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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 09:06

 

 

Retour sur la contraception masculine :

 

J’ai pris la « pilule » pendant 7 années.

7 années où d’expérimentation en expérimentation, avec les « groupes mecs» d’ARDECOM [Association pour la Recherche pour le DEveloppement de la Contraception Masculine] que nous avions créées, nous avons affirmé, comme homme, comme garçon, comme « mec », notre capacité à être autonome dans notre non-désir d’enfants.

Quelques 25 ans plus tard, ENFIN, un livre de synthèse paraît…

 

A l’époque déjà (voir l’article plus loin), certaines femmes étaient ambigües face à cette question ….

 

Rappel

 

Le n°1 de la revue : http://www.europrofem.org/contri/2_07_fr/ardecom/ardeco1.htm

 

Une émission de France  Culture :

http://www.franceculture.fr/emission-histoire-de-la-masculinit%C3%A9-24-2009-06-09.html

 

Pour acheter l’article :

http://link.springer.com/chapter/10.1007/978-2-8178-0346-3_10

 

Le dernier livre sorti sur le sujet :

http://link.springer.com/book/10.1007/978-2-8178-0346-3/page/1

 

 

 

 

 

 

 

 

la CM som+imag

 

 

Mon article dans ce livre (pour consulation) est accessible dans les deux articles publiés ici

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 09:03

La contraception masculine, ARDECOM et les groupes d’hommes,

prémisses de l'évolution des rapports sociaux de genre.

 

Daniel WELZER-LANG

Professeur de sociologie,

Université Toulouse Le-Mirail (France)

http://w3.univ-tlse2.fr/cers/annuaires/fiches_indivi/permanents/Daniel_Welzer_Lang.htm

mon blog : http://daniel.welzer-lang.over-blog.fr/

 

                                                                                                                        

L’article rappelle le contexte sociologique des expérimentations de contraceptions masculines en France. Il montre comment ces expérimentations annoncent une transformation des rapports sociaux de sexe et de genre que l'on a connu les décennies suivantes, le questionnement des hommes, les contradictions/paradoxes des débats avec les femmes féministes, la dissociation paternité biologique et sociale (que mettront en exergue plus tard les débats sur l'homoparentalité), le questionnement des personnes socialisées en hommes sur leur corps. L’article interroge aussi les rapports entre les expériences de contraceptions masculines et ce qui est appelé « le mouvement des hommes ».

 

 

Retour historique sur les expériences de contraception masculine

Dans les années 1980, on a beaucoup parlé d’ARDECOM (Association pour la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine). Ces « mecs », dont je faisais partie, qui se contraceptaient : pilules pour hommes pour certains. Contraception par la chaleur pour d’autres. Dont les fameuses « culottes chauffantes » comme on dit au Québec, lieu où je réside lors de l’écriture de cet article, ou la méthode toulousaine de « remonte couilles » . Je n’expliquerai pas ici les méthodes, les expérimentations, objets de ce livre[1]. J’évoquerai le contexte, les débats qui ont traversé ces hommes, leur entourage, l’écho politique d’une telle démarche.

L’hypothèse que j’aimerais développer est que ces groupes d’hommes, et les hommes contraceptés eux-mêmes sont annonciateurs et symboliques des transformations des rapports sociaux de sexe et de genre que l'on a connu les décennies suivantes. Et ceci, à travers les cheminements de ces hommes, les contradictions/paradoxes des débats avec les femmes féministes qui disaient représenter le point de vue historique des femmes, notamment la culpabilité, la dissociation paternité biologique et sociale (que mettront en exergue plus tard les débats sur l'homoparentalité), les questionnements des personnes socialisées en hommes sur leur corps, et leur volonté d’être aussi acteurs des changements dans les rapports de genre, que ceux-ci concernent les rapports hommes/femmes ou hommes/hommes.

 

L’analyse sera illustrée d’extraits d’articles parus dans les revues « Types, Paroles d’hommes » et « Contraception Masculine, Paternité », deux revues qui ont alimenté, illustré, relayé les mots, les idées, les débats, les questions et prise de position de ces hommes. Deux revues, où, première rupture avec l’androcentrisme traditionnel des sciences sociales[2], les hommes disaient « je », et parlent de leur vécu personnel comme individus singuliers. Et je ne prive pas non plus d’émailler cet article de souvenirs personnels. D’une part, par conformité avec mes critiques de l’androcentrisme que je viens d’évoquer. Ne pas parler de soi dans les analyses qui concernent les rapports sociaux de genre dans lesquels il est intégré constitue aussi pour l’auteur une forme d’androcentrisme. D’autre part, comme nous y invitent le champ de recherche naissant des « masculinités »[3], reprenant à son compte les acquis de l’épistémologie féministe, il n’y a pas de position objective dans les études genre. Nous sommes homme, femme ou trans. L’objectivité consiste juste à « situer » sa propre subjectivité. L’objectivité est souvent le privilège épistémologique des dominants dit David Halparin (2000).

L’utilisation de souvenirs personnels, avec tous les biais possibles liés à ce type de matériaux, est aussi un privilège de l’âge, et un devoir de mémoire. Éviter autant que faire se peut le révisionnisme de la pensée qui fait parfois présenter les groupes d’hommes de l’époque, pionniers dans la déconstruction de la masculinité hégémonique (Connell, 1987, 2000) comme monolithiques, lisses, alors qu’il faut les lire comme des formes plurielles, contradictoires et souvent incomprises par des femmes, nous allons le voir et il est utile de s’en souvenir, mais plus encore par des hommes à cette époque-là.

 

 

La création des groupes d’hommes

Comme je l'ai montré en 1986, les hommes qui se regroupent en « groupes d'hommes » ou « groupes mecs », sont la plupart du temps issus de l'extrême gauche (groupes maoïstes, libertaires, trotskistes…) qu'ils ont quitté après les féministes. Ces hommes alors âgés de 20 à 30 ans, ont pour certains d’entre-eux milité au M.LA.C. [Mouvement pour l'Avortement et la Contraception] qui, il faut le noter, fût un mouvement mixte

C’est d’abord très, très timidement, qu’en général, les hommes qui plus tard allaient expérimenter la pilule pour homme ou la chaleur, se sont regroupés entre eux. Face aux interpellations des femmes devenues féministes, ils ont ressenti le besoin de se regrouper « entre mecs » de leur entourage pour échanger et se découvrir.

« Nos amies et amantes étaient féministes. Et de l’avis général, elles avaient raison. Elles étaient pétillantes de vie, de joie. Les autres femmes nous paraissaient fades. Elles nous interpellaient sur nos modes de vie, nos attitudes, y compris nos vêtements. Nous n’avions pas les mots pour converser, répondre… » [Daniel, 27 ans]

En plus souvent insoumis aux modèles militaro-industriels, ils se plaignaient régulièrement de ne pas avoir d’amis-hommes, d’être isolés. Parmi eux, des insoumis à l’Armée[4], à la Médecine, à l’Eglise, à l’Ecole, bref des insoumis aux Ordres masculins. Sans doute avec le recul historique, pouvons-nous considérer ces hommes comme des cas atypiques, des marginaux en quelque sorte. Ils vont pourtant énoncer, nous allons le voir, les lignes de déconstruction du masculin, des réflexions et interrogations masculines sur le contenu des « rôles », les stéréotypes, qui sont encore aujourd’hui d’actualité.

 

Les premières réunions de ces hommes sont confidentielles, très intimes. Beaucoup d’émotions, de pleurs, de rires pour ces garçons qui trouvent dans les groupes un support à leur volonté de vivre autrement leur masculinité. Des initiatives de ce type apparaissent dans certaines grandes villes, et dans les lieux fréquentés par ceux qui sont allés vivre à la campagne après 1968. Des groupes d’hommes sont aussi créés dans la plupart des pays industrialisés.

En 1978, les « groupes hommes », apparus en France et à l'étranger après l'émergence du féminisme, commencent à se regrouper. Ils publient quatre numéros d'un bulletin « Pas rôle d'hommes » surtout composés de poèmes et petits textes divers.

 

ARDECOM et Types-Paroles d’hommes

D'une rencontre nationale en mars 1978 dans la forêt de Senart qui rassemble quelque cent vingt hommes et une vingtaine d'enfants se constituent deux groupes différents, aboutissant à deux revues distinctes et deux projets différents qui vont alors cheminer en parallèle- :

—L'association pour la Recherche et le Développement de la contraception masculine (A.R.D.E.C.O.M.) qui expérimente des contraceptions masculines et publie deux numéros de sa revue Contraception masculine-paternité .

.— La revue Type-Paroles d'hommes qui  publie six numéros, de Janvier 1981 à Avril 1984

 

ARDECOM et Contraception masculine-paternité 

La revueContraception masculine-paternité  sera centrée sur le corps masculin et le vécu expérimental et social de la contraception masculine. La règle est d'éviter des analyses globales pour privilégier le « je ». Les articles ne sont signés que du prénom de leurs auteurs.

À l’initiative de cette association, on trouve deux hommes Pierre Colin et Claude Barillon qui ont passé dans Libération (Printemps 1977) l'annonce suivante :

« On est deux mecs intéressés par une discussion, la plus large possible, sur la perception que les mecs ont de leur propre corps. C'est un peu en réponse au Collectif des Femmes de Boston « Notre corps nous-mêmes ». Il ne s'agit pas d'un projet bien défini. Mais d'une invitation qui figure dans ce livre et qui vaut peut-être le coup qu'on y réponde, histoire de voir ce qu'on pourrait changer du côté de la « virilité obligatoire ». Un détail : on a déjà nos marginaux : théoriciens de tous poils, prière de vous abstenir (on a pas du tout envie de penser par procuration). Pour ceux d'entre vous que cela intéresse, écrire à….

PS : Réservé aux mecs exclusivement, du moins dans un premier temps : on est tous des grands timides, alors les nanas laissez-nous nous exprimer entre nous ».

C'est suite à cette annonce que s'est déroulée la première expérimentation de 6 hommes à Paris, puis que c’est créé ARDECOM .

 

L’éditorial du numéro 1 de Contraception masculine, Paternité présente assez bien les objectifs de l’association.

Éditorial du n°1 de Contraception masculine, Paternité

ARDECOM , Association pour la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine

ARDECOM est née d'une série de rencontres...
Des hommes ayant participé à des " groupes d'hommes " remettant en cause le rôle de mec, les comportements virils, se sont réunis pour parler des choses les plus intimes qui nous touchent, en dehors des rivalités habituelles. Nous avons parlé et réfléchi sur notre sexualité, la paternité, le rapport que nous avons avec les enfants : ceux dont on est le père biologique, ceux avec lesquels on vit, ceux qu'on voudrait avoir, ceux qu'on imagine et, pour certains, le refus d'être père.
Sans abandonner l'idée d'un groupe de parole, nous avons voulu faire plus : pourquoi, si nous ne désirons pas d'enfant, ne pas l'assumer complètement ? Pourquoi accepter comme une fatalité l'absence d'une contraception masculine en dehors des méthodes vécues par nous comme des négations du plaisir (capote, retrait) ?
Alors a commencé une longue quête.
Nous nous sommes rendu compte que, contrairement à l'idée souvent répandue, il n'existait pas de méthode contraceptive au point, nulle part au monde. Quant à la vasectomie, si elle nous a intéressés, nous l'avons abandonnée comme étant actuellement définitive.
C'est à ce moment que nous avons rencontré une équipe de médecins, de chercheurs, qui essayaient de mettre au point une " pilule " contraceptive masculine. Les uns pour répondre à une demande de couples ne pouvant employer aucune méthode féminine, les autres dans une démarche liée à la biologie de la reproduction réunissant la lutte contre la stérilité, l'insémination artificielle et l'existence d'une contraception masculine.
Certains d'entre nous qui n'avaient pas envie d'avoir d'enfant ont décidé de participer à ces essais, non comme cobayes mais comme utilisateurs conscients.
Nous avons accepté de prendre ces produits parce qu'ils étaient connus car utilisés et en vente depuis de nombreuses années.
Il avait été établi un protocole prévoyant un contrôle médical très strict de l'innocuité et de l'efficacité du traitement. Nous avons essayé de prendre en main le maximum d'aspects comme le contrôle de la tension artérielle, le comptage au microscope des spermatozoïdes, le choix et la lecture des examens. Nous avons voulu mieux connaître notre corps, comprendre comment il fonctionne et nous avons découvert l'immensité de notre ignorance.
Nous avons rencontré d'autres hommes qui pratiquaient la même contraception mais y étaient arrivés individuellement. Nous avons échangé nos expériences et nous nous sommes regroupés. D'autres hommes, qui refusaient la contraception chimique, se sont joints à nous et cherchent des moyens de contraception nouveaux à partir de la chaleur, de l'action du cuivre...
Enfin s'est créée en octobre 1979 ARDECOM , " association d'hommes et de femmes concernés par la contraception masculine " ; une association pour que les gens qui sont intéressés, et nous sommes nombreux, se mettent en contact, échangent, se rassemblent. Nous recherchons toutes les informations sur la contraception masculine et les diffuserons.
Nous essaierons de suivre, d'impulser, de réaliser des essais de contraception (des projets de recherches ont été déposés), de faire se rencontrer les utilisateurs... Nous voulons aussi que la vasectomie soit d'accès facile et légal même si elle n'est pas considérée, à tort, comme une contraception.
Une dynamique pour l'existence d'une contraception masculine se met lentement en place. A chaque article dans un journal, de nombreuses lettres nous arrivent, un lien prometteur s'établit avec le Planning familial, des groupes se créent dans plusieurs villes (Nantes, Lyon, Toulouse, Limoges).
Nous voyons ARDECOM comme un lieu d'expression reflétant la diversité des paroles et des expériences, comme un instrument pour qu'une contraception masculine existe, même si elle ne résoud pas tous les problèmes, comme un endroit où se disent la paternité, l'amour, la vie..

 

 

Type-Paroles d'hommes. 

Types-Paroles d'hommes, de manière plus exhaustive, « contre la virilité obligatoire », va de numéro en numéro participer à cette déconstruction du masculin souhaitée par ailleurs pour les sociologues féministes. Les articles insistent sur les alternatives possibles aux archétypes masculins. Il est possible, affirment les auteurs, de vivre « autrement » ses expériences d'hommes, et le rapport aux femmes. Les auteurs, scientifiques ou non, utilisent cette revue tel un espace de paroles, pour pouvoir échanger entre hommes, ou avec des femmes. Ils ne procèdent pas à proprement parler à des analyses globales du masculin, pris comme une catégorie sociale, mais donnent des exemples personnels de déconstruction, d'interrogation des apprentissages socialement construits du masculin.

Certains hommes participeront conjointement aux deux projets (ARDECOM et Types paroles d’homme)s.

 

Affiche/éditorial de la revue Types-Paroles d’hommes

Eh ! dites ! ho !

TYPES... PAROLES D'HOMMES. UNE REVUE POUR PARLER DE NOUS A LA PREMIÈRE PERSONNE. Ou à la deuxième. Du singulier ou du pluriel. Des écritures plurielles, parfois si singulières pour affirmer des identités multiples mais qui cherchent à se trouver, à se retrouver. Sans arrogance. Sans machiavélisme. Sans naïveté non plus. Nous voudrions ouvrir un espace de vie De nos vies de " mecs ". Pour nous laisser enfin aller à dire nos cheminements au jour le jour, nos espoirs et nos lassitudes, nos amours et nos peurs, nos incertitudes, nos désirs, nos plaisirs. Pour dire la découverte de nos manques, l'apprentissage de nos isolements face aux images que nous renvoient les institutions obligatoires — l'école et l'armée — et le reste — les films, la publicité, les revues dénudées, la pornographie, la violence. Pour raconter nos explorations à côté ou à contre-temps des modèles que nous sommes censés reproduire, des symboles dont nous sommes investis. Pour affirmer un droit à l'errance, à l'erreur, au rire, sans prétendre détenir la seule vérité qui vaille ou représenter les " nouveaux hommes " dont on nous rebat les oreilles. Ni archétypes, ni contre-types. Nos vies, ce sont nos idées et nos histoires. La nouveauté c'est vrai, c'est la chose la plus vieille du monde. Des voix isolées, déjà, se sont élevées pour dire leur vie. Cris, pamphlets, écrits, elles jalonnent, sur leurs marges, littérature et média. Il s'agit ici de les rendre multiples. De les orchestrer, de faire jouer leurs dissonances et leurs assonances. Et de tenter de nous exprimer autrement que par des recours à des discours souvent plaqués : discours de pseudo-vérité, discours militants, discours d'écrasement ; multiples pouvoirs de ces discours. Ce n'est — pas totalement — une utopie. Ces histoires et ces tentatives, ces pratiques et ces idées, des groupes les ont échangées. Les " groupes hommes ". Plus nombreux qu'on ne croit, qu'on ne sait. C'est cette expérience que Types voudrait — de sa place, sans s'en vouloir le dépositaire unique, sans exclusivité — contribuer à faire connaître, à répercuter, à enrichir. Comme eux, cette revue veut ouvrir une brèche, un espace social possible — qui serve aux hommes qui interrogent les modèles dominants et leur propre pesanteur. En se voulant ouverte elle-même à d'autres voix, elle veut susciter d'autres espaces, d'autres paroles.

 Comme eux, cette revue est le produit de points de vue divers, parfois opposés : il y a ceux qui pensent que ne surgiront des discours inouïs qu'en disant : " Je " et ceux qui se méfient de toute prétendue authenticité. Il y a ceux qui souhaitent — et ceux qui redoutent — que parler de soi ne soit qu'une étape, peut-être indispensable, vers la formulation d'une réflexion plus systématique sur la masculinité et d'une pratique plus consciente d'elle-même. Comme les groupes " hommes ", cette revue sera peut-être accusée de vouloir aider les hommes à reconquérir — ou renforcer — un pouvoir qui leur est contesté. Nous ne croyons pas, quant à nous, que le simple maniement de nos stylos ou que le cliquetis de nos machines à écrire nous fortifient dans une primauté que de toutes façons nous ne revendiquons pas. Sans prétendre toujours échapper à ses pièges ou à ses attraits, nous cherchons le plus souvent à nous en déjouer, de crainte que ses échafaudages et ses machineries ne nous construisent, sous l'apparence d'un palais, une prison. Comme eux ; cette revue sera peut-être accusée de constituer une parenthèse dans la vie sociale, sans perspective militante, sans prosélytisme organisé. Les questions que nous nous posons, nous les laissons parfois sans réponse : c'est vrai. Nous ne Sommes pas une " avant-garde masculine libérée ". Nous sommes seulement désireux d'entrouvrir les carcans dans lesquels, enfermants, enfermés, nous nous éloignons d'un changement potentiel. Comme eux, cette revue n'existerait peut-être pas s'il n'y avait eu une interpellation des féministes ou des homosexuels. Mais, comme eux, Cette revue se fera aussi bien avec des hommes pour qui la tâche urgente est de réfléchir à ces interrogations, qu'avec des hommes qui revendiquent plutôt une réflexion autonome — pas hostile — sur nos spécificités, nos insuffisances et nos positivités. Types. Oui. Nous lançons Une revue. En principe trimestrielle. Autour d'un thème : la paternité. Puis : les plaisirs, le corps, le couple, le féminisme. Ou d'autres. Avec des " hors-thèmes " sur les groupes " hommes ", les itinéraires, l'actualité. Types n'est pas la propriété de ceux qui en ont eu l'initiative. Elle dépendra de ses lecteurs pour sa diffusion comme pour sa production. Nous appelons à leurs contributions. Pour qu'un espace possible devienne un espace réel. Et qui dure.

 

Les groupes ARDECOM :

Au mieux les expérimentateurs de contraception masculine n’ont jamais dépassé quelques centaines (200 à 300). Les principales villes où des groupes se sont formés étaient pour la pilule pour hommes : Lyon, Paris, Montpellier et Cévennes. Et pour la chaleur : Toulouse et Paris. On ne peut donc parler d’un mouvement social comme tel, mais plutôt un segment de mouvement social plus large, ce qui a parfois été appelé « le mouvement des hommes ». Pour ma part, intégré dans le groupe de Lyon, j’expérimenterai la pilule pour hommes à travers divers protocoles de 1979 à 1986.

Chaleur ou pilule? Méthode « naturelle » contre méthode « chimique », les débats ont souvent traversé les différents groupes d’expérimentation. En fait à posteriori, outre la centration sur une méthode liée à une ville (par exemple, il n’y a jamais eu d’expérimentateur chaleur à Lyon), le choix qu’ont fait ces hommes a été politique, et lié à leurs engagements personnels, à leur insoumission, qualifiée parfois aussi de « radicalisme ». Pour certains dépendre d’un laboratoire pharmaceutique et/ou administrer de la chimie à son corps était inacceptable. Pour d’autres, grâce à la pilule, on pouvait arriver à 0 spematozoïde, donc être sûr de l’efficacité de la méthode. Efficacité/performance d’un côté, des valeurs traditionnelles du masculin, écologie politique de l’autre centrée sur le primat de l’individu, on comprend les heures de débats qui ont eu lieu à l’époque.

 

Au niveau local, même si chaque groupe gère son organisation de manière autonome, on peut repérer des constantes : non-mixité, réunion autour d’un repas, un lien très fort, et particulier, entre les membres du groupe, des réunions de concertation entre expérimentateurs et médecins. Des rencontres nationales viennent en plus permettre les échanges, et tous les ans une partie importante des gens d’ARDECOM , se réunissent de manière mixte avec des femmes dans les Cévennes, là où habitent un certain nombre de membres.

Sur la non-mixité, voilà ce qu’en dit la revue type. Les arguments sont les mêmes à ARDECOM.

Non-mixité

« La non-mixité de la revue Types a toujours été ressentie comme une condition sine qua non de l'émergence d'une réflexion masculine originale sur la virilité, les rôles et le sexisme. Comme celle des groupes hommes qui ont engendré la revue, elle n'était pas la contrepartie rancunière de la non-mixité du mouvement des femmes, mais plutôt un élément constitutif d'une spécificité autre que celle des lieux d'hommes où s'entretient la phallocratie. L'absence des femmes semblait une base indispensable pour atténuer les concurrences masculines qui, entre autres, devaient être critiquées et remises en cause (éditorial, Type, n°6) »

Une non-mixité où certains ont découvert la non-concurrence entre hommes, la fin des guerres de virilité pour s’affirmer le meilleur. Mais aussi une non-mixité pour affirmer le « rite de passage » entre l’ancien modèle de masculinité que vivaient ces hommes et le nouveau statut d’homme différent car contracepté qu’ils allaient vivre. La charge émotionnelle que présentent les hommes d’ARDECOM quand ils évoquent cette époque, la nette distinction entre l’avant et l’après, le bouleversement de la vie que cela a constitué, tout concourt à valider l’hypothèse du rite de passage. Certains groupes, comme le groupe de paroles de Lyon, perdurent encore (en 2011).

 

Du fait de cette expérience partagée, le « lien fort » entre les membres des groupes ARDECOM est particulier. On pourrait le caractériser tout à la fois de lien amical, fraternel, filial. Les hommes présents dans les groupes vont y aborder, et essayer de déconstruire, l’ensemble des constituants de leur vie quotidienne : amours, sexualités, paternité, travail, insoumission aux normes, rapports avec ses propres parents… Le groupe de pairs va mettre en avant une nouvelle solidarité basée non sur l’homogénéisation d’un groupe d’hommes comme groupe de mâles dominants et virils, ce qui est la socialisation classique des garçons. Mais, à l’opposé l’autonomisation de garçons adultes décidant de vivre de manière non-oppressive leurs rapports aux femmes, aux autres hommes et déjà à eux-mêmes. La « révolution symbolique » qu’évoquera Bourdieu par la suite à propos des gais (1997), n’est pas loin. Ce lien va d’ailleurs parfois, notamment par la durée du groupe, être alternatif à des liens plus classiques, notamment conjugaux : « En fait, tu connais mieux mon mec que moi » a pu ainsi me dire un jour la nouvelle amie d’un membre du groupe. L’intensité des liens va aussi s’ouvrir aux proches des hommes contraceptés. Les compagnes, amies, amantes de ces hommes, comme les groupes communautaires dans lesquels ils sont souvent engagés, vont créer une bulle, un réseau large de soutien, qui viendra épauler ces hommes, y compris, je vais en donner un exemple ci-après, en cas de difficultés liées aux expérimentations.

 

Valorisés comme « nouvel homme » d’un côté, mais aussi déstabilisés dans le même mouvement, les groupes de parole ARDECOM, sont devenus des groupes de soutien, des « groupes de passage ». Et plus loin, un modèle pour aider les hommes à changer. Ainsi, avec Gérard Petit, quand nous créerons en 1987 RIME (Recherches et Interventions Masculines) pour accueillir les hommes violents à Lyon, c’est tout naturellement que nous proposerons à ces hommes — qui de notre point de vue n’étaient pas différents fondamentalement de nous, mais n’avaient pas eu la chance de rencontrer des féministes —, des groupes de paroles pour accompagner leurs changements.

 

Les débats avec les médecins sont plus complexes. Les médecins de l’époque s’en rappellent toujours de manière émue, montrant s’il fallait s’en convaincre que la Révolution symbolique a bien été œuvre commune. Notons d’ailleurs que les équipes médicales, sauf exception, sont non-mixtes. Ce sont des hommes de science qui discutent avec des hommes de sens. L’exception concerne quelques médecins-femmes, militantes remarquables de la contraception et de l’IVG, adeptes d’une médecine populaire au service du plus grand nombre et adhérentes d’ARDECOM .

En se définissant comme « utilisateurs conscients» intelligents, partenaires actifs d’une recherche commune, militants de la contraception, les hommes d’ARDECOM vont, sans le savoir mettre en œuvre un modèle de collaboration que l’on retrouvera plus tard dans la lutte contre le sida, dans les liens entre associations et médecins. Dans cette collaboration, nous allons trouver tous les ingrédients déjà présents dans les rapports entre le mouvement des femmes et les équipes médicales (au sein du MLAC par exemple). Mais ici, centrés sur les hommes, le masculin, la prise en charge de la contraception masculine par les hommes eux-mêmes, il s’agit d’une pratique nouvelle, une pratique en rupture. Connaissances partagées, « cobayes » lettrés (ou qui le deviennent) à l’affût des moindres publications scientifiques, identification des lignes de pouvoir, mais aussi de contre-pouvoir, décloisonnement des statuts (des médecins sont eux-mêmes expérimentateurs), on trouve dans ce militantisme partagé entre médecins qui s’engagent dans la contraception et expérimentateurs un ensemble d’éléments novateurs.

 

Des expérimentations limitées sur 7 années

Côté chaleur, les hommes sont arrivés à des oligospermies sévères. Certains ont utilisé cette contraception dans leurs rapports sexuels. Et ceci de manière confortable pendant plusieurs années.

En 1984, une partie du groupe de Toulouse arrête l’expérience. À Paris, les expériences se sont closes en 1984, à Lyon, en 1986.

Ceci a constitué la plus longue expérimentation de ce type en France.

 

Plusieurs problèmes importants sont venus émailler ces expériences, j’en relaterai deux :

1/ La nature nocive pour le foie de la testostérone obligeant à utiliser un gel à faire pénétrer par massage. À l’usage, effet surprenant, il s’est avéré que les serviettes, draps qu’utilisaient ces hommes pouvaient polluer leurs entourages. Ainsi plusieurs compagnes ont vu survenir des poussées de poils suite à l’exposition à la testostérone. Des hommes qui prônent l’autonomie, y compris par rapport aux femmes et qui les polluent en les masculinisant, on imagine aisément les débats complexes que cela a provoqués. La douche quotidienne, et une stricte application de règles d’hygiène comme la non mutualisation des serviettes a permis de parer à cette difficulté.

 

2/ L’état dépressif à Lyon

Les expérimentations ont permis sous divers protocoles de tester produits, dosages, effets contraceptifs et effets secondaires notamment sur les hormones sexuelles permettant pour les hommes contraceptés de vivre bien. La dernière molécule expérimentée à Lyon devait faire merveille. Et comme prévu, nous sommes très vite arrivés à la stérilité complète. Le groupe d’hommes contraceptés continuait à se réunir régulièrement, mais un étrange climat commençait à exister. Ce sont les compagnes de certains expérimentateurs qui ont alors communiqué entre-elles sur ce qu’elles vivaient avec leur ami. Toutes remarquaient un état plus ou moins dépressif, une perte d’énergie et la transformation profonde de la relation. En effet, l’état dépressif gagnait le groupe. Les discussions, je me rappelle, évoquaient même la mort parfois et ce, en termes pas très dynamique. En accord avec les médecins, l’expérience s’est arrêtée rapidement.

 

Il y a donc des éléments factuels qui légitiment l’arrêt des expérimentations. Ils ne sont pas les seuls. Entre 1979 début des expériences, et 1986 leur fin, la société française avait changé. Le sida était arrivé venant, pour des hommes responsables comme nous voulions l’être, modifier la donne contraceptive. La capote est venue recouvrir de son voile de latex nos rencontres sexuelles. Ceci dans un contexte où les protocoles quotidiens commençaient à peser sur les hommes présents, et où la proposition qui était faite aux autres hommes de nous rejoindre dans un vaste mouvement pour l’égalité du côté des hommes n’a pas eu le succès escompté.

Alors, échec de la contraception masculine ? Echec relatif quant à l’extension de la démarche contraceptive aux autres hommes. Échec relatif aussi dans notre volonté d’arriver vite à des méthodes simples, sûres et réversibles.

Mais l’échec se limite là. Quelques années plus tard, on peut examiner le formidable apport d’ARDECOM aux modifications des rapports de genre dont nous allons analyser les ingrédients.

 

 

Le corps : objet et symbole de la rupture

Prendre la pilule pour homme — en réalité à l’époque une pilule matin et soir (de progestérone) et un gel (de testostérone) à se passer sur le corps —, se remonter les testicules dans les canaux inguinaux, et être obligé de se toucher « les couilles[5] » pour expliciter à ses proches ou à un auditoire la méthode [expérience personnelle], bref, intervenir sur le sperme, les bourses, comment penser un ancrage corporel plus symbolique d’une rupture masculine avec le modèle viril prévalant ?

Le corps qui grossit (moi 5 kg alors que je ne voulais surtout pas grossir), le corps observé, scruté, le corps qui interroge. Les petites rougeurs qui deviennent sources d’angoisse. Inquiétude aussi sur la présence ou non des érections matinales. Le taux de testo est-il en baisse ? Le corps (masculin), son propre corps qui devient source de connaissance. Et d’étonnement. Avec d’autres, j’ai ainsi découvert, stupéfait, que j’avais aussi, comme tous les hommes un cycle. 72 à 74 jours pour que mes spermatozoïdes ne soient produits et sortent. Drôles de petites bêtes ces spermatos, et en plus nombreux. 50 à 150 millions par millilitre. Et ce dans des éjaculats qui variaient, en fonction des hommes du groupe, de 2 à 12 ml (avec 3 jours d’abstinence). Cela fait beaucoup de monde quand même. Sans même évoquer ici ceux qui ont deux queues, ceux qui sont morts, ceux qui tournent en rond, etc. Curieux comme tout garçon sait qu’une femme a un cycle de 28 jours alors que nous sommes si ignares sur notre propre corps. Sans doute un effet de ce que nous a dit à Lyon un responsable de l’Ordre des médecins, opposé à nos expérimentations : « Messieurs, on ne touche pas au corps des hommes. Surtout pour la contraception. Les femmes sont faites pour cela ! ».

En fait, et l’expérience est alors commune aux hommes contraceptés, « ravi et valorisé dans le regard et les mots de mon entourage, j’ai découvert qu’il est possible d’être un homme responsable de soi, de ses désirs et non-désirs » écrivais-je à l’époque. La démarche de se contracepter est venue signer, attester les volontés de marquer sa différence avec les autres hommes, de témoigner sa volonté de changer les rapports à la masculinité.

 

Dans ces volontés de changements, le corps apparaît comme central. D’une part, comme l’explique Pierre Bourdieu (1998), le corps est un « conservatoire du social », une mémoire silencieuse, mais omniprésente de la virilité incorporée dans la socialisation masculine, pourrait-on ajouter. Mais c’est aussi un terrain d’expérimentation qui témoigne de l’insoumission aux modèles de virilité. Le corps est un conservatoire de l’identité de genre diront quelques années plus tard les analyses queers (Butler, 2005)

 

 



[1] Cet article a été écrit pour participer d’un ouvrage collectif sur les contraceptions masculines.

[2] Les sociologues du genre, en particulier les sociologues féministes ont dû lutter contre l’androcentrisme des sciences sociales. Androcentrisme qui nous faisait penser le masculin, comme le normal, le général, et les femmes comme le particulier, le spécifique. L’androcentrisme concernait les textes, les auteurs, et des disciplines entières, incapables de traiter avec la même attention ce que vivaient, pensaient ou subissaient hommes et femmes. Bien souvent d’ailleurs, nos sociétés assimilaient les hommes à la culture, et les femmes à la nature (Mathieu, 1991). En 1992, avec Marie-France Pichevin, nous élargissions cette notion en intégrant le refus de certains hommes de déconstruire le masculin : «… l’androcentrisme consiste aussi à participer d'une mystification collective visant pour les hommes, à se centrer sur les activités extérieures, les luttes de pouvoir, la concurrence, les lieux, places et activités où ils sont en interaction (réelle, virtuelle ou imaginaire) avec des femmes en minorant, ou en cachant, les modes de construction du masculin et les rapports réels entre eux. » (Welzer-Lang, Pichevin, 1992).

[3] Daniel Welzer-Lang « Epistémologie des études critiques sur les hommes et le masculin. Point de vue situé d'un garçon de France, après 25 ans de recherches sur ces thèmes ». Conférence prononcée au Colloque international Perspectives futures en intervention, politique et recherche sur les hommes et les masculinités, 9, 10 et 11 mars 2011, Université Laval, Québec (Qc), Canada.

[4] L’armée était obligatoire à l’époque. La plupart des hommes qui vont se regroupés alors sont réformés ou insoumis.

[5] La méthode s’est aussi appelée le RCT ou « Remonte Couille Toulousain ».

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 05:41

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 07:40

 

Non à l’antisémitisme, Non à l’amalgame

 

Le 25 avril 2012 l’Université Populaire du Mirail a accepté l’invitation formulée par l’UEJF [Union des Etudiants Juif de France] de dialogue avec des étudiant-e-s israélien-ne-s en tournée en France dans le cadre d’une tournée « Avoir 20 ans en Israël ».

 

L’université Populaire du Mirail est un espace laïque et ouvert aux débats, un espace qui veut créer des liens entre l’Université Toulouse Le Mirail et les quartiers populaires qui l’entourent. Nous considérons normal de dialoguer avec l’ensemble des étudiant-e-s, des enseignant-e-s, des chercheur-e-s, des habitant-e-s de Toulouse, quelles que soient leurs origines nationales, religieuses ou politiques, quelles que soient leur couleur ou leur orientation sexuelle.

 

Le débat, organisé par Daniel Welzer-Lang, Professeur de sociologie, auquel ont participé enseignant-e-s chercheur-e-s du Mirail, étudiants-e-s, habitant-e-s de Toulouse, a été l’occasion pour beaucoup de réaffirmer les principes d’une paix juste et équitable en Israël et en Palestine. Plusieurs personnes présentes ont expliqué qu’elles avaient déjà participé à des actions concrètes pour la paix, l’éducation à la paix, le soutien aux luttes du peuple palestinien (mission des Motivé-e-s de Toulouse en 2002)…

Les débats ont porté sur la vie des étudiant-e-s en Israël : prix des études, services militaires... Des questions ont été posées sur leurs attitudes concrètes dans les territoires palestiniens occupés, leurs peurs du terrorisme, les rapports entre juifs ashkénazes et séfarades, les discriminations que subissent les dernier-e-s…

Les débats furent cordiaux, pacifiques et constructifs.

 

Au même moment, les étudiant-e-s tenaient une table d’information sur ce débat à l’entrée de l’Université.

Vers 13h, d’après les responsables de l’UEJF,- : « un groupe d’étudiant-e-s est arrivé au cri de «  Israël assassin ». Puis, d’après le Bureau National de Vigilance contre l’antisémitisme : « Des jeunes femmes voilées auraient scandé LES JUIFS A LA MER ou "EGORGE LES JUIFS"’EDBAH ELYHOUD" en langue arabe ou encore "RETOURNEZ CHEZ VOUS LES IMPERIALISTES" GENOCIDAIRES " etc. ». Ces faits auraient été filmés par l’un-e des étudiant-e-s israélien-ne-s.

 

L’Université Populaire du Mirail condamne fermement ces agressions antisémites. L’UPM rappelle qu’aucune confusion ne doit être faite entre l’antisionisme et l'antisémitisme :  l'antisionisme et le soutien aux luttes du Peuple Palestinien sont des positions politiques, d'ailleurs partagées par certain-e-s enseignant-e-s et étudiant-e-s juifs et juives du Mirail, et elles ne doivent en aucun cas être confondues avec l’antisémitisme qui est une forme majeure de racisme. Racisme que subissent de nombreux et nombreuses habitant-e-s des quartiers populaires de Toulouse. Racisme et antisémitisme qui viennent dernièrement de montrer leur douloureuse actualité à Toulouse.

L’UPM s’inquiète que ces agressions se perpétuent quelques semaines après qu’un Professeur ait lui-même été agressé verbalement en cours par un inconnu qui l’a accusé violemment d’être agent de la « juiverie internationale et de la franc-maçonnerie ».

 

D’après les communiqués parus, les personnes qui ont agressé les étudiant-e-s israélien-ne-s et les membres de l’UEJF présent-e-s utilisaient un mégaphone sur lequel étaient visibles un logo d’une organisation étudiante (SUD). Pour avoir nous-mêmes assisté à la fin de l’altercation, et suite aux informations que nous avons pu recueillir, nous ne saurions confondre les agresseuses et les militant-e-s étudiant-e-s du Mirail. Nous demandons qu’une enquête interne à l’Université soit réalisée. Nous condamnons à l’avance toute utilisation de ces faits dramatiques contre le syndicalisme étudiant du Mirail. Nous sommes prêt-e-s à participer à cette enquête.

 

 

Université Populaire du Mirail 

Sud éducation

Sud étudiant Mirail

 

 

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Published by dwl
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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 05:30

Les cours sur le genre : prosélytisme de l’homosexualité ? Produits de la franc-maçonnerie, et des réseaux intellectuels juifs ? Agression…

 

Le 1er mars 2012, dans mon cours « genre » de première année, j’ai été interpelé à la pause. Je me suis senti agressé !

 

Il était mince, presque gentil de silhouette, des cheveux mi longs noirs attachés… M’a demandé si… « j’avais conscience de faire sauter le rempart de la Nation… Si je n’avais pas honte de faire du prosélytisme de l’homosexualité… Si j’avais des remords à reprendre le saccage de la franc-maçonnerie, des réseaux intellectuels juifs qui veulent mettre à mal ce qu’ils rejettent... ». Il a évoqué Judith Butler, mais je ne souviens plus exactement ce qu’il en a dit…

 

Il m’a précisé qu’il n’était pas étudiant de cet amphi. Qu’il avait été prévenu par sms…

 

J’étais comme sidéré d’entendre cela…

J’ai dit que j’allais répondre à la reprise du cours. I

l m’a demandé si « j’allais le casser ».

Je lui ai dit que non…

Il est reparti s’asseoir dans l’amphi.

 

J’ai dit dans l’amphi que j’avais été choqué.

J’en ai expliqué le pourquoi…

Moi, juif, enfant de survivant des camps,

Moi homme qui se veut progressiste,

il y a des propos que je ne peux pas entendre dans une université.

 

J’ai dit mon dégoût pour de tels discours,

J’ai dit — ce qui est vrai — que mes cours s’appuient sur les recherches récentes, et scientifiques.

En espérant que ce n’est, et que cela restera, un cas isolé….

 

DWL

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 11:54

 

 

Le débat va être intéressant...

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 11:47

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Une belle initiative de Marie C. et de Alter & Co

 

Attention, le lieu est chaleureux, mais petit...

Ne pas hésiter à venir discuter et boire un verre

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 09:44

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 05:44

 

 

Sortie nationale en mars 2012

 

 

Présentation pour diffusion dans les réseaux

 

La Ligue des droits de l’Homme de Toulouse annonce la publication prochaine de :

Comparutions immédiates : quelle Justice ?

Regards citoyens sur une justice du quotidien

Ouvrage coordonné par Daniel Welzer-Lang & Patrick Castex

(en collaboration avec Américo Mariani, Frédéric Rodriguez, Sébastien Saetta, Rémi Cochard, Hervé Dubost) ; éditions Erès (Toulouse) 

 

L’Observatoire des comparutions immédiates de Toulouse a été créé par la Ligue des droits de l’Homme de Toulouse, associée à des universitaires. Du 1er février au 30 juin 2011, 47 auditeurs et auditrices ont observé 543 affaires, au terme de 112 audiences, auditionné avocat-e-s, magistrats, professionnel-le-s du droit. Seul le procureur de la République a refusé que ses substituts soient entendus. On ne saura donc pas pourquoi dans 63% des cas le parquet demande de la prison ferme. Comment se fait le « pré-jugement » qui fait que certain-e-s passent en comparution immédiate (procédure la plus rapide et la plus répressive) et pas les autres.

 

Des observations réalisées et de l’étude statistique il ressort nettement que cette procédure revêt un caractère expéditif (les affaires sont jugées en 36 minutes en moyenne), peu respectueux des droits des personnes prévenues ET des victimes. Cette procédure met à mal les principes de la justice républicaine : procès équitable, présomption d’innocence, individualisation et sens de la peine.

La population étudiée est surtout jeune, pauvre, précaire et masculine (95% des affaires), souvent en mauvaise santé ; les « mauvais pauvres » disent les auteurs. Plus de la moitié d’entre-elle est « colorée » (« Blacks », « Beurs »). Mais contrairement au discours sécuritaire, outre les étrangers en situation irrégulière, « sans papier », les jeunes noirs et maghrébins sont plus impliqués dans des délits sans violence, moins concernés par les atteintes aux biens et aux personnes. Contrôles au faciès et politique du chiffre imposée aux services de police expliquent en grande partie leur présence dans ce tribunal. Pourtant, dès qu’ils ou elles ont un casier judiciaire avec plus de trois condamnations, et de manière discriminatoire, ils/elles sont plus envoyé-e-s en prison que les autres. Les analyses montrent le rôle central du casier judiciaire, marqueur objectif de la délinquance pour certains, mais surtout marqueur social de la petite délinquance de pauvreté.

 

Les récidives montrent l’échec de la prison et de l’exemplarité de la peine. Et pour certains délits, notamment les délits de circulation, les violences conjugales, comme les atteintes aux biens, la récidive après une peine de prison est massive. Bras armé de la politique pénale, la judiciarisation du quotidien que sont les comparutions immédiates montre surtout les effets destructeurs de la pauvreté, du non-accès au système de santé.

 

L’analyse des affaires après et avant le 15 avril 2011 (date de la réforme de la garde à vue), comme la comparaison des chiffres entre Lyon (Conseil lyonnais pour le respect des droits) et Toulouse, montre un « effet système » qui semble s’imposer à l’ensemble des acteurs et actrices de la chaine pénale des comparutions immédiates ; « effet système » qui pourrait bien relativiser le rôle des Citoyens assesseurs dont on nous dit qu’ils et elles vont révolutionner la justice.

 

Le livre est aussi enrichi par les apports de responsables de centre de réinsertion pour sortants de prison, d’association pour femmes victimes de violences, d’avocats et magistrats. Serge Portelli, Gilles Sainati, magistrats et Laurent Mucchielli sociologue, qui ont développé des analyses sur les comparutions immédiates et sur le thème de l’insécurité ont aussi contribué à cet ouvrage.

 

Sortie nationale en mars 2012

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 06:54

 

Depuis le 1er février 2011, la Ligue de Droits de l’Homme (LDH) de Toulouse, en lien avec quelques universitaires de l’UTM (Université Toulouse Le-Mirail)  a créé l’ « Observatoire des comparutions immédiates ». Tous les après-midi des auditeurs et des auditrices scrutent les audiences de cette justice si particulière où défilent, jour après jour, immigrés sans papier expulsés qui refusent d’embarquer à Blagnac, sous-prolétaires n’ayant pas la chance d’avoir un ami propriétaire d’un jet en Tunisie, petits larcins du quotidien…

Cette  justice se fait en notre nom à tous et toutes…

Les auditeurs et auditrices, outre une grille d’observation, sont invité-e-s à écrire aussi leurs impressions : une vision plus subjective et qualitative de cette justice-là…

Premiers résultats de l’Observatoire : en juin 2011.

[Pour joindre l'Observatoire des Comparutions Immédiates : mail = ocomi31@yahoo.fr]

  Je ne manquerai pas de publier ici quelques billets traduisant mes observations.

 

 

 

 

4/4/2011

 

Etre sénégalais ET homosexuel : la prison comme seule solution

 

Que dire .

Il a fait son « coming out », bref il a dit qu’il avait des pratiques homosexuelles. Il préfère le sexe et l’amour avec des garçons. Ce qui est de plus en plus habituel dans certains pays. Sauf que dans d’autres pays, cela est interdit ! Et puni !

 

Il a 28 ans, mignon. Il parle bien, semble avoir une bonne éducation. Son avocat le dit « bien intégré ». Son casier judiciaire n’est plus « vierge » [quel mot !]. Déjà en novembre 2010, il a refusé de rentrer dans son pays. Non à cause de son homosexualité, mais à cause de la répression que subissent les homosexuels au Sénégal. Il a été condamné à 1 an d’interdiction de territoire.

« Il n’existe pas de preuve de mauvais traitement des homosexuels au Sénégal » a dit le Procureur.

Aucun traité n’existe pour ce motif a-t-il  ajouté

 

J’ai cherché rapidement. En 30 secondes, j’ai obtenu cela (Merci Google !)

 

Sur le site du Ministère des affaires étrangères ;

 

Cette mise en garde :

Avertissement lié à l’homosexualité


L’article 319 du code pénal prévoit qu’au Sénégal "...sera puni d’un emprisonnement d’un à cinq ans, quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe. Si l’acte a été commis avec un mineur de 21 ans et moins, le maximum de la peine sera toujours prononcé."
 

[http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs_909/pays_12191/senegal_12357/index.html]

 

Au vu de l’évolution des Droits de l’Homme, des traités internationaux, les discriminations pour raison de sexualités seront un jour intégrées dans nos lois communes. Et ce n’est que justice. Sauf, que le Procureur a raison, ce n’est pas — encore  — le cas.

Il refuse de repartir dans son pays homophobe. Il va en prison. Il ressort, refuse d’embarquer. Il repart en prison !

 

Faudra t-il [rayer les mentions inutiles]

1/ qu’il se suicide ? 2/ qu’il fasse un mariage blanc ou gris en France ?  3/ un mariage avec un homme en Espagne [c’est déjà trop tard !]

Comment sortir de cette spirale infernale où nous cautionnons le sexisme de certains pays contre les gais, les lesbiennes, les bi, les trans ? Dans d’autres circonstances, nous sommes pourtant rapides à dénoncer les interprétations erronées du Coran (qui n’a jamais interdit l’homosexualité !)

 

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