Proféminisme et analyse de l'homophobie », in Reverso, Revista de estudios lesbianos, gays, bisexuals, transexuales, transgénero, Madrid, vol. 1, n° 1, 2000, pp. 53-74.

Developing Best Professional Practice for Reducing Violence ans Trafficking in Militarised Areas of Peacetime Europe, Resarch Center on Violence, Abuse and Gender Relation,  Développer un meilleur comportement professionnel pour réduire les sévices sexuels, la violence domestique et la traite des femmes dans les zones militarisées d'Europe en temps de paix  (avec Catherine Euler), Leeds (UK), Equpe Simone, université Toulouse-Le Mirail, 2000, 160p. (ronéoté).

•« Les Catégories pour penser les sexualités », in Membrado M., Rieu A. (dir.), Sexes, espace et corps, de la catégorisation du genre, Toulouse, Editions Universitaires du Sud, 2000, pp. 223-236.  

 

2001 :

« L'Echangisme : une multisexualité commerciale à forte domination masculine », in Bozon Michel (dir.), Sociétés contemporaines, n° 41-42, 2001, pp. 111-131.

•« Les Bi masculins : le placard et l'invisibilité épistémologique, obstacles à la prévention », rapport à la Division Sida/Direction Générale de la Santé, 2001, 70 p.

•« Utopies, dépassement des genres et de la domination masculine », in de Bellefond Renaud, Michels David, Pucciarelli Mimmo (dir.), L'Anarchisme a-t-il un avenir ? Histoires de femmes, d'hommes et de leurs imaginaires, Lyon, ACL, 2001, pp. 475-486.

•« Le Trafic des femmes autour des légionnaires de Castelnaudary », in Le Fil d'Ariane, colloque national : Les Violences à l'encontre des femmes et le droit en France, université Paris VIII, Cahiers du CEME, automne 2001, pp. 47-54.

 

2002 :

•« A construção do masculino : dominação das mulheres e homofobia », Revista de estudos feministas (Brésil), vol. 9, n° 2, 2002, pp. 460-482.

•« Virilité et virilisme dans les quartiers populaires en France », in VEI enjeux, villes, école, intégration, Centre National de Documentation Pédagogique, n° 128, mars 2002, pp 10-32.

•« L'Implication des hommes dans les combats antisexistes », in Actes de la 1re  université d'été, 14-15-16 septembre 2001, Paris, Fédération Nationale Solidarité Femmes, pp. 49-56.

•« Pour une charte éthique des rapports entre chercheur-e-s et mouvements sociaux », in Rodeville Mireille (dir.), Aspasie, 20 ans, Plaquette anniversaire de l'association ASPASIE, Genève, 2002, pp. 17-18.

•« Etudier les hommes et les rapports sociaux de sexe : où sont les problèmes ? », in Nicky Le Feuvre (dir.), UTINAM, Le genre : de la catégorisation du sexe, Paris, l'Harmattan, 2002, pp. 289-312.

•« La Crisis de las masculinidades entre cuestionamientos feministas y critica contra el heterosexismo/Maskulinota-sunen krisiak : zalantzan jartze feministen eta heterosexismo-aren kontrako kritiken artean », in Congreso International Los hombres ante el nuevo orden social, Vittoria, EMAKUNDE, Institut vasco de la mujer, 2002, pp. 53-76.

Quand le sexe travaille…, Rapport européen inachevé sur les violences faites aux femmes dans les activités et métiers liés à la sexualité masculine (avec Saloua Chaker), université Toulouse-Le Mirail, association Les Traboules, Octobre 2002, 293 pages.

•« Crise de la virilité et nouveaux attributs masculins », in Parcours, les cahiers du GREP Midi-Pyrénées, n° 25-26, 2002, pp. 247-292.

•« L'Autre face des rapports sociaux de sexe : les constructions sociales de la masculinité », in Un avenir différent, la construction psycho-sociale de l'identité et ses répercussions sur le choix professionnel, Lausanne, association suisse pour l'orientation scolaire et professionnelle, 2002, pp. 29-47.

Jeunes filles des quartiers : prolégomènes d'une sociologie compréhensive, (avec Horia Kebabza), Rapport intermédiaire à la Délégation Interministérielle à la Ville dans le cadre de l'appel d'offre « Analyse des phénomènes de regroupements de jeunes dans les quartiers populaires », équipe Simone-SAGESSE, université Toulouse-Le Mirail, 2002, 80 p.

•« Quand le sexe travaille ou une loi peut en cacher une autre », in Travailler, n° 9, 2002, pp. 207-222.

•« Les Jeunes et la sexualité dans les cités », in Lien Social, n° 645, 2002, pp. 14-15.

 

2003 :

•« Changer les hommes ? », in No pasaran, antipatriarcat, hors série n° 2, 2003, pp. 40-43.

•« Virilisme : la dérive des citées », in TDC, Textes et documents pour la classe, Centre National de Recherche Pédagogique, n° 848, janvier 2003, pp. 18-21.

Les Bi masculins : le placard et l’invisibilité épistémologique, obstacles à la prévention (avec Sylvie Tomolillo, Catherine Deschamps), rapport final à l’ANRS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida), Division Sida de la Direction Générale de la Santé, et Ensemble Contre le sida, 2003, 194 p.

AIDES Action Femmes Toulouse, Femmes et VIH-SIDA, Evaluation du dispositif, juillet 2002 - janvier 2003 (avec Horia Kebabza), 22 p.

•« La Prostitution masculine », in Eribon Didier (dir.), Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse, p. 382.

•«  Elaborer de nouvelles formes de transversalité » in Harvey Robert, Le Brun-Cordier (dir), Rue Descartes, Queer : repenser les identités, Revue du Collège International de Philosophie, n° 40, PUF, ( avec Sylvie Tomolillo), pp 66-70.

•« Les hommes et le porno, la nouvelle pornographie comme résistance masculine aux changements » in Cités,  Politiques de la pornographie, Paris, PUF, pp 131-139.

« Jeunes filles et garçons des quartiers : Une approche des injonctions de genre », Rapport GIP Justice et Délégation interministérielle à la Ville, dans le cadre de l'appel d'offres : « Analyse des phénomènes de regroupements de jeunes dans les quartiers populaires, Septembre 2003 (avec Horia KEBABZA)

•« La question des hommes violents après l’enquête ENVEFF » in actes de la 2e université d’été, Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), pp 29-32.

•« Les rapports sexuels et affectifs des jeunes dans les quartiers de la politique de la ville » in Les relations hommes-femmes dans les quartiers de la politique de la ville, actes du séminaire du 27 février 2003, Paris, Délégation interministérielle ) la ville, pp 31-41.

•« Genre et sexualités : un champ en co-construction » in Ignasse G., Welzer-Lang D (dir), Genre et sexualités,  Paris, L’harmattan, 2003, pp 227-237.

 

2004

•« Hot line, quand le sexe travail » in Les Temps modernes  n° 626, pp 161-190. (avec Saloua Chaker).

« Commerce du sexe et sexualités récréatives » In Marquet Jacques (dir), Normes et conduites sexuelles, approches sociologiques et ouvertures pluridisciplinaires, Louvain-La-Neuve, Bruylant-Academia, pp 139-143.

•Welzer-Lang Daniel (dir), Le Quentrec Yannick, Corbière Martine, Meidani Anita, Pioro Sophie, Des hommes en changements, Contribution à l’analyse des résistances

masculines aux changements et aux renégociations de genre du côté des hommes, Université Toulouse Le-Mirail, Les Traboules, Rapport à la D.G. V (programme concernant la stratégie-cadre communautaire en matière d'égalité entre les femmes et les hommes), 66 pages.

• « Os homens e o masculino numa perspectiva de relaçoes de sexo » in Schpun Monica Raisa, Masculinidade, San Paolo, Boitempo editorial, pp 107-128

•Différents extraits d’articles in Rault Françoise (dir) L’identité masculine, permanences et mutations, Paris, La documentation française, coll. Problèmes politiques et sociaux, n° 894, pages 14, 18, 44, 55.

• « Masculin, le genre l'emporte encore sur le féminin », Rebond : question de famille.in Libération, 28 juillet 2004,

 

2005

• « Les hommes en renégociation », in Welzer-Lang D., Le Quentrec Y. Corbiere M., Meidani A., Pioro S., Les hommes en changements, actes du séminaire européen sur les résistances masculines aux changements, février 2004, Université Toulouse Le Mirail, pp 109-141

• « Les hommes, le couple, la famille, le travail : solder la domination masculine » in Touati Armand (dir) Femmes Hommes, l’invention des possibles, Antibes, Cultures en mouvements, pp 89-94 (diffusion Presses Universitaires de France).

• « Introduction » et « Des hommes en renégociation », in Welzer-Lang D., Le Quentrec Y. Corbiere M., Meidani A., Les hommes entre résistances et changements, Lyon, Aléas pp 9-16 et 207-346.

• « Le gueuloir bi ou comment la biphobie vient aux gais » «The bi-shouting shop or how gays become bi-phobics »  in Psicologica Politica ; vol. 4, n°8, pp 307-324.

• « Echangisme », « Masculinités », « Multisexualités » in Philippe Di Falco (dir), Dictionnaire de la pornographie, Presses Universitaires de France, pp 151-156, 284-287, 307-310.

 

2006

• « Penser l'accueil des hommes violents, penser le masculin » in Revue Sociologie Santé, juin 2006, n° 24  201-214.

• « Mon toulouse : Ö Tolosa rosa, in (Collectif) Raffuts, Toulouse, éditions du Corbeau, pp 273-281.

• « L’intervention socioculturelle auprès des garçons dans une perspective genrée » in Gillet Jean-Claude, Raibaud Yves (dir), Mixité, parité, genre dans les métiers de l’animation, Paris, l’Harmattan, pp 125-137.

• « Introduction » in Welzer-Lang D., Zaouche-Gaudron C., Etudes et travaux de l’Ecole Doctorale TESC (temps, espaces, sociétés, culture), Des hommes et du masculin, Université Toulouse Le Mirail, pp 7-10.

 

2007

•Articles : Bar à hôtesses (p.101), Club échangiste (pp170-171), Commerce du sexe (pp181-182), Maison close (pp 533-534), Masculinité (pp 543-545), Peep-show (p.651), Prostitué, ée (pp 709-711), Prostitution (711-712), Proxénétisme (713-714), Sauna (p.783), Sex-shop (p. 806), Strip-tease (p. 838), Téléphone rose (pp 849-850), Virilité (pp 917-918), Petit Larousse de la sexualité, Paris, Larousse.

•  « L’intervention auprès des hommes… aussi », in Empan, Des femmes et des hommes : un enjeu pour le social, Toulouse, Erès,  n° 65, pp 42-48.

•  « Identité masculine, entre changements, résistances et tiraillements » in, L’observatoire, Liège (Belgique), n°53, juin 2007, pp 21-25.

 

2008

• « Virilité : changements et précarisations » [Virility: Changes and insecurity ; Virilidad : Cambios e inseguridad], Sexologies, Volume 17, Issue 2, April-June 2008, Pages 90-95.

• « Biphobia in the gay and lesbian community », in Journal of Bisexuality, Haworth Press inc., vol. 8, num 1-2, 2008, pp 81-95.

 

2009

• « Le tourisme libertin, un secteur en mutation », Espaces, tourisme et loisirs, février 2009, pp 29-37.

• « Le gueuloir bi ou comment la biphobie vient aux gais » in Actes du colloque LGBT de Rouen, PUHR (Publication des université de Rouen et du Havre), à paraître

• « Les hommes battus », in Empan, Les violences conjugales, n°73, Toulouse, Erès,  pp 81-89..

• « La queerisation actuelle des hétérosexualités » in Deschamps Catherine, Gaissad Laurent et Taraud Christelle, (dir), Hétéros, discours, lieux, pratiques, Paris, EPEL, pp 81-93.

• « Homophobie, hétérophobie, multisexualité, égalité, signes de l’éclatement du corset du genre ? » in Welzer-Lang D., Zaouche-Gaudron C., Etudes et travaux de l’Ecole Doctorale TESC (temps, espaces, sociétés, culture), Des hommes et du masculin II, Université Toulouse Le Mirail, à paraître.

• « Du réseau social au réseau sexuel », in Empan, Réseaux Internet et lien social, n°76, Toulouse, Erès,  pp 72-82.

 

2010

• « Le gueuloir bi ou comment la biphobie vient aux gais » in Homosexualités : révélateur social ?, PUHR (Publication des universités de Rouen et du Havre), pp 81-95.

• « La mixité non ségrégative confrontée aux constructions sociales du masculin » in Revue française de pédagogie, « la mixité scolaire, une thématique (encore) d’actualité ?, pp 15-29.

 

2011

• « introduction : Pour approfondir débats et recherches sur le genre »  (avec Chantal zaouche) et  « Débattre des hommes, étudier les hommes, et intervenir auprès des hommes dans une perspective de genre »  in Welzer-Lang Daniel, Zaouche C. (dir),  Masculinités : état des lieux, Toulouse, Eres, pp 7-23 et pp 41-54.

•  Postface : « Et si… » in Ayral Sylvie, La fabrique des garçons, Sanctions et genre au collège, Paris, PUF, pp 201-202.

 

 

 

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 06:22

L’hétérosexualité n’existe pas [V2]

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’hétérosexualité n’existe pas.

Comprenons nous, ne pas exister ne signifie pas ne pas avoir de sens pour les personnes qui adhèrent à ce mythe, à ce bluff. De la même manière qu’on peut croire à la sincérité d’un escroc, boire ses paroles, se laisser porter à rêver à ses promesses, lui donner de l’argent… On peut aussi penser l’hétérosexualité normale, naturelle et se vivre comme ordinaire(s) en regardant de loin, ceux, celles qui par leurs pratiques, leurs discours, contestent tout ou partie de l’évidence hétéronormative. Vivre et plus encore, vivre bien, c’est se penser conforme aux lois de la nature. Les hétéros vivent aussi ainsi.

L’hétéronorme est le catalogue (le programme interne, le logiciel) de l’hétérosexualité. Il ne faut d’ailleurs pas en avoir une vision morale et restrictive. L’hétérosexualité et l’hétéronorme ouvrent un paradigme, une manière de voir, de sentir, de désirer, de baiser, de faire l’amour, de dire, d’érotiser, d’observer, de penser… qui, bien sûr, et n’en déplaisent aux moralistes, ne limite pas à des injonctions positives et exclusives. L’hétéronorme nous dit ce qui est normal, propre, donc aussi en creux, ce qui est anormal, pervers, sale, transgressif... Dans la mesure où ce qui est interdit (le viol aujourd’hui), ou à peine toléré (pensons à la sodomie pour les hétéros) s’inscrit aussi dans les plaisirs dits hétérosexuels, nous les considérerons comme constitutifs, et constituants de l’hétéronorme. Observer une norme consiste aussi à étudier ses « déviances », ses marges qui à leur manière alimentent et enrichissent aussi la norme. Et en sont aussi des alternatives disponibles pour réactualiser la norme. Ainsi l’hétéronorme nous dit qu’enculer une femme est contre-nature, sale, violent, douloureux (pour la femme) …… Rien n’empêche de penser que la sodomie hétérosexuelle soit un jour, sous des prétextes de santé publique (la sodomie provoque des microlésions et favorise donc la transmission du sida), ou par désir d’apparaître moderne par des enseignant-e-s progressistes et « open »,  enseignée dans les programmes d’initiation à l’hétérosexualité dans les écoles de la République. La sodomie est aussi hétéronormative que la pénétration vaginale.

Les hétéros ne sont pas plus normaux que les autres. La création de la catégorie « hétéro » est récente. Avant l’épidémie du sida et l’évocation des groupes soi-disant à risque (notamment les homos) et la volonté de ceux, celles qui se pensaient « normaux » et « normales » de se distinguer et de se labelliser, y compris parfois dans un objectif déclaré de solidarité avec la communauté gaie lourdement touchée par le VIH, les hétéros n’existaient pas. Il y  avait eux, elles, les ordinaires, les normaux-naturels, et les autres… La création de la catégorie hétéro dans le grand public a été un pas important dans la dénaturalisation de l’hétérosexualité. Quant à la « culture hétérosexuelle », elle a été créée socialement comme catégorie « naturelle » (sic) entre le XIIe et le XVIe siècle dans l'Occident chrétien, comme le montre brillamment Louis-Georges Tin (L'invention de la culture hétérosexuelle, Éd. Autrement, 2008).

Au même titre que l’hétérosexualité n’existe pas comme réalité naturelle inscrite dans une quelconque biologie de l’espèce, qu’elle est confusion et amalgame entre reproduction et sexualité, culture et nature, gestation et coït, désirs et élevage… n’existent pas non plus l’homosexualité, la bisexualité… Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’homosexuel-le-s (des gais, des lesbiennes), de bisexuel-le-s. Gais, lesbiennes, bi existent parce que le pouvoir médical les a créé-e-s de toutes pièces, en particulier en inscrivant ces pratiques dans le catalogue des sexualités anormales, en pourchassant, poursuivant, enfermant, tuant parfois, ceux, celles qui revendiquaient ces types de pratiques. En réaction aux stigmates produits par l’hétéronorme et les visions naturalistes de l’hétérosexualité, des mouvements sociaux se sont développés en particulier au XXe siècle qui ont abouti ces dernières années à la mouvance LGBT. Les luttes des gais, des lesbiennes, des bi, des transgenres, des hétéros non normatifs comme les libertins… ont remis en cause avec succès la vision officielle et unilatérale produite sur les sexualités par les différents pouvoirs (Etat, Médecine, Eglise, Ecole…).

Il y a différentes formes de désirs sexuels pour les personnes de l’autre sexe. Tout n’est pas hétérosexualité. Ne sont hétérosexuel-le-s que les personnes qui se conforment à l’hétéronormativité. Ceux, celles que l’on qualifie ou qui se revendiquent d’être libertin-ne-s, pervers, voyeuristes, exhibitionnistes, mélangistes, multisexuel-le-s, côte à côtiste, candaulistes,  triolistes, adeptes des pluralités masculine et/ou féminine, les S-M [sado-maso], fétichistes, monosexuel-le-s, asexuel-le-s… remettent, sous une forme ou une autre, en cause l’hétérosexualité…

Ce  ne sont pas tous, ni toutes, des hétérosexuel-le-s au sens strict du terme. Reste d’ailleurs à inventer un terme pour le dire.

Il nous faut faire une rupture (épistémologique) avec nos manières de penser sexe et sexualités au XXIe siècle. Il nous faut renverser la manière de voir, penser et vivre ces questions.

Est définie comme hétérophobie toute stigmatisation, sous une forme ou une autre, des pratiques sexuelles non hétéronormatives, donc non hétérosexuelles, entre hommes et femmes.  L’hétérophobie dénigre, caricature et condamne toute forme de sexualité non conforme à l’ordre de genre viriarcal (où les hommes ont le pouvoir), patriarcal (où les hommes dirigent les échanges sexuels des femmes, leur désignent partenaire et conjoints, contrôlent la descendance…).

L’hétérosexualité définie le cadre du deux : un homme et une femme, comme fondement de la famille et du couple. Rien n’empêche de définir autrement, de fonder différemment, le système familial. Déjà des millions de personnes tout en croyant à l’hétérosexualité et à la primauté du couple, paient très cher en termes de solitudes, de travaux d’élevage, de travaux domestiques, l’abandon du deuxième partenaire (plus de 80% des fois, l’homme appelé alors le père). D’autres ont opté pour l’homoparentalité, la coparentalité et montrent dans les actes que d’autres modèles culturels de familles sont viables à long terme. Certain-e-s, en ne cohabitant pas ensemble, donc  en s’extrayant pour tout ou partie de leur temps, du contrôle de l’autre, expérimentent des mutations de l’hétérosexualité.

L’hétérosexualité nous dit ce qu’est un homme hétérosexuel, et lui accorde le privilège de se penser normal, de disposer alors des privilèges réservés à ses semblables. A sa disposition, une femme  qui adhère, souvent sans le savoir, au dogme hétéronormatif et qui, de fait, se retrouve plus ou moins soumise, dépendante. En tout cas une femme qui va se considérer comme complémentaire, en fait seconde, et inférieure, économiquement, sexuellement, socialement, politiquement, à celui, ceux, qui s’autodéfinissent comme premiers.

La personne qui dispose, pour une raison ou une autre (naissance, opération, supercherie…) des attributs externes dits masculin, et adhère à l’hétérosexualité, puis le prouve sans cesse par la démonstration de sa virilité, est définie comme un homme hétérosexuel. L’homme hétérosexuel est une personne qui, érotiquement, est mutilée d’une partie de son corps et doit se conduire comme un handicapé affectif majeur. Devant se définir, et défini, comme un guerrier conquérant, alignant (de manière réelle ou imaginaire), les conquêtes féminines comme on aligne les médailles de virilité l’homme hétérosexuel doit montrer un corps conforme aux injonctions masculines ; quitte à payer des femmes quand sa séduction dite naturelle ne fonctionne pas, ou qu’il n’a pas le temps de séduire. Il est défini comme homme actif, pénétrant. Il centre sa sexualité sur son sexe, sa queue, son phallus qu’il emblématise et fétichise comme signe, étendard, de son hétérosexualité. L’érotisation des autres parties de son corps (bras, cuisses, oreilles, anus, pieds, cheville, peau, fesses, nombril, couilles…) est au mieux secondaire, mais très souvent occultée. L’homme hétérosexuel a appris à confondre orgasme et éjaculation, limitant l’acte sexuel à une action performative prouvant sa virilité et sa qualité « naturelle » d’homme hétérosexuel. Très souvent avant même sa puberté, la pornographie hétérosexuelle lui a enseigné les codes érotiques, en particulier l’excitation devant des bouts de corps désignés comme « bandants », et appartenant à des femmes inconnues ; des femmes payées ou volées. La pornographie hétérosexuelle lui a appris à être client. Mais aujourd’hui, surtout devant des femmes, il est de bon ton, de critiquer l’accès des jeunes à cette porno qualifiée de sexiste (alors qu’elle est d’abord et surtout hétérosexuelle), tout en leur proposant d’en visionner ensemble.

Au XXe siècle il a appris la vertu des préliminaires pour ne ne pas apparaître aux yeux des femmes hétéros comme un goujat, un macho. Mais ses caresses concernent ses partenaires. Lui a une sexualité bicentrée, bicéphale : une tête pour fantasmer, une queue pour « baiser », une cravate entre les deux pour montrer le sens du désir. Homme, il doit aussi se montrer dur, sec, et délaisser les démonstrations affectives. Au fur et à mesure de ses apprentissages à la virilité entre hommes, dans la maison-des-hommes que symbolisent les cours d’école, les matchs de sport, et pour ne pas (trop) souffrir des violences multiples subies entre hommes hétéros, sa peau se recouvre d’une sorte d’oxyde qui tend à le présenter comme insensible. Il a bien sûr le droit de pleurer. Mais ces écarts à la virilité doivent être rares, et spectaculaires. Effets garantis sur les femmes hétérosexuelles.

L’homme hétérosexuel, en contrepartie de ses efforts pour apparaître viril et ses effets corporels  limitatifs, a des droits spécifiques. Il peut, par convention patriarcale, disposer d’une femme, mère et gardienne de sa progéniture et d’autres partenaires sexuels, qu’il paie ou non. Aujourd’hui, pseudo égalité des sexes oblige, il doit juste s’assurer que sa compagne n’en ait pas la preuve. Et si, malgré ses subterfuges, elle vient à le découvrir, il doit dire, crier et prouver que sa sexualité extra-conjugale est sans affects. Les hommes hétérosexuels qui n’arrivent pas à entretenir cette illusion ont toutes les chances de se retrouver seuls.

L’homme hétérosexuel a gardé la mémoire corporelle et érotique des jeux, joutes sexuelles entre hommes  survivances des premiers siècles de l’ère chrétienne. Mais cela doit être caché. Les femmes (hétérosexuelles) ne doivent pas se douter qu’il fréquente les sex-shops, les saunas gais, les backrooms (où le noir facilite la discrétion), comme elles doivent ignorer les contenus des troisièmes mi-temps et des jeux entre hommes hétérosexuels dans les vestiaires, les prisons, les internats de garçons, les plages au Maghreb…

La femme hétérosexuelle présente une double image : la mère et la pécheresse (dénommée souvent putain, ou salope dans l’imaginaire des hommes hétérosexuels). Dans tous les cas, c’est une femme castrée de ses possibilités d’acter de manière autonome. Pour être définie comme hétérosexuelle, donc se prévaloir d’être normale, naturelle, elle doit se présenter comme douce, sensible, aimante, bref se conformer à l’image dite féminine du monde. En fait, elle est soumise aux hommes, et à son homme en particulier par les codes hétérosexuels qui se présentent comme représentatifs de la nature. La littérature romanesque lui a appris que la sexualité doit être liée aux affects, en particulier à l’Amour. Ce qui la différencie de l’homme hétérosexuel. Dans la sexualité conjugale, seule sexualité légitime, elle a acquis de hautes luttes au XXe siècle le droit de désirer et de jouir. Ses désirs sont liés à l’amour conjugal, ses plaisirs et aux actions pénétrantes des hommes hétérosexuels. Dans les codes hétérosexuels, elle est toujours présentée comme « pénétrée ». La palette d’orifices disponible s’est officiellement étendue ces dernières années. La pénétration hétérosexuelle est souvent assimilée avec la violence du désir et/ou la violence tout court. Cherchant un homme actif, protecteur, entreprenant, affirmatif, sécurisant, bref un vrai homme hétéronormatif, persuadé de son intrinsèque supériorité naturelle, la femme hétérosexuelle court un risque certain de se retrouver aux prises avec un homme violent et contrôlant. Le mariage, la mise en couple sont souvent synonymes de passeport pour la violence domestique. Elle-même persuadée de sa supériorité de mère sur les enfants, elle reproduira alors les violences sur sa progéniture.

Elle est valorisée quand elle ressemble aux codes esthétiques qu’aiment les hommes. Les codes esthétiques lui rappellent sans cesse par le temps passé à s’apprêter, à enlever tout poil qui pourrait la faire assimiler à un homme, l’utilisation des hauts talons, de la jupe, qu’elle est une vraie femme. Donc incapable de se mouvoir en toute liberté comme un homme. Luttes des femmes obligent, l’hétérosexualité s’est libéralisée ces dernières années. Depuis 1970 les femmes hétérosexuelles (et les autres) sont autorisées à porter pantalons et accessoires masculins dès le lycée. Mais seules celles qui respectent les codes érotiques masculins seront déclarées « sexy ». Elles peuvent alors disposer des quelques bribes de confort (appelées galanterie) proposées par les hommes hétérosexuels en compensation de l’infirmité sociale qu’elles mettent volontairement en scène. La femme hétérosexuelle peut aussi, quand l’esthétisme cesse de faire de l’effet à « son » homme se valoriser en devenant une épouse et/ou une mère accomplies. C’est-à-dire une boniche, non payées, à disposition de ses proches et de leur allié-e-s. La femme hétérosexuelle est sensée, si elle est normale, y trouver beaucoup de plaisirs. C’est pour elles que l’hétérosexualité a inventé « l’amour maternel » [Voir le livre d’Elisabeth Badinter, L’amour en plus. Histoire de l’amour maternel (XVIIe – XXe siècle), Flammarion, 1980 ; LGF, réed., Flammarion, 2010).  

Les insoumis-e-s à l’hétérosexualité, ceux et celles qui n’arrivent pas à se soumettre à ses diktats ou qui les refusent, se voient contester de facto leur appartenance au groupe des hommes ou des femmes normaux et ordinaires. Ils et elles sont anormaux. Certain-e-s sont même enfermé-e-s, psychiatrisé-e-s, confronté-e-s aux électrochocs ou aux thérapies chimiques, voir pour les hommes tués par des hommes hétérosexuels qui s’amusent, y compris d’ailleurs parfois en les violant.

Ceux qui se donnent à voir comme des hommes efféminés, non-virils, gringalets seront soupçonnés d’en être, de ne pas en avoir. Bref d’être des « pédés », improductifs , parasites sociaux. On pourra s’amuser d’eux, les maltraiter pour montrer aux hommes normaux et hétérosexuels ce qu’il en coûte de vouloir se distinguer des codes hétéronormatifs. Il en ira de même avec les femmes qui ne conforment pas leur esthétisme aux codes érotiques masculins, celles qui n’acceptent pas d’être appropriées du regard par les vrais hommes, ou de leur servir de supports masturbatoires, de fantasmes pendant qu’ils oeuvrent sexuellement, pour une raison ou une autre, sur leur femme légitime. Les boudins, laiderons, cageots, grosses…, sans même parler des femmes à barbes ou à moustaches, celles qui refusent de se raser les poils aux jambes ou sous les bras, seront mis à l’écart du marché de l’hétérosexualité. Sauf exceptions, elles seront attribuées aux hommes hétérosexuels qui n’ont pas les moyens virils de séduire, ou payer de belles femmes. Ou mises du côté de la maternité rapide pour servir de main d’œuvre reproductive à l’espèce.Les personnes âgées (non reproductives) qui n’ont pas d’argent pour payer des sex-toys humains seront enfermé-e-s, sans droits, dans des mouroirs à vieux avec interdiction de sexualité. Les handicapé-e-s, les malades mentaux, seront traités de la même manière.

Ceux et celles qui s’insoumettent aux codes et injonctions sexuel-le-s définies par l’hétéronormativité seront aussi assimilées à des anormaux, des anormales. On surveillera leurs enfants des risques qu’ils courent en contact avec ces « pervers », On guettera leurs déviations comme on scrute des gens malades. De loin, avec répulsion et peurs de la contamination. Au mieux, ils et elles pourront être utiles dans le commerce du sexe pour amuser les hétérosexuel-le-s. Il en va ainsi des femmes à godes qui aiment prendre un hommes, des hommes soumis, des femme dominantes, des Maîtresses femmes, des partouzeurs et partouzeuses, des libertins et libertines, des triolistes et autres pervers du sexe et de la quéquette ou de la foufoune. Les hommes et femmes qui se pensent normaux et normales pourront parfois s’amuser à les copier. A la seule condition que cela soit exceptionnel, dans des lieux clos, et de bien spécifier qu’il s’agit d’une mascarade (passagère), que l’ordre hétéronormatif n’est pas contesté. Mais au contraire réaffirmé.

Parmi les homosexuel-le-s, les transgenres, seul-e-s, ceux et celles qui s’en excusent sans cesse, affirment une erreur de la nature (et du Bon Dieu) seront toléré-e-s. Encore faut-il qu’ils et elles crient bien fort leur virilité pénétrative pour les hommes, leur féminité et leur soumission pour les femmes. Celles-ci sont d’autant plus appréciées si elles laissent les hommes normaux donc hétérosexuels les mater, rêver qu’elles sont gouines par défaut d’Amant qui sache faire. Homme que beaucoup d’hommes hétérosexuels pensent pouvoir être. Les autres, les hommes efféminés, appelés « folles » et traités parfois comme telles, ceux qui aiment être pénétrés, ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas pénétrer les femmes normales donc hétérosexuelles, trouveront au mieux des occupations dans la prise en charge esthétique de ces femmes hétérosexuelles (manucures, coiffeurs, couturiers…) ou pourront servir d’ouvrage aux hommes hétérosexuels qui veulent s’amuser ou crier leurs manques., Quant aux hommasses, butchs, camionneuses, elles pourront s’excuser, expier, en se mettant au service des gens hétérosexuels normaux : bonnes sœurs, infirmières, gardiennes de refuges pour animaux, Saintes vierges de complément... Les autres seront mis à l’index de l’hétéronormativité…

Enfin, ceux et celles qui s’insoumettent aux codes sociaux hétéronormatifs, les hommes indécis, doux, timides, hésitants en permanence, ceux qui n’aiment pas se battre et refusent une quelconque fatalité pour les guerres, les femmes affirmatives, féministes, celles qui aiment le pouvoir et se battent comme les mecs, celles qui veulent nous faire croire qu’elles en ont, un immense « plafond de verre » limitera leurs prétentions sociales. Il ne faudrait surtout pas qu’elles atteignent les mêmes postes que les hommes hétérosexuels normaux.

Les rebelles à l’hétérosexualité et/ou à l’hétéronormativité, ceux et celles qui non seulement sont insoumis et insoumises à l’hétéronormativité, mais de plus le revendiquent. Les lesbiennes qui osent dire — à raison — qu’elle ne sont pas des femmes, les queers qui mettent en scène leurs différences et osent affirmer la non-primauté du modèle hétérosexuel, les insoumis-e-s du genre qui luttent contre l’hétéronormativité et ses codes de violences, d’appropriation des femmes, de stigmatisation des gais, des lesbiennes, des bi, des trans, les autres (les non-lesbiennes, les non-gais, les non-bi, les non-trans…) qui refusent pour une raison ou une autre, ou sans raison apparente, les codes, prescriptions, injonctions distillées jour après jour, et dans l’ensemble des espaces sociaux par l’hétéronormativité et son système de signes, de punitions, de récompenses, ses dragues merdiques et lourdes, ses obligations du couple hétérosexuel où seul l’homme peut jouir sans entrave, où la femme/mère/épouse est reléguée au travail domestique et à l’élevage des enfants, les intellectuel-le-s qui prétendent déconstruire le dispositif de sexualités et ses petites boîtes catégorielles…  seront regardé-e-s comme des apprentis terroristes. On fera courir toutes les rumeurs possibles sur leur compte pour décourager les hommes et les femmes hétérosexuel-le-s de les entendre, puis de les écouter.

 

 

 

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 06:21

Et les sexualités (20)

Bien évidemment je n’oppose pas le partage du travail domestique et l’évolution des sexualités, leurs diversités (21). Je constate juste là aussi les évolutions, la pluralité des modèles, et comment les analyses ne peuvent être simplistes et binaires. L’étude des sexualités, et plus particulièrement des rapports dits hétérosexuels entre hommes, et entre hommes et femmes, présentent plusieurs particularités. Comme pour le travail domestique, les socialisations différenciées des hommes et des femmes, la socialisation masculine par la pornographie (souvent sexiste, et réductrice des désirs) et la socialisation des femmes dans leur grande majorité dans les romans à l’eau de rose, donnent à voir à l’analyse une autre forme de double standard asymétrique où les attentes stéréotypées des garçons et des filles sont conformes aux rapports sociaux de sexe. Dans les modèles en œuvre, l’homme est actif et pénétrant, a appris à s’exciter devant des bouts de corps de femmes qu’il ne connaît pas, et distingue érotisme avec sa compagne et érotisme avec des femmes qui n’appartiennent pas à son quotidien, dont la figure de la prostituée est un exemple, comme celui de « la-salope-qui-aime-ça ». Les femmes étaient plus socialisées à attendre un tout-en-un, un homme qui soit tout à la fois bon mari, bon père, bon amant, bon ami… Une figure imaginaire qui ressemble à celle du prince charmant.

Le succès des nouvelles formes de libertinage encore imprégnées des moules de la domination masculine, mais où des femmes décident, comme les hommes, de s’amuser dans des sexualités récréatives, de revendiquer des formes non-reproductives de sexualité, est étonnant et demande à être investigué ; notamment pour comprendre en quoi il tend à se distinguer de l’échangisme. En ce sens, le taux de femmes pratiquant des fellations est intéressant. Comme le sont d’ailleurs les demandes de « gâteries » de certains conjoints qui prennent des formes a priori surprenantes. N’en déplaise aux moralistes victimologiques qui ne savent que réfléchir de manières hétérocentrées. Ainsi, que penser, et avec quels outils analyser, les demandes masculines croissantes de voir leur conjointe jouer avec leur anus ? Notons d’ailleurs que ces pratiques s’inscrivent dans une longue remise en cause des catégories ordinaires qui nous font penser les rapports entre hommes, et entre hommes et femmes. Dès 1992, nous signalions le succès des transgenres, ces belles femmes à pénis, sur les trottoirs lyonnais (22).

Remarquons aussi les avancées récentes majeures des recherches sur le thème des sexualités. Il ne suffit plus aujourd’hui dans une vision hétérocentrée (fut-elle libérale) de dire que les homos, les bi, les trans existent, de (parfois) les mentionner dans le texte. Comme, il y a quelque temps, on mentionnait que les textes sociologiques intégraient les femmes sans toutefois leur accorder une place égale aux analyses sur le général représentées par les hommes. Les études actuelles invitent à déconstruire l’hétérosexualité elle-même, son historicité, ses variations et l’hégémonie de ses modèles hétéronormatifs (23).

Publier les études et analyses sur les hommes pour favoriser connaissances et débats

Une autre étape semble absente des études sur les hommes et le masculin : la publication.

Peu de recherches critiques sur les hommes et le masculin, des réseaux de chercheure-s- sur cette question encore balbutiants et fragmentés. Les quelques spécialistes francophones qui centrent leurs travaux sur les hommes et le masculin ont, pour l’instant, complètement occulté la question de la publication, de la création d’un espace de débats qui permette de faire connaître les travaux, les discuter et pouvoir les diffuser. Souhaitons, puisque cette période est aussi celle des vœux, que ce manque soit rapidement comblé. Et ce, d’autant plus que le net offre de nouvelles possibilités.

Intervenir auprès des hommes dans une perspective critique de la Domination Masculine

Faut-il intervenir auprès des hommes ou, comme le laisse supposer notre polémiste (et d’autres hommes avec lui) refuser toute collaboration et se contenter de dénoncer les pratiques encore dominantes ? Telle est la question centrale qui traverse depuis maintenant 30 ans les groupes qui travaillent sur « la condition masculine ». En fait, tout est question de posture. Posture politique, professionnelle, et éthique.

Intervenir au non, et dans quel sens ? Trois courants de pensée transdisciplinaires occupent l’espace de débats.

1/ Souvent caractérisé de « masculinisme », le premier courant tend à symétriser situation des hommes et des femmes. Supporté en France par des associations de pères divorcés, et quelques personnalités dont Eric Zemmour, auteur du Premier Sexe (2006), cette posture tend à faire porter par les femmes, en particulier par le féminisme, la responsabilité des difficultés masculines : échec scolaire, violences, suicides… Ainsi sur les violences, prenant en exemple les violences masculines — et arguant de travaux de victimologie, en particulier une étude de Statistiques Canada, et un travail qualitatif de fin d’étude de travail social suisse requalifié de thèse (24) (Torrent, 2003) ce courant déclare que les hommes sont aussi violentés par les femmes que l’inverse. Ce courant propose globalement un retour aux valeurs patriarcales d’antan, faisant valoir que ce modèle de genre était moins anxiogène pour tous et toutes. Récemment, autour des « Congrès de la condition masculine - Paroles d'hommes » est apparue une nouvelle branche de ce courant qui, tout en symétrisant situation des hommes et des femmes notamment les discriminations subies, se définit comme « hoministes ». Si l’appel au premier congrès était particulièrement réactionnaire, certains textes suivants sont plus ambigus, notamment par la reconnaissance par certains participants à ces congrès de la domination masculine et de ses effets en termes de violences sur les femmes, de l’apport du féminisme…

2/ Le deuxième courant, soutenu en France par une frange autoproclamée « radicale » propose comme unique perspective aux hommes, comme dominants, de soutenir les femmes et le féminisme et de se taire sur les difficultés masculines analysées alors comme minimes, secondaires et sans réelles importances (Stoltenberg, 1989 ; Thiers-Vidal, Dufresne). Toute attitude autre, notamment l’exposé des difficultés de certains hommes est considérée comme une tentative de reprendre le pouvoir par des « mâles contestés ». Les hommes sont appelés à « rendre des comptes » aux féministes.

3/ Le troisième courant, qualifié de « masculinities », ou de « proféministe » [voir plus loin] est plus pragmatique. Les auteur-e-s de ce courant intègrent le cadre problématique de la domination masculine, l’articulation violences masculines/homophobie ; notamment dans les rapports entre hommes (25). Mais ils analysent aussi, de manière compréhensive, souvent en termes de rapports sociaux de sexe et de genre, la situation des garçons, et les évidentes difficultés d’adaptation de certains. Dans le travail social et l’intervention socio-éducative, ce courant propose la formation des intervenant-e-s et l’intervention spécifique auprès des hommes et des garçons (26). Problématisant les « résistances masculines au changement », ce courant auquel je rattache mes travaux refuse une attitude déterministe qui postule à la reproduction à l’identique de la domination masculine (Bourdieu, 1998). Les hommes et les femmes sont aussi sujets de leur histoire individuelle et collective, il est donc possible d’intervenir, d’accompagner et d’aider les hommes, tous les hommes, à s’adapter au nouveau contrat de genre qui refuse la domination masculine et ses conséquences en termes de violences, de discriminations, d’exclusions. Cette attitude présuppose que les hommes aussi ont intérêt aux changements. Ou qu’ils n’en ont pas le choix, et qu’ils doivent donc s’adapter.

En fait, et cela rappellera de vieux débats aux plus ancien-ne-s d’entre nous, le problème théorique qui sous-tend la question de l’intervention auprès des hommes, reprend un vieux débat des courants marxiste-léninistes des années 70 sur les liens entre « contradictions principales » (la contradiction capital/travail) et « contradictions secondaires » (dont la domination masculine des femmes). On sait maintenant le prix à payer pour l’humanité de telles positions léninistes qui ont proposé la soumission totale des dominants aux dominés et aux avant-gardes (politiques à l’époque, religieuses et sexuelles aujourd’hui) censées les représenter. En ce qui concerne les alliances entre dominants et dominé-e-s, il est sans doute plus heuristique d’aller chercher des références du côté des « blacks féministes », des mouvements queers, ou des débats provoqués par la chute de l’Apartheid en Afrique du Sud.

Mais quelle que soit la position théorique revendiquée, le travail spécifique ou non auprès des hommes et des garçons, est toujours prise de position sur le genre. La neutralité (axiologique ou autre) n’existe pas sur le genre. On est homme ou femme ou trans, et nos positions, nos actes, nos pensées sont toujours influencées par cette appartenance sociale (et sa socialisation spécifique). Or, un nombre important de pensées actuelles, de projets d’interventions sociales et socio-éducatives se présentent comme asexué-e-s. Au mieux depuis quelque temps, mainstreaming aidant (27), et de manière variable de pays en pays, on intègre la question des femmes et en particulier des violences et ségrégations qu’elles subissent. Les hommes, le masculin, sont alors absents des projets et des réflexions. C’est la position la plus commune dans le travail social en France actuellement. Sans le vouloir, ceux et celles qui adoptent une telle posture reprennent à leur compte les positions les plus radicales qui laissent supposer soit — que les hommes sont incapables de changer (sans doute les chromosomes ! (28)) ou qu’il est inintéressant de les voir changer (29) — soit qu’ils ne doivent pas changer. Les femmes changeront toutes seules ou il ne faut pas qu’elles changent et doivent revenir à la condition de femmes soumises.

J’aimerais montrer l’ineptie de telles positions en prenant les hommes violents en exemple.

Les hommes violents

On peut les qualifier de « batteurs de femmes » de « brutes domestiques » de « tyrans », c’est-à-dire continuer à les diaboliser et alimenter le mythe moderne sur les violences masculines domestiques qui permet aux « hommes violents ordinaires » de se déresponsabiliser (puisqu’ils ne ressemblent pas au portrait dressé par le mythe) tout en contrôlant leur proche par la violence, ou plus souvent, par la peur ressentie que cette violence réapparaisse.

Quelles que soient les polémiques, la violence masculine domestique sur les femmes concerne un homme sur dix ou, dans une définition plus restrictive comme le proposent Elisabeth Badinter ou Marcela Iacub (en se limitant aux seules violences physiques exercées dans les douze derniers mois (30)), un homme sur vingt vivant en couple hétérosexuel, soit près de 422 000 hommes. Or, l’accueil des hommes violents n’est toujours pas une vraie préoccupation des pouvoirs publics qui préfèrent mettre en avant des mesures coercitives et pénales. Même si quelques centres pour hommes violents continuent à exister (sans subventionnements pérennes), même si quelques groupes sont pris en charge par le secteur public (31).

Faut-il accueillir les hommes violents ? Faut-il les aider à changer ?

Certain-e-s nous expliquent depuis très longtemps que l’accueil des hommes violents est forcément collusion entre eux et les intervenants contre les femmes violentées, d’autres qu’il est impossible de les faire évoluer vers d’autres types de relations (32). C’est d’ailleurs de telles positions défendues par certaines spécialistes de la question qui expliquent le décalage entre la situation en France et dans d’autres pays industrialisés. Parmi les mouvements masculinistes, certain-e-s arguent du nombre prétendument égal d’hommes battus pour ne pas accueillir les hommes violents, ni d’ailleurs les hommes violentés. Bref, on reconnaît ici, sur cette question spécifique mais hautement symbolique, la traduction de l’éventail des positions politiques décrites plus haut.

 

Alors que faire des hommes violents ? Les mettre en prison ? Nous ne disposons que 60 000 places (environ) dans les prisons françaises (33). Le port du bracelet électronique, promu par les responsables politiques actuels, est satisfaisant dans les cas extrêmes, lorsque les vies de la conjointe et des enfants sont menacées, mais pas une solution généralisable. À moins d’évoluer vers un tout autre style de société. En tout cas, c’est faire peu de cas de la demande des femmes victimes de violences elles-mêmes. Les premières fois que j’ai entendu demander que des hommes aident les hommes violents à changer, c’est par des femmes violentées ; certaines conscientisées par le féminisme, d’autres non.

Si on peut comprendre la priorité donnée par des femmes militantes à l’accueil des femmes violentées, le silence des hommes est plus surprenant. Que pensent les 9 hommes sur 10 qui ne sont pas violents ? Avons-nous intérêts (et je m’adresse aux hommes progressistes) à nous satisfaire de la socialisation à la violence virile que nous subissons aussi comme garçons ? N’est-il pas temps que les hommes aussi — en dehors de tout procès d’intention — comprennent l’intérêt pour eux-mêmes, et pour leurs proches, de réduire les effets de la domination masculine aujourd’hui contestée ? L’accompagnement social de ces hommes (et de tous les hommes qui éprouvent des difficultés d’adaptation entre la norme virile et les réalités modernes) est une question d’actualité sur laquelle la France a un net retard par rapport à d’autres pays.

Sans le vouloir, ceux qui arguent que toute intervention spécifique auprès des hommes pour réduire les effets de la socialisation virile est réactionnaire, masculiniste, anti-femmes ou antiféministe sont, sans doute, les meilleurs soutiens du patriarcat et de l’immobilisme social.

Conclusion (provisoire)

Involontairement Yeun L-Y a peut-être ouvert une boîte de pandore. Non sur les critiques sur ma personne, personne n’est parfait et je reconnais bien volontiers des erreurs passées, mais sur la question hautement politique de la place des hommes aujourd’hui. Quelle femme peut se reconnaître dans les propositions théoriques que sous-tend son texte ? Qui a intérêt à éliminer les hommes et le masculin de la pensée, des activités, de la vie ? Quel homme peut se laisser caricaturer à l’extrême ? À la lecture du texte, on se croit revenu trente ou quarante années en arrière. Outre le ton qui n’est pas s’en rappeler les guerres viriles qui se jouent entre hommes, tout ce qui ne victimise pas les femmes est occulté. Comme si l’objectif de l’article n’est pas une critique permettant d’avancer dans la compréhension de ce que vivent les hommes, mais juste de confirmer les femmes dans leur place d’éternelles victimes, et de dire aux hommes : TAISEZ VOUS ! Vous n’existez pas comme des personnes, des individus capables d’aimer, de douter, de s’allier aux luttes des dominé-e-s… On reconnaît ici le discours suicidaire adopté par d’autres dans le passé.

Pour ma part, je fais partie de ces hommes qui se sont toujours considérés comme alliés des femmes qui luttaient pour l’égalité. Et nous sommes un certain nombre à avoir fait des choix précis, notamment dans la promotion de méthodes de contraceptions masculines, l’accueil des hommes violents, l’intervention sur la santé des hommes. Sommes nous proféministes ? féministes ? Antisexistes ? Pragmatiques ? Les débats dans le pôle naissant des masculinities, regroupant des universitaires francophones est en cours. Un long travail d’épistémologie reste à faire, et pas uniquement pour trouver un étendard ou un label communs.

En 1995, avec quelques amis, nous avions créé le Réseau Européen des Hommes Proféministes (34) qui n’a, manifestement, pas rencontré un succès important. On peut bien sûr dire que les hommes dominants, pourvu de privilèges du fait d’être hommes, n’ayant pas intérêt à lutter contre la domination masculine, il est logique que de telles propositions ne reçoivent pas des adhésions massives. L’explication n’est pas fausse en soi, mais un peu facile et rapide. A posteriori, j’ai aussi l’impression que nous nous adressions plus aux femmes qu’aux hommes. Comme pour montrer des signes de distinction avec la masculinité hégémonique. Peut-être aussi que la période ne permettait pas d’aller plus loin. Toujours est-il que la situation a changé dans le monde militant comme dans le monde universitaire et académique. Et heureusement !

C’est ainsi que, du côté militant, de multiples initiatives apparaissent aujourd’hui, de manière mixte, ou du côté des hommes. « Mixité », « Ni putes, ni soumises » sont les plus connus. Mais, elles ne sont pas les seules, autour des mouvements squats, comme du côté des mouvances LGBT, queer, ou TransPédéGouines, nombreuses sont les mobilisations mixtes contre le sexisme, l’homophobie. Le cinéaste Patrick Jean a d’ailleurs initié un « appel des hommes contre la domination masculine (36) ».

Les analyses critiques du masculin hégémonique comme constitutif de l’ordre de genre hétéronormatif, de la domination masculine sur les femmes, de l’aliénation des hommes eux-mêmes, la prise en compte des effets délétères des socialisations hiérarchisées et asymétriques des hommes et des femmes… progressent. Y compris du côté des hommes. Il faut s’en féliciter. Souhaitons que les débats nécessaires, y compris entre personnes socialisées en mecs, ne soient pas une nouvelle occasion de rejouer une guerre virile où les femmes, une nouvelle fois, sont les jouets symboliques des luttes entre hommes pour être le meilleur.

 

Toulouse, le 22 janvier 2010.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 06:02
 

Pour répondre au texte de Yeun L-Y dans une tribune publiée

sur le site LMSI le 27 décembre 2009 …

Il faut débattre des hommes, étudier les hommes,

et intervenir auprès des hommes dans une perspective de genre

Daniel Welzer-Lang

Professeur de sociologie, Université Toulouse le Mirail

Auteur de : Nous, les mecs… essai sur le trouble actuel des hommes, Paris, Payot (2009).

À l’opposé d’une position, heureusement encore minoritaire exprimée de manière polémique par Yeun L-Y dans une tribune publiée sur le site LMSI le 27 décembre 2009(1), et profitant du débat ainsi créé, il me semble important d’affirmer aujourd’hui différents principes concernant les rapports hommes/femmes vus du côté des hommes.

Débattre sur les hommes, le masculin, le genre

Hommes progressistes, convaincus de la nécessité de l’égalité entre les hommes et les femmes, nous devons parler des hommes, donc de nous, et parler aussi aux hommes. Dans toute la diversité que représentent nos courants de pensée et d’agir, il nous faut accompagner la fin de la domination masculine (2). Ces débats concernent tous les hommes, ceux qui se déclarent opposés à toutes les dominations, mais n’évoquent pas leurs conditions particulières d’hommes(3), ceux qui ont encore à souffrir des effets du sexisme et de l’homophobie ou de la transphobie, ceux qui, à tort ou à raison, se sentent floués par certains effets délétères de politiques pourtant égalitaires. Ces débats concernent aussi tous les hommes, tous les garçons qui jour après jour essaient avec des femmes de bricoler et d’inventer des modes de vie qui prennent en compte les nouvelles donnes actuelles : l’individualisme, la crise actuelle du couple et les recompositions des formes familiales, le racisme post-colonial qui tente d’empêcher des personnes de s’aimer, les difficultés des entreprises, des universités, des associations et des organisations syndicales à traduire l’égalité de genre dans le monde du travail (parité hommes/femmes, égalité des salaires, prises en compte des diversités, qu’elle soient sexuelles, genrées ou d’origines sociales). Mais ces débats sont aussi essentiels à ceux qui résistent à l’égalité et au changement. Ceux qui doutent, qui ne savent plus, ceux qui sont déstabilisés dans leurs certitudes mâles(4). Aucune personne progressiste, aucun mouvement égalitariste, n’a intérêt à les voir se tourner vers les sirènes masculinistes qui accusent les femmes, le féminisme, les mouvements LGBT (5) de tous les maux de la terre.

À l’opposé de l’idéologisme (6), fut-il énoncé au nom de valeurs dites féministes par certaines personnes, il nous faut collectivement prendre acte de l’extraordinaire période de transition historique que nous sommes tous et toutes en train de vivre concernant les rapports sociaux de genre et de sexe qui lient les hommes entre eux, les hommes et les femmes (7). Non, toute parole masculine ne vise pas à lutter contre les conquêtes obtenues de hautes luttes par les femmes pour leur égalité, les luttes contre les violences masculines et sexistes. Contrairement au texte de Yeun L-Y (que l’on présuppose être un garçon), les hommes doivent quitter le traditionnel silence (8) sur leurs conditions de vie, au travail, à la maison, et ce, quels que soient leurs modes de vie. Qu’ils soient seuls, en couple avec une femme ou un homme, ou qu’ils vivent autrement.

Étudier les hommes dans un perspective de genre

Avouons notre grande méconnaissance des hommes, des dominants. D’une part, comme l’ont montré des anthropologues comme Maurice Godelier et Nicole-Claude Mathieu, parce que les dominations sont toujours structurées sur une opacité et des secrets sur ce que vivent réellement les dominants. Mais aussi dans cette époque où, même avec des problèmes dus à des discriminations persistantes, la mixité progresse (à l’école, dans le monde du travail salarié…), les hommes chercheurs ne semblent pas pressés de dévoiler les secrets qui perpétuent les dominations (9).

Pourtant la connaissance fine de l’évolution des rapports sociaux de genre, des avancées ou des régressions sur l’égalité de genre est une donne indispensable pour étayer les politiques publiques favorables à la parité, à l’égalité, orienter ou réorienter l’accompagnement des femmes et des hommes, voire pour pouvoir débattre entre hommes et femmes de nos vies, et des luttes à mettre en place contre le sexisme.

Pour une méthode pour travailler sur les hommes et le masculin

Dans cette période marquée par le manque d’analyses diversifiées sur ce que vivent, pensent, rêvent et actent les hommes, la méthode doit clairement être compréhensive et s’approcher au plus près possible des hommes eux-mêmes (10). D’autant plus qu’un effet direct des luttes égalitaristes n’est pas toujours le changement souhaité, mais aussi la culpabilité, la honte de pratiques aujourd’hui dénoncées comme oppressives par certain-e-s ; ringardes, machos ou obsolètes par d’autres. Quant aux nouvelles formes de pratiques masculines, celles forgées dans le bricolage du quotidien, elles sont aussi souvent invisibilisées par les statistiques hétérocentrées où, en définitive, les pratiques hors le couple hétérosexuel normatif, il n’y a point de salut. Les méthodes développées par l’ethnographie, la microsociologie, les méthodes qualitatives sont souvent plus adaptées pour approcher de plus près ce que font les personnes, et le sens qu’ils/elles y mettent. D’autant plus sur des thèmes (le quotidien, l’intime…) où les hommes ont peu de mots pour (se) dire.

Alors bien sûr, adopter de telles méthodes — ce qui n’est pas évident pour tout le monde —impose de s’approcher au plus près des hommes, devenir leur confident, échanger du sensible. C’est ainsi que j’ai pu parler et décrire dès 1990 les « souffrances de l’homme violent ». On ne peut pas, et l’on ne doit pas, réduire une personne, fut-elle dominante, oppressive, à ses actes (11). C’est aussi à la même époque que pour comprendre comment vivaient chez eux des hommes qui s’affichaient différents des stéréotypes sexistes que nous nous y sommes installés pour quelques jours avec notre carnet de notes (Welzer-Lang, Filiod, 1993). J’ai longtemps regretté de ne pas pouvoir mener à bien mes projets de me faire enfermer en prison quelques mois pour mon enquête sur les abus sexuels en prison (1996). Bref, face à un sujet complexe à saisir avec l’appareillage classique des sociologues, il faut savoir mettre en œuvre de l’inventivité, de la création. La sociologie réfère aussi à l’art.

Les descriptions qui en suivent mettent les hommes au centre de la description et de l’analyse. Ce n’est pas pour autant des analyses androcentriques, ni de l’ « androcentrisme méthodologique » (13) dans la mesure où les analyses dans une problématique de genre, et de rapports sociaux de sexe — même celles qui donnent à lire des effets délétères des luttes égalitaires sur certains hommes — contextualisent la construction sociale de telles situations (14). Si chaque analyse sur les femmes, où seules les femmes sont analysées, décrites, devait être caractérisée de sexisme, il resterait peu de textes à étudier en études genre !

Les écueils à éviter dans les études sur les hommes et le masculin

1 – Le simplisme de la pensée

Une méthode contre-productive, largement utilisée par le polémiste (et par d’autres) consiste à dire : « ils sont peu : ils n’existent pas », ou « ce phénomène étant minoritaire, il n’existe pas, ou n’est pas digne d’intérêt ». Et c’est ainsi qu’au long du texte de Yeun L-Y nous apprenons des vérités essentielles sur les hommes : « C’est en effet activement (consciemment ou non) que les hommes refusent de se souvenir du RDV de l’enfant chez le médecin, de prendre soin de leur entourage, de préparer la bouffe ou de nettoyer les toilettes ». Que le polémiste décrive une partie des hommes qui vivent avec des femmes est une évidence ; les homosexuels étant peu nombreux, ils n’ont pas non plus droit à apparaître dans l’analyse, comme les 13% d’hommes qui vivent seuls. (...), ni les 15% de familles monoparentales dirigées par un homme. Mais peut-on TOUT réduire aux pratiques les plus caricaturales ? Déjà dans Nous les mecs, je signalais l’absurdité de sentences définitives qui ne s’appuient pas sur des travaux actuels. Notamment je critiquais une sociologue qui a récemment déclaré : « « A un père affirmant “je suis un père autant que la mère”, je demanderais quand a été fait le dernier vaccin, quelle est sa pointure, à quand remonte sa dernière visite chez le dentiste, quel est le dernier bouquin qu’il a lu, le nom de son meilleur copain d’école… ». Que cette sociologue ne croit pas que les hommes sont capables de s’occuper des enfants est une chose, qu’elle généralise des travaux empiriques menés il y a une vingtaine d’années pour étayer sa démonstration, en est une autre.

Si l’ensemble des sociologues sont — aujourd’hui — d’accord pour dire que le cadre général des rapports entre hommes et femmes se situe dans une problématique de domination masculine, la plupart s’accordent aussi pour vouloir étudier plus finement comment la domination masculine « bouge », se recompose, se transforme. Sous l’effet des luttes féministes (ou qualifiées comme telles), mais aussi par la transformation de nos sociétés, l’articulation entre les rapports sociaux de sexe et les autres rapports sociaux : les classes sociales, ceux créés par la racialisation de la question sociale (Dorlin, 2008 ; Fassin, 2009 ; Guenif-Souilamas, Macé, 2004), l’âge… La domination masculine ne se reproduit jamais à l’identique. C’est d’ailleurs pour disposer d’outils plus fins pour analyser les transformations des conditions de cette même domination masculine que la plupart des collègues féministes ont développé des analyses en termes de rapports sociaux de sexe, et rapports sociaux de genre.

Le simplisme de la pensée qui vise à ne présenter les hommes comme un groupe d’ « objets » inanimés, incapables — y compris par calcul objectif — de s’adapter aux nouvelles donnes créées par les remises en cause de la domination masculine, est une analyse asociale qui essentialise et naturalise le masculin.

2 – Mettre les marges au centre

Contre le réductionnisme de la pensée et de la recherche, ceux et celles qui veulent étudier les hommes et le masculin doivent adopter l’attitude inverse.

Les études empiriques doivent intégrer le double mouvement observable chez les hommes aujourd’hui. D’une part, la redéfinition de rapports sociaux de sexe et de genre. Pour cela, il faut chercher les tendances émergentes, traquer les nouveaux mode de vie des hommes pour les étudier, regarder les bricolages quotidiens qu’effectuent aujourd’hui les couples hétérosexuels, essayer de les analyser sur un temps long pour éviter les clichés réducteurs, décortiquer les « nouveaux pères », observer les collectifs de logements (des manières alternatives de vivre ensemble), étudier les rapports hommes/hommes (15), interroger le hommes qui vivent en couple homosexuel, ceux qui vivent seuls, inventorier les dispositifs empiriques mis en place par certains pour articuler travail professionnel et vie personnelle… Mais cela ne suffit pas.

Dans le même temps, il faut étudier les formes actuelles de résistances masculines au changement : analyser le virilisme adopté par certains hommes face aux demande de changements, continuer à comprendre les phénomènes de violences masculines domestiques, y compris celles en œuvre dans des couples non hétéronormatifs ou celles mise en œuvre par les femmes contre les hommes (16), étudier ce qui se passe du côté de ceux qui, pour une raison ou une autre, se déclarent « victimes » des politiques égalitaires, notamment certains pères divorcés (17)…, critiquer les écrits réactionnaires qui commencent à apparaître qui vise à généraliser quelques exemples pour déconsidérer la marche actuelle vers l’égalité des sexes.

Bref, il faut mettre les marges au centre de nos analyses pour affiner la compréhension de ce qui se passe aujourd’hui dans nos sociétés.

3 – Intégrer la complexité du social

Une grande partie des travaux actuels des études genre concerne les femmes, et minoritairement les hommes. Mettre, quand c’est possible, ces travaux en perspective, comparer les pratiques et les représentations est alors fort intéressant. Cela nous donne à voir la complexité du social, comment en dehors des affirmations péremptoires et dogmatiques, hommes et femmes ne sont pas des en-soi séparés, mais des catégories sociales construites dans et par les rapports sociaux de sexe et genre. C’est ainsi que j’ai pu montrer que des « doubles standards asymétriques » étaient en œuvre dans un certain nombre de confrontations quotidiennes entre hommes et femmes. Ainsi, les violences masculines domestiques sont définies différemment par les hommes violents (mais cela marche aussi avec les femmes violentes, les parents violents) et les femmes violentées (ou les hommes violentés, les enfants subissant ces violences). Et, surprise de l’analyse, dans un couple non conscientisé par le féminisme, les hommes dès qu’ils ont quitté le déni (catégorie propre aux dominants), explicitent plus de violences qu’en a repéré leur compagne.

Dans l’espace domestique, là où les hommes étaient généralement absents et/ou exclus, l’analyse du « propre et du rangé » ouvre sur des formes de réflexions qui manifestement n’ont pas l’air de plaire à ceux qui veulent victimiser les femmes partout et sur tout. Dans un espace traditionnel (18), les femmes, mises en situation de compagne et/ou de mère, nettoient avant que cela soit sale. Elles sont préventives. Et ceci pour maintes raisons liées aux apprentissages sociaux, mais aussi parce que nos sociétés patriarcales ont l’habitude d’assimiler l’intérieur psychique d’une femme/mère à ce qu’elle donne à voir dans la gestion du propre et du rangé « chez elle ». « Si c’est sale chez elle, c’est sale, en elle » semble dire la maxime. Et cela même si, avec un peu de raison, chacun-e peut s’accorder sur le fait que propre, rangé, désordre sont des notions hautement culturelles qui varient d’une région à l’autre, d’une époque à une autre et en fonction de plein d’autres facteurs comme les conditions géographiques et météorologiques. N’empêche, cette menace d’être déconsidérée fonctionne pour une partie importante des femmes. Pour les hommes, en tout cas pour ceux qui prennent en charge tout ou partie du travail domestique, ceux qui ne sont pas majoritaires mais qui existent tout de même, ces habitus genrés n’existent pas. Eux ont plutôt été éduqués à ne pas trop déranger quand leurs sœurs apprenaient les règles du ménage. Eux nettoient quand ils « voient » ou quand « ils sentent » que c’est sale. Ils sont curatifs. On comprend très vite les difficultés que rencontre un couple hétérosexuel qui se veut égalitaire et, par exemple, alterner la mise en actes du ménage. Quand c’est à la compagne, pas de problème. Quand c’est au tour de l’homme… Lui n’a pas encore perçu qu’il devait le faire, elle attend qu’il le fasse. Parfois cela se traduit par une double charge mentale pour elle. Parfois même (je l’ai observé directement), elle préfère faire à sa place. Car une des particularité du sale est qu’on a beau savoir qu’il est catégorie culturelle, variable, il nous envahit ; mentalement, physiquement, émotionnellement… Bien sûr cela n’est pas non plus généralisable à TOUS les hommes, et à tous les couples égalitaires. Certaines femmes affichent fièrement un désordre comme preuve de leur insoumission à l’ordre hétéronormatif patriarcal. Des hommes se font un point d’honneur à éviter toute saleté dans leur espace domestique, qu’ils vivent seuls ou non.

Ce type d’étude sur les hommes et le masculin qui interroge le sens commun, déconstruit les évidences genrées, constitue un enrichissement des études genre. Elles permettent tout à la fois d’alimenter la marche vers l’égalité. De comprendre l’intérêt de discuter entre hommes et femmes, sans catégories préconstruites incrustées dans un ça va de soi qui tend, qu’on le veuille ou non, à reproduire des formes classiques de domination masculine. Plus loin, elles permettent aussi d’interroger les bénéfices secondaires accordées aux compagnes et mères, le prix que celles-ci paient ces bénéfices secondaires en termes de charge mentale, et en charge de travail réel, mais aussi d’essayer de comprendre en quoi cette forme d’oppression, d’aliénation est aussi productrice de plaisirs. J’ai proposé de caractériser les plaisirs liés à cette contrainte de libido maternandi. D’où mes interrogations sur les statistiques qui concernent le « partage » du travail domestique et qui évoluent si dramatiquement dans une perspective égalitaire. Et cette question iconoclaste qui semble déplaire. Alors que les hommes en font si peu, pourquoi les femmes en font-elles tant (19) ?. Ou : tout le travail domestique réalisé est-il utile ?

En dehors des questions qui semblent fâcher le polémiste, nous nous trouvons confronté-e-s à un débat très complexe sur le juste, le vrai. Dans une perspective égalitaire partagée, les hommes doivent-ils copier ce que font les femmes ? Les femmes doivent-elle adopter les attitudes masculines ? En fait, comme nous l’expliquons par ailleurs (Welzer-Lang, Le Quentrec, Corbière, Meidani, Pioro, 2005), les questions semblent se résoudre pragmatiquement par les mises en couple successives. Que ce soit en termes de « partage » du travail domestique, en termes de pressions sur le propre et le rangé qu’intériorisent les compagnes, en termes de frustrations subies par l’homme qui s’estime non reconnu, il vaut mieux être la seconde compagne que la première, le second compagnon que le premier. Et les hommes sont quasi unanimes pour dire qu’une période de vie solo, entre deux couples, leur a été salutaire pour pouvoir «négocier » avec leur (nouvelle) compagne. Je n’insisterai pas ici plus longuement, mais on trouve des phénomènes similaires sur l’exercice réel de la paternité où un certain nombre d’hommes apprécient de prendre de la distance avec la mère de leurs enfants pour ne pas « subir » un regard jugeant qu’à tort ou raison, ils interprètent comme une méfiance sur leurs capacités.

(1) Yeun L-Y propose un texte concernant mon dernier livre « Nous, les mecs, essai sur le trouble actuel des hommes » paru en 2009 aux éditions Payot (Paris) [http://lmsi.net/spip.php?article988]. Son texte, qui aborde globalement les questions liées aux hommes et au masculin, est une chance de débat. En ce sens il faut le remercier de l’avoir ouvert. Toutefois, l’objectif de mon article dépasse très largement la controverse ouverte. J’utiliserai donc les notes de bas de page pour répondre à certaines contrevérités qu’il me prête dans mon livre qui, je le rappelle, s’est voulu travail de vulgarisation. Les fondements théoriques de mes travaux ont été plus largement exposés dans : Les hommes violents (1991, 1996, 2005), Les hommes aussi changent (2004), Des hommes et du masculin (2008). Une bibliographie (presque) complète est disponible à http://w3.univ-tlse2.fr/cers/annuaires/fiches_indivi/permanents/Daniel_Welzer_Lang.htm. En ce qui concerne mes affaires plus privées et la pseudo « perte » du procès en diffamation que j’ai provoqué, on se reportera à mon blog : http://daniel.welzer-lang.over-blog.fr/.

(2) La fin de la domination masculine est, bien entendu, une perspective historique qui n’est pas — et c’est bien dommage — immédiate. Identifier, nommer un phénomène, le déconstruire, en comprendre les tenants et les aboutissants, lutter contre ses effets, le chiffrer et suivre son évolution, penser l’après-phénomène… sont quelques-unes des conditions qui accompagnent sa transformation. Créer les conditions d’un consensus pour qu’il disparaisse ne peut que le faciliter. Remarquons d’ailleurs que cette perspective a déjà été énoncée par d’autres auteur-e-s (Badinter, Delphy).

(3)Curieux comme la gauche de la gauche est aussi silencieuse sur cette question, le site LMSI compris. Des femmes et quelques rares hommes ont critiqué le virilisme de certaines formes de militantisme, des hommes et des femmes, l’homophobie de certaines organisations. Des militants participent aux manifestations féministes (quelle qu’en soit la diversité), mais… on les entend rarement parler comme homme(s).

(4)Je préfère parler du « trouble actuel des hommes » que de «  crise de l’identité masculine ». La déstabilisation de la domination masculine par les luttes de femmes et certains de leurs alliés masculins, la remise en cause de privilèges accordés aux hommes, modifient leurs statuts. Le constater, comme d’ailleurs évoquer la souffrance de certains, ne constituent pas, en soi, une attitude réactionnaire. Réduire les analyses sur le masculin à ces termes, et plus loin accuser les femmes d’en être responsables : oui.

(5) LGBT : pour, lesbiennes, gais, bisexuel-le-s, transgenres.

(6) L’idéologisme consiste non à se revendiquer d’une forme de pensée critique en « isme » (marxisme, féminisme, anti-colonialisme…), mais au nom de cette pensée critique s’arc-bouter sur des affirmations péremptoires qui ne traduisent pas des réalités matérielles et sociales mais visent à consolider une idéologie.

(7) Yeun l-y à raison rappelle « qu’il n’y a pas de masculinité, quelle qu’elle soit, sans domination des femmes et sans hiérarchisation bi-catégorisante ». La perspective théorique de la fin du genre signifie la disparition du masculin et du féminin pris comme constructions asymétriques et consubstantielles du genre, i.e. du système socio-politique du genre qui produit domination des femmes par les hommes, du féminin par le masculin, discriminations et oppressions des personnes qui ne se situent pas dans l’hétéronorme censée symboliser la coexistence du masculin et du féminin, aliénation des hommes [Bourdieu disait domination] par le même système qui les créent comme hommes, donc comme dominants… Dans ce sens des concepts comme la parité, l’égalité, la non-discrimination… ne sont que des concepts temporaires liés historiquement à la période anthropologique actuelle. Vouloir disqualifier le doute, la recherche compréhensive sur la complexité des phénomènes actuels, en affirmant de manière péremptoire et virile : « l’égalité est là ou non », est absurde. Lorsque l’égalité sera réalisée totalement, il n’y aura plus de catégories figées hommes/femmes, de tiroirs opposés masculin/féminin, plus de domination masculine. Gageons d’ailleurs que contrairement aux illusions populistes qui font porter aux femmes (ou aux dominé-e-s) l’avenir d’une humanité douce et heureuse, l’égalité signifiera que des (ex)dominées feront dans une proportion similaire aux (ex)dominants les mêmes horreurs (guerres, meurtres…). Sauf que l’appartenance de sexe, de genre, ne sera plus significative pour savoir qui fait quoi. Quand l’égalité sera là, il n’y aura plus de genre. Les théories et mouvements queer, par le travail incessant de déconstructions des catégories [pseudo] identitaires ouvrent d’ailleurs sans doute un voile sur ce que pourra être l’après genre. Ce que Christine Delphy nommait le « non-genre » (1991), que je qualifie de « tout genre ».

(8) Mais dire que tous les hommes sont silencieux sur le sujet pour garder leurs privilèges, pour que les femmes s’occupent d’eux (travail relationnel), constitue un raccourci paresseux de la pensée. C’est en partie juste, mais seulement en partie. Comme beaucoup d’exemples pris dans le texte, nous avons à faire avec une analyse anhistorique, des affirmations qui n’intègrent pas les luttes pour l ‘égalité menées depuis plusieurs décennies ; luttes qui ont contestées la suprématie masculine avec un certain succès. Oui, les hommes sont encore majoritairement silencieux sur leur intime. En comprendre le sens demande de faire un détour dans la socialisation masculine. Le silence est d’abord un habitus appris aux hommes dans leur socialisation dans la maison-des-hommes (dans leur éducation entre pairs, entre garçons, à l’abri du regard des femmes). Ne pas parler de soi, et remplacer ces paroles par des échanges autour des thèmes (signes) renforçant la virilité (sports, voitures, guerres entre hommes, filles…) est, dans la construction du masculin normatif, une manière de se distinguer des femmes et de leurs équivalents symboliques que sont les homosexuels (homophobie oblige). Aujourd’hui beaucoup d’hommes disent en souffrir et vouloir le changer. Il n’y a qu’à voir le succès des thérapies new-age où l’on apprend aux hommes à parler d’eux, de leur intériorité, pour s’en convaincre. Si, comme le montrent les travaux de Christophe Desjours (1998), la normopathie virile est convoquée contre la peur, la honte (du sale boulot), le danger, il est abusif de réduire TOUS les hommes à cela. Certains (ce sont nos travaux de recherche qui le montrent) par des moyens empiriques essaient de quitter ce corset de la virilité, y compris je suppose, parmi les amis du site LMSI.

D’après les linguistes, il faut plusieurs siècles pour changer une langue, notamment la féminiser, la désandrocentrer. Le silence persistant des hommes, preuve de la différence masculin/féminin naturalisée, est aussi, sans doute, un signe de la transition historique actuelle. Beaucoup d’hommes veulent parler ou disent vouloir parler. Mais nombreux sont ceux qui signalent alors qu’ils n’ont pas de mots adéquats pour dire les choses de l’intime. A nous pédagogues progressistes de les y aider.

(9) Ce point est essentiel. Peu d’hommes sont engagés dans des travaux pour déconstruire le masculin, expliciter et analyser les hommes. Les causes sont multiples : le peu de valorisation académique qu’ont reçu les premiers travaux critiques sur la domination masculine dans les sciences sociales, et à contrario aujourd’hui, l’extrême compétition dans un secteur où beaucoup de jeunes chercheur-e-s arrivent et peu de postes de titulaires leur sont offerts. Le texte de Yeun L-Y qui nous explique aujourd’hui que tout travail compréhensif d’ethnographie ou de microsociologie sur les hommes ne viserait qu’à consolider la domination masculine ne va pas arranger les choses.

Pourtant depuis longtemps les sociologues féministes appellent à des travaux critiques pour connaître ce que vivent les hommes (Devreux, 1985 ; Daune-Richard, Devreux 1986 ; Mathieu, 1973, 1985). La déconstruction du masculin, l’analyse critique que propose l’analyse genre sur les hommes est — j’en reste persuadé — un bon moyen efficace de lutter contre la violence symbolique que subissent les femmes, de déconstruire leurs croyances  et illusions créées par l’idéel de la domination masculine. Ainsi, les travaux de Said Bouamama sur les clients de la prostitution (2004), comme ceux que nous avons menés sur les mêmes thèmes dans le commerce du sexe ou l’échangisme (2005) désillusionnent les femmes qui veulent croire que leur conjoint est différent des autres hommes.

L’étude critique des hommes et du masculin, et dans cette période de pénuries de connaissances situées, la multiplication de publications de « moments ethnographiques » (Connell, 1995), permet aussi de saisir finement la double construction du social que provoque la domination masculine. J’en donnerai des exemples plus loin. Comme l’explique Nicole-Claude Mathieu : dominants et dominées ne partagent pas les mêmes représentations (1985, 1991).

(10) Sur la posture compréhensive, voir les travaux de Goffman dans L’arrangement des sexes (2002), de Georg Simmel (1908, 1999).

(11)  À l’époque cela n’avait pas provoqué des cris d’Offraie. Il faut dire qu’à cette période, les hommes qui déconstruisaient la domination masculine étaient nettement moins nombreux. C’est aussi un signe du changement.

(12) Est-ce de l’empathie sexiste ?

Décrire « les souffrances » des hommes, dire les doutes de certains, déconstruire les logiques complexes, contradictoires et parfois paradoxales des (toujours) dominants, contextualiser ces propos dans la marche vers l’égalité, la lutte contre les violences masculines, n’est pas, bien sûr de l’empathie sexiste. N’en déplaise à tous les léninistes de la pensée. Décrire les conditions particulières des hommes, ou de certains d’entre eux, permet d’illustrer ce qu’est, ou peut être, l’aliénation masculine. Soyons réalistes et pragmatiques. Les formules dites (à tort ou à raison) radicales pour dénoncer la domination masculine se sont d’abord (et c’est logique, et propre à toutes les luttes des personnes mises en situation de domination) adressées aux femmes. Les hommes, même ceux qui ont toujours été favorables à l’égalité ont eu du mal à les entendre, à les comprendre. D’une part, parce que quand les dominées parlent, les dominants entendent souvent du bruit. La croyance que les femmes jacassent est encore bien vivante. Mais, plus loin, parce que cela semblait ne pas les concerner. Décrire la vie des hommes permet de donner du corps, des larmes, des émotions aux analyses sociales. Outre que cela permet de lutter contre la moralisation des analyses sociales (tout traduire par une perception du bien et du mal), c’est un travail de traduction qui doivent faire les hommes progressistes, et notamment les sociologues, parallèlement aux mobilisations des femmes. Que le polémiste pense que l’on est, alors, loin DU féminisme (comme si le féminisme était unique, décrété par un parti, une église, ou par décret) est un autre débat.

Pour ma part, j’ai souvent rencontré, ou reçu, des témoignages de femmes qui m’ont remercié pour de telles descriptions qui permettaient, tout en refusant domination et violences, de mettre des mots sur du ressenti.

(13)  Est-ce de l’androcentrisme méthodologique ?

Rappelons ce que j’ai publié en 2004 en ce qui concerne la définition de l’androcentrisme.

Nicole-Claude Mathieu (1985) — dans un texte peu connu avant sa réédition en 1991 — reprend à propos de l'androcentrisme, appelé quelquefois dans la littérature « sexual bias », « mâle bias » « male-centeredness » , « viricentrism ».., la définition proposée par Molyneux (1977).

Par androcentrisme j'entends un biais théorique et idéologique qui se centre principalement et parfois exclusivement sur les sujets hommes (male subjects) et sur les rapports qui sont établis entre eux. Dans les sciences sociales, ceci signifie la tendance à exclure les femmes des études historiques et sociologiques et à accorder une attention inadéquate aux rapports sociaux dans lesquels elles sont situées. L'androcentrisme peut se concevoir comme un glissement idéologique de la part de l'auteur, mais ce glissement a des effets théoriques qui sont transférés au texte. C'est pourquoi il est légitime de parler à la fois de l'androcentrisme du sujet-auteur et de l'androcentrisme de tel texte ou de telle théorie (Molyneux, 1977 : . 78-79).

La conséquence en est que (p.55) : « La (...) non-considération des rapports sociaux dans lesquels les agents-femmes sont impliqués veut dire que certains rapports sociaux cruciaux sont mal identifiés et d'autre pas identifiés du tout. Ceci (...) pervertit nécessairement les arguments avancés quant aux caractéristiques générales de la formation (sociale et économique) en cause ».

Cette définition m'a d'emblée parue pertinente dans l'explication des biais concernant la non-prise en considération des femmes, « la tendance à exclure les femmes des études historiques et sociologiques et à accorder une attention inadéquate aux rapports sociaux dans lesquels elles ont situées ». Toutefois, dès que l'on adopte un point de vue masculin critique sur le masculin, l'autre terme du rapport social, on voit aisément que l'androcentrisme consiste aussi :

… à participer d'une mystification collective visant pour les hommes, à se centrer sur les activités extérieures, les luttes de pouvoir, la concurrence, les lieux, places et activités où ils sont en interaction (réelle, virtuelle ou imaginaire) avec des femmes en minorant, ou en cachant, les modes de construction du masculin et les rapports réels entre eux.

C'est ainsi que nous avons défini l'androcentrisme avec Marie-France Pichevin en 1992 (Welzer-Lang, Pichevin, 1992).

(14) Et pour être plus précis concernant les deux exemples d’androcentrisme que cite Yeun :  le Rmiste et le cadre, voici l’extrait concerné :

« Cette nouvelle attitude est aussi favorisée par un cadre mouvant de la virilité.

Les conditions d’exercice de la virilité, les manières d’être homme, sont aussi en réécriture. L’attribution aux hommes d’une condition supérieure aux femmes n’est plus automatique. Dans la marche vers l’égalité, jour après jour, dans le monde professionnel, syndical, politique et dans la vie privée, les femmes avec un certain succès contestent les primautés masculines. Les privilèges masculins ne sont plus des attributs automatiques que l’on déplie à l’avance. Que penser d’un homme qui touche le R.M.I (minimum social), qui se retrouve sans travail, sans argent ? Autrement dit sans signe social de virilité (travail, métier, revenus…). Que dire d’un homme ancien cadre supérieur que l’on remercie à la cinquantaine et qui se voit remplacé du jour au lendemain par une femme ? Comment interpréter les succès scolaires des filles ? Les suicides des garçons qui n’arrivent pas, ou ne veulent pas être de « vrais » hommes ? »

C’est clair, le Rmiste ou le cadre au chômage ne sont pas présentés comme des en-soi séparés des rapports sociaux qui les construisent, que ces rapports sociaux dans le monde du travail concernent les hommes et les femmes, les hommes et les grands-hommes, comme d’ailleurs les rapports sociaux qui opposent les femmes liées aux classes sup détentrices d’un carnet d’adresses, de réseaux,  aux autres femmes des milieux populaires.

La question à poser est donc : Pourquoi ? Pourquoi falsifier le texte ? Pourquoi vouloir déconsidérer toute analyse qui montre, ou décrit, des mobilités sociales de sexe et de genre ? Pourquoi vouloir nier toute avancée produite par les politiques d’égalité ? Qui a intérêt à ce catastrophisme victimologique ?

(15) Les rapports hommes/hommes sont structurés à l’image hiérarchisée des rapports hommes/femmes, ils sont aussi construits et reproduits par les rapports sociaux de sexe et de genre.

(16) Je renvoie ici à mon dernier article sur « les hommes battus » paru dans la revue Empan, [Les violences conjugales, n°73, Toulouse, Erès,  pp 81-89] et disponible sur mon blog. Il ne suffit pas de dire que le phénomène est asymétrique, minoritaire pour en refuser l’étude. Parce que le mythe moderne de la violence domestique décrit dans le livre les hommes violents, et Arrête, tu me fais mal, la violence domestique, 60 questions, 59 réponses (2005), a tendance soit à nier complètement le phénomène, soit nous expliquer que les hommes sont autant battus que les femmes, il nous faut justement examiner de manière rigoureuse la question. En fait le phénomène progresse aujourd’hui parallèlement à l’égalité hommes/femmes. Le croisement détaillé des différences sources statistiques disponibles, et cela est confirmé par certains travaux empiriques, laissent penser qu’environ 15% des personnes victimes de violences sont des hommes.

(17) Il est aujourd’hui d’usage de dire que toute étude des avatars de l’égalité, notamment les discours et pratiques de certains pères divorcés est antiféministe, réactionnaire, masculiniste. Que certains discours, certaines pratiques des pères divorcés le soient, cela semble une évidence. J’en ai moi-même donné maints exemples dans mes publications. Mais interdire de fait toute étude sur ces phénomènes en menaçant a priori les chercheur-e-s est une drôle de conception de la recherche, et de la démocratie.

(18) Je relate ici une recherche particulière, et empirique, effectuée au début des années 1990. Ces analyses ont été, en partie, confirmées dans notre étude collective en 2005 (Welzer-Lang, Le Quentrec, Corbière, Meidani, Pioro). Reste maintenant, et dans le détail, à étudier comment hommes et femmes essaient de manière pragmatique et empirique de dépasser ces oppositions qui peuvent apparaître binaires.

(19) Question que pose aussi François de Singly (2007).

(20) Je ne reprendrai pas ici les débats sur le « travail du sexe », ni sur la négation et la victimisation des paroles de femmes dès qu’elles travaillent et oeuvrent — comme Grisélidis Réal a pu le faire — dans le commerce du sexe. D’excellents travaux sont éclairants sur ce thème. En particulier les analyses croisant aujourd’hui sexe, « Race » et classe. [Françoise Guillemaut, Stratégies des femmes en migration : pratiques et pensées minoritaires, repenser les marges au centre, Thèse de sociologie, Université Toulouse Le-Mirail, Janvier 2007].

(21) Et je n’intègre pas non plus le « service sexuel » dans le travail domestique comme différents textes ont pu le faire dans les années 70.

(22) Welzer-Lang Daniel Mathieu Lilian, Barbosa Odette, 1994 : Prostitution, les uns, les unes et les autres, Paris, Anne-Marie Métaillé.

(23) Voir ainsi les excellents travaux de Louis-Georges Tin [2008, L’invention de la culture hétérosexuelle, Paris, Autrement], la publication d’ouvrages collectifs : Deschamps Catherine, Gaissad Laurent et Taraud Christelle, 2009, (dir), Hétéros, discours, lieux, pratiques, Paris, EPEL.

(24) Institut de la statistique du Québec. La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Québec, 2003 ; Laroche, 2005. En fait dès que l’on applique les mêmes questions sur les violences perçues aux hommes et aux femmes, on se rend compté des biais de certains travaux qui ne s’intéressaient qu’aux femmes ; Sophie Torrent, 2003, L’homme battu, Un tabou au coeur du tabou, Éditions Option Santé. Ce livre est l’édition d’un mémoire réalisé au Département de travail social et des politiques sociales de l'Université de Fribourg (Suisse).

(25) Dans ce courant de pensée on trouve les travaux de Robert Connell, Gilles Tremblay, Michael Kimmel, Michel Dorais, Gilles Rondeau, Christine Castelain-Meunier, Germain Dulac, etc. On trouve des textes de ce courant dans l’ouvrage de synthèse que j’ai coordonné à Toulouse en 2000 : Welzer-Lang (dir), Nouvelles approches des hommes et du masculin, PUM (Presses Universitaires du Mirail).

(26) Voir ainsi la revue Intervention (2002) oubliée au Québec, remise à jour actuellement (nouvelle publication : 2010).

(27) Le mainstreaming est une posture qui refuse de faire de la question des femmes et de leur domination une analyse spécifique et différenciée. Le mainstreaming, mis en valeur par les différentes instances de l’Europe, propose d’intégrer la question des femmes dans l’ensemble des politiques publiques sous le qualificatif de « genre ».

(28) Et bien sûr, il s’agit ici d’un trait d’humour !

(29) Dans les débats d’idées actuels, on sous-estime sans doute la place qu’occupent certains corps de professionnel-le-s, de groupes qui se proclament militants, structurés et légitimés autour de l’évidence de la domination masculine et de sa reproduction, voire son accentuation.

(30) Sur la contestation des chiffres avancés et les précisions concernant les violences physiques, voir l’article : de Hervé Lebras, et Marcela Iacub : « homo mulierilupus ? » in Les temps modernes, n°623, pp 112-134, 2003. Ces auteur-e-s expliquent l’imprécision des définitions adoptées par l’équipe ENVEF dirigée par Maryse Jaspard et privilégient la prise en compte des violences physiques.

(31) Courtanceau Roland ,2006, Auteurs de violence au sein du couple : prise en charge et prévention, Paris, Rapport au Ministère de la cohésion sociale et de la parité, La documentation française.

(32) D’autres, notamment parmi les militantes qui accueillent les femmes victimes de violence, ont toujours exprimé la peur que le subventionnement de tels centres vienne diminuer leurs propres subventions. Ces craintes, légitimes, ont été facilement résolues dans des pays comme le Québec. Il en va de même sur le contenu de l’intervention auprès des hommes violents qui, bien entendu, ne doit pas conforter les présupposés sexistes qui légitiment violence et contrôle.

(33) De plus, nous savons depuis longtemps comment la prison est criminogène, comment elle produit de la récidive. Et ce, d’autant plus que nos prisons sont structurées elles-mêmes par la violence masculine, légitime ou non, régulées par l’abus dit sexuel entre détenus (Welzer-Lang, Mathieu, Faure, 1996).

(34) Je n’ai d’ailleurs jamais entendu les critiques dont parle le texte de Yeun L-Y sur ce réseau précis. Le Réseau Européen d’Hommes Proféministes (www.europrofem.org) a été créé en liens avec des féministes universitaires de la francophonie, et l’équipe Simone de l’université Toulouse Le-Mirail.

Je me suis longuement interrogé sur le sens des propos de Yeun L-Y quand il cite le n°9-10 de La revue d’en face (éd. Tierce) publié en… 1981 pour critiquer le réseau de… 1995.  Je sais que certaines astrologues célèbres sont devenues des sociologues, mais quand même !

Pour mémoire il s’est agi d’une controverse entre les premiers groupes d’hommes antisexistes, notamment ceux regroupés dans la revue Types, Paroles d’hommes, et certaines femmes féministes qui accusaient ces hommes, en se regroupant, de vouloir récupérer un pouvoir mâle contesté. La controverse se conclut alors par un texte de Pierre Colin et Claude Barillon intitulé : « Non réponse, Pas de réponse », et commençant par : « Y en a marre. Y a plus d'abonnés.

Il faudra attendre le colloque « Les hommes contre le sexisme » organisé en octobre 1984 par Types et A.R.DE.CO.M (association de recherche et de développement de la contraception masculine) pour que des échanges entre femmes féministes et hommes anti-sexistes réapparaissent [on lira les textes précis de la controverse dans Les hommes et le masculin, Petite collection Payot, pages 88-91].

Quel sens prend donc le rappel de cette controverse ? Est-ce à dire qu’en 2010, pour Yeun L-Y,  il n’est à nouveau plus possible de mener des analyses et/ou des combats communs ? La présence sur le terrain de l’antisexisme de collectifs mixtes se réclamant du féminisme semble contredire cette affirmation.

(35) http://www.ladominationmasculine.net/petition-des-hommes.html

Même si je trouve l’initiative sympathique, je n’ai pas signé cet appel qui me semble un peu trop autoproclamatoire et facile. 35 ans après que les premiers hommes se soient déclarés contre le sexisme, la domination masculine ! 25 ans après le colloque : « Les hommes contre le sexisme » ! 19 ans après que Pierre Bourdieu ait écrit ce remarquable article sur la même domination masculine ! 11 années après qu’on ait lancé — sans succès — la campagne du Ruban Blanc contre les violences faites aux femmes ! Autant, il est important d’affirmer des grands principes (luttes contre les violences, solidarité..), autant il me semble que nous devrions aller plus loin. En particulier, réfléchir à comment de notre position d’hommes (antisexistes), nous pourrions aider les autres hommes qui n’ont pas encore cette prise de conscience à changer. Après tout, la conscience de la domination masculine n’est jamais spontanée. Elle est même souvent produite par une rencontre, souvent une femme féministe. Les lieux d’accueil des hommes sont aussi des moments possibles pour une prise de conscience masculine.

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