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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 06:02
 

Pour répondre au texte de Yeun L-Y dans une tribune publiée

sur le site LMSI le 27 décembre 2009 …

Il faut débattre des hommes, étudier les hommes,

et intervenir auprès des hommes dans une perspective de genre

Daniel Welzer-Lang

Professeur de sociologie, Université Toulouse le Mirail

Auteur de : Nous, les mecs… essai sur le trouble actuel des hommes, Paris, Payot (2009).

À l’opposé d’une position, heureusement encore minoritaire exprimée de manière polémique par Yeun L-Y dans une tribune publiée sur le site LMSI le 27 décembre 2009(1), et profitant du débat ainsi créé, il me semble important d’affirmer aujourd’hui différents principes concernant les rapports hommes/femmes vus du côté des hommes.

Débattre sur les hommes, le masculin, le genre

Hommes progressistes, convaincus de la nécessité de l’égalité entre les hommes et les femmes, nous devons parler des hommes, donc de nous, et parler aussi aux hommes. Dans toute la diversité que représentent nos courants de pensée et d’agir, il nous faut accompagner la fin de la domination masculine (2). Ces débats concernent tous les hommes, ceux qui se déclarent opposés à toutes les dominations, mais n’évoquent pas leurs conditions particulières d’hommes(3), ceux qui ont encore à souffrir des effets du sexisme et de l’homophobie ou de la transphobie, ceux qui, à tort ou à raison, se sentent floués par certains effets délétères de politiques pourtant égalitaires. Ces débats concernent aussi tous les hommes, tous les garçons qui jour après jour essaient avec des femmes de bricoler et d’inventer des modes de vie qui prennent en compte les nouvelles donnes actuelles : l’individualisme, la crise actuelle du couple et les recompositions des formes familiales, le racisme post-colonial qui tente d’empêcher des personnes de s’aimer, les difficultés des entreprises, des universités, des associations et des organisations syndicales à traduire l’égalité de genre dans le monde du travail (parité hommes/femmes, égalité des salaires, prises en compte des diversités, qu’elle soient sexuelles, genrées ou d’origines sociales). Mais ces débats sont aussi essentiels à ceux qui résistent à l’égalité et au changement. Ceux qui doutent, qui ne savent plus, ceux qui sont déstabilisés dans leurs certitudes mâles(4). Aucune personne progressiste, aucun mouvement égalitariste, n’a intérêt à les voir se tourner vers les sirènes masculinistes qui accusent les femmes, le féminisme, les mouvements LGBT (5) de tous les maux de la terre.

À l’opposé de l’idéologisme (6), fut-il énoncé au nom de valeurs dites féministes par certaines personnes, il nous faut collectivement prendre acte de l’extraordinaire période de transition historique que nous sommes tous et toutes en train de vivre concernant les rapports sociaux de genre et de sexe qui lient les hommes entre eux, les hommes et les femmes (7). Non, toute parole masculine ne vise pas à lutter contre les conquêtes obtenues de hautes luttes par les femmes pour leur égalité, les luttes contre les violences masculines et sexistes. Contrairement au texte de Yeun L-Y (que l’on présuppose être un garçon), les hommes doivent quitter le traditionnel silence (8) sur leurs conditions de vie, au travail, à la maison, et ce, quels que soient leurs modes de vie. Qu’ils soient seuls, en couple avec une femme ou un homme, ou qu’ils vivent autrement.

Étudier les hommes dans un perspective de genre

Avouons notre grande méconnaissance des hommes, des dominants. D’une part, comme l’ont montré des anthropologues comme Maurice Godelier et Nicole-Claude Mathieu, parce que les dominations sont toujours structurées sur une opacité et des secrets sur ce que vivent réellement les dominants. Mais aussi dans cette époque où, même avec des problèmes dus à des discriminations persistantes, la mixité progresse (à l’école, dans le monde du travail salarié…), les hommes chercheurs ne semblent pas pressés de dévoiler les secrets qui perpétuent les dominations (9).

Pourtant la connaissance fine de l’évolution des rapports sociaux de genre, des avancées ou des régressions sur l’égalité de genre est une donne indispensable pour étayer les politiques publiques favorables à la parité, à l’égalité, orienter ou réorienter l’accompagnement des femmes et des hommes, voire pour pouvoir débattre entre hommes et femmes de nos vies, et des luttes à mettre en place contre le sexisme.

Pour une méthode pour travailler sur les hommes et le masculin

Dans cette période marquée par le manque d’analyses diversifiées sur ce que vivent, pensent, rêvent et actent les hommes, la méthode doit clairement être compréhensive et s’approcher au plus près possible des hommes eux-mêmes (10). D’autant plus qu’un effet direct des luttes égalitaristes n’est pas toujours le changement souhaité, mais aussi la culpabilité, la honte de pratiques aujourd’hui dénoncées comme oppressives par certain-e-s ; ringardes, machos ou obsolètes par d’autres. Quant aux nouvelles formes de pratiques masculines, celles forgées dans le bricolage du quotidien, elles sont aussi souvent invisibilisées par les statistiques hétérocentrées où, en définitive, les pratiques hors le couple hétérosexuel normatif, il n’y a point de salut. Les méthodes développées par l’ethnographie, la microsociologie, les méthodes qualitatives sont souvent plus adaptées pour approcher de plus près ce que font les personnes, et le sens qu’ils/elles y mettent. D’autant plus sur des thèmes (le quotidien, l’intime…) où les hommes ont peu de mots pour (se) dire.

Alors bien sûr, adopter de telles méthodes — ce qui n’est pas évident pour tout le monde —impose de s’approcher au plus près des hommes, devenir leur confident, échanger du sensible. C’est ainsi que j’ai pu parler et décrire dès 1990 les « souffrances de l’homme violent ». On ne peut pas, et l’on ne doit pas, réduire une personne, fut-elle dominante, oppressive, à ses actes (11). C’est aussi à la même époque que pour comprendre comment vivaient chez eux des hommes qui s’affichaient différents des stéréotypes sexistes que nous nous y sommes installés pour quelques jours avec notre carnet de notes (Welzer-Lang, Filiod, 1993). J’ai longtemps regretté de ne pas pouvoir mener à bien mes projets de me faire enfermer en prison quelques mois pour mon enquête sur les abus sexuels en prison (1996). Bref, face à un sujet complexe à saisir avec l’appareillage classique des sociologues, il faut savoir mettre en œuvre de l’inventivité, de la création. La sociologie réfère aussi à l’art.

Les descriptions qui en suivent mettent les hommes au centre de la description et de l’analyse. Ce n’est pas pour autant des analyses androcentriques, ni de l’ « androcentrisme méthodologique » (13) dans la mesure où les analyses dans une problématique de genre, et de rapports sociaux de sexe — même celles qui donnent à lire des effets délétères des luttes égalitaires sur certains hommes — contextualisent la construction sociale de telles situations (14). Si chaque analyse sur les femmes, où seules les femmes sont analysées, décrites, devait être caractérisée de sexisme, il resterait peu de textes à étudier en études genre !

Les écueils à éviter dans les études sur les hommes et le masculin

1 – Le simplisme de la pensée

Une méthode contre-productive, largement utilisée par le polémiste (et par d’autres) consiste à dire : « ils sont peu : ils n’existent pas », ou « ce phénomène étant minoritaire, il n’existe pas, ou n’est pas digne d’intérêt ». Et c’est ainsi qu’au long du texte de Yeun L-Y nous apprenons des vérités essentielles sur les hommes : « C’est en effet activement (consciemment ou non) que les hommes refusent de se souvenir du RDV de l’enfant chez le médecin, de prendre soin de leur entourage, de préparer la bouffe ou de nettoyer les toilettes ». Que le polémiste décrive une partie des hommes qui vivent avec des femmes est une évidence ; les homosexuels étant peu nombreux, ils n’ont pas non plus droit à apparaître dans l’analyse, comme les 13% d’hommes qui vivent seuls. (...), ni les 15% de familles monoparentales dirigées par un homme. Mais peut-on TOUT réduire aux pratiques les plus caricaturales ? Déjà dans Nous les mecs, je signalais l’absurdité de sentences définitives qui ne s’appuient pas sur des travaux actuels. Notamment je critiquais une sociologue qui a récemment déclaré : « « A un père affirmant “je suis un père autant que la mère”, je demanderais quand a été fait le dernier vaccin, quelle est sa pointure, à quand remonte sa dernière visite chez le dentiste, quel est le dernier bouquin qu’il a lu, le nom de son meilleur copain d’école… ». Que cette sociologue ne croit pas que les hommes sont capables de s’occuper des enfants est une chose, qu’elle généralise des travaux empiriques menés il y a une vingtaine d’années pour étayer sa démonstration, en est une autre.

Si l’ensemble des sociologues sont — aujourd’hui — d’accord pour dire que le cadre général des rapports entre hommes et femmes se situe dans une problématique de domination masculine, la plupart s’accordent aussi pour vouloir étudier plus finement comment la domination masculine « bouge », se recompose, se transforme. Sous l’effet des luttes féministes (ou qualifiées comme telles), mais aussi par la transformation de nos sociétés, l’articulation entre les rapports sociaux de sexe et les autres rapports sociaux : les classes sociales, ceux créés par la racialisation de la question sociale (Dorlin, 2008 ; Fassin, 2009 ; Guenif-Souilamas, Macé, 2004), l’âge… La domination masculine ne se reproduit jamais à l’identique. C’est d’ailleurs pour disposer d’outils plus fins pour analyser les transformations des conditions de cette même domination masculine que la plupart des collègues féministes ont développé des analyses en termes de rapports sociaux de sexe, et rapports sociaux de genre.

Le simplisme de la pensée qui vise à ne présenter les hommes comme un groupe d’ « objets » inanimés, incapables — y compris par calcul objectif — de s’adapter aux nouvelles donnes créées par les remises en cause de la domination masculine, est une analyse asociale qui essentialise et naturalise le masculin.

2 – Mettre les marges au centre

Contre le réductionnisme de la pensée et de la recherche, ceux et celles qui veulent étudier les hommes et le masculin doivent adopter l’attitude inverse.

Les études empiriques doivent intégrer le double mouvement observable chez les hommes aujourd’hui. D’une part, la redéfinition de rapports sociaux de sexe et de genre. Pour cela, il faut chercher les tendances émergentes, traquer les nouveaux mode de vie des hommes pour les étudier, regarder les bricolages quotidiens qu’effectuent aujourd’hui les couples hétérosexuels, essayer de les analyser sur un temps long pour éviter les clichés réducteurs, décortiquer les « nouveaux pères », observer les collectifs de logements (des manières alternatives de vivre ensemble), étudier les rapports hommes/hommes (15), interroger le hommes qui vivent en couple homosexuel, ceux qui vivent seuls, inventorier les dispositifs empiriques mis en place par certains pour articuler travail professionnel et vie personnelle… Mais cela ne suffit pas.

Dans le même temps, il faut étudier les formes actuelles de résistances masculines au changement : analyser le virilisme adopté par certains hommes face aux demande de changements, continuer à comprendre les phénomènes de violences masculines domestiques, y compris celles en œuvre dans des couples non hétéronormatifs ou celles mise en œuvre par les femmes contre les hommes (16), étudier ce qui se passe du côté de ceux qui, pour une raison ou une autre, se déclarent « victimes » des politiques égalitaires, notamment certains pères divorcés (17)…, critiquer les écrits réactionnaires qui commencent à apparaître qui vise à généraliser quelques exemples pour déconsidérer la marche actuelle vers l’égalité des sexes.

Bref, il faut mettre les marges au centre de nos analyses pour affiner la compréhension de ce qui se passe aujourd’hui dans nos sociétés.

3 – Intégrer la complexité du social

Une grande partie des travaux actuels des études genre concerne les femmes, et minoritairement les hommes. Mettre, quand c’est possible, ces travaux en perspective, comparer les pratiques et les représentations est alors fort intéressant. Cela nous donne à voir la complexité du social, comment en dehors des affirmations péremptoires et dogmatiques, hommes et femmes ne sont pas des en-soi séparés, mais des catégories sociales construites dans et par les rapports sociaux de sexe et genre. C’est ainsi que j’ai pu montrer que des « doubles standards asymétriques » étaient en œuvre dans un certain nombre de confrontations quotidiennes entre hommes et femmes. Ainsi, les violences masculines domestiques sont définies différemment par les hommes violents (mais cela marche aussi avec les femmes violentes, les parents violents) et les femmes violentées (ou les hommes violentés, les enfants subissant ces violences). Et, surprise de l’analyse, dans un couple non conscientisé par le féminisme, les hommes dès qu’ils ont quitté le déni (catégorie propre aux dominants), explicitent plus de violences qu’en a repéré leur compagne.

Dans l’espace domestique, là où les hommes étaient généralement absents et/ou exclus, l’analyse du « propre et du rangé » ouvre sur des formes de réflexions qui manifestement n’ont pas l’air de plaire à ceux qui veulent victimiser les femmes partout et sur tout. Dans un espace traditionnel (18), les femmes, mises en situation de compagne et/ou de mère, nettoient avant que cela soit sale. Elles sont préventives. Et ceci pour maintes raisons liées aux apprentissages sociaux, mais aussi parce que nos sociétés patriarcales ont l’habitude d’assimiler l’intérieur psychique d’une femme/mère à ce qu’elle donne à voir dans la gestion du propre et du rangé « chez elle ». « Si c’est sale chez elle, c’est sale, en elle » semble dire la maxime. Et cela même si, avec un peu de raison, chacun-e peut s’accorder sur le fait que propre, rangé, désordre sont des notions hautement culturelles qui varient d’une région à l’autre, d’une époque à une autre et en fonction de plein d’autres facteurs comme les conditions géographiques et météorologiques. N’empêche, cette menace d’être déconsidérée fonctionne pour une partie importante des femmes. Pour les hommes, en tout cas pour ceux qui prennent en charge tout ou partie du travail domestique, ceux qui ne sont pas majoritaires mais qui existent tout de même, ces habitus genrés n’existent pas. Eux ont plutôt été éduqués à ne pas trop déranger quand leurs sœurs apprenaient les règles du ménage. Eux nettoient quand ils « voient » ou quand « ils sentent » que c’est sale. Ils sont curatifs. On comprend très vite les difficultés que rencontre un couple hétérosexuel qui se veut égalitaire et, par exemple, alterner la mise en actes du ménage. Quand c’est à la compagne, pas de problème. Quand c’est au tour de l’homme… Lui n’a pas encore perçu qu’il devait le faire, elle attend qu’il le fasse. Parfois cela se traduit par une double charge mentale pour elle. Parfois même (je l’ai observé directement), elle préfère faire à sa place. Car une des particularité du sale est qu’on a beau savoir qu’il est catégorie culturelle, variable, il nous envahit ; mentalement, physiquement, émotionnellement… Bien sûr cela n’est pas non plus généralisable à TOUS les hommes, et à tous les couples égalitaires. Certaines femmes affichent fièrement un désordre comme preuve de leur insoumission à l’ordre hétéronormatif patriarcal. Des hommes se font un point d’honneur à éviter toute saleté dans leur espace domestique, qu’ils vivent seuls ou non.

Ce type d’étude sur les hommes et le masculin qui interroge le sens commun, déconstruit les évidences genrées, constitue un enrichissement des études genre. Elles permettent tout à la fois d’alimenter la marche vers l’égalité. De comprendre l’intérêt de discuter entre hommes et femmes, sans catégories préconstruites incrustées dans un ça va de soi qui tend, qu’on le veuille ou non, à reproduire des formes classiques de domination masculine. Plus loin, elles permettent aussi d’interroger les bénéfices secondaires accordées aux compagnes et mères, le prix que celles-ci paient ces bénéfices secondaires en termes de charge mentale, et en charge de travail réel, mais aussi d’essayer de comprendre en quoi cette forme d’oppression, d’aliénation est aussi productrice de plaisirs. J’ai proposé de caractériser les plaisirs liés à cette contrainte de libido maternandi. D’où mes interrogations sur les statistiques qui concernent le « partage » du travail domestique et qui évoluent si dramatiquement dans une perspective égalitaire. Et cette question iconoclaste qui semble déplaire. Alors que les hommes en font si peu, pourquoi les femmes en font-elles tant (19) ?. Ou : tout le travail domestique réalisé est-il utile ?

En dehors des questions qui semblent fâcher le polémiste, nous nous trouvons confronté-e-s à un débat très complexe sur le juste, le vrai. Dans une perspective égalitaire partagée, les hommes doivent-ils copier ce que font les femmes ? Les femmes doivent-elle adopter les attitudes masculines ? En fait, comme nous l’expliquons par ailleurs (Welzer-Lang, Le Quentrec, Corbière, Meidani, Pioro, 2005), les questions semblent se résoudre pragmatiquement par les mises en couple successives. Que ce soit en termes de « partage » du travail domestique, en termes de pressions sur le propre et le rangé qu’intériorisent les compagnes, en termes de frustrations subies par l’homme qui s’estime non reconnu, il vaut mieux être la seconde compagne que la première, le second compagnon que le premier. Et les hommes sont quasi unanimes pour dire qu’une période de vie solo, entre deux couples, leur a été salutaire pour pouvoir «négocier » avec leur (nouvelle) compagne. Je n’insisterai pas ici plus longuement, mais on trouve des phénomènes similaires sur l’exercice réel de la paternité où un certain nombre d’hommes apprécient de prendre de la distance avec la mère de leurs enfants pour ne pas « subir » un regard jugeant qu’à tort ou raison, ils interprètent comme une méfiance sur leurs capacités.

(1) Yeun L-Y propose un texte concernant mon dernier livre « Nous, les mecs, essai sur le trouble actuel des hommes » paru en 2009 aux éditions Payot (Paris) [http://lmsi.net/spip.php?article988]. Son texte, qui aborde globalement les questions liées aux hommes et au masculin, est une chance de débat. En ce sens il faut le remercier de l’avoir ouvert. Toutefois, l’objectif de mon article dépasse très largement la controverse ouverte. J’utiliserai donc les notes de bas de page pour répondre à certaines contrevérités qu’il me prête dans mon livre qui, je le rappelle, s’est voulu travail de vulgarisation. Les fondements théoriques de mes travaux ont été plus largement exposés dans : Les hommes violents (1991, 1996, 2005), Les hommes aussi changent (2004), Des hommes et du masculin (2008). Une bibliographie (presque) complète est disponible à http://w3.univ-tlse2.fr/cers/annuaires/fiches_indivi/permanents/Daniel_Welzer_Lang.htm. En ce qui concerne mes affaires plus privées et la pseudo « perte » du procès en diffamation que j’ai provoqué, on se reportera à mon blog : http://daniel.welzer-lang.over-blog.fr/.

(2) La fin de la domination masculine est, bien entendu, une perspective historique qui n’est pas — et c’est bien dommage — immédiate. Identifier, nommer un phénomène, le déconstruire, en comprendre les tenants et les aboutissants, lutter contre ses effets, le chiffrer et suivre son évolution, penser l’après-phénomène… sont quelques-unes des conditions qui accompagnent sa transformation. Créer les conditions d’un consensus pour qu’il disparaisse ne peut que le faciliter. Remarquons d’ailleurs que cette perspective a déjà été énoncée par d’autres auteur-e-s (Badinter, Delphy).

(3)Curieux comme la gauche de la gauche est aussi silencieuse sur cette question, le site LMSI compris. Des femmes et quelques rares hommes ont critiqué le virilisme de certaines formes de militantisme, des hommes et des femmes, l’homophobie de certaines organisations. Des militants participent aux manifestations féministes (quelle qu’en soit la diversité), mais… on les entend rarement parler comme homme(s).

(4)Je préfère parler du « trouble actuel des hommes » que de «  crise de l’identité masculine ». La déstabilisation de la domination masculine par les luttes de femmes et certains de leurs alliés masculins, la remise en cause de privilèges accordés aux hommes, modifient leurs statuts. Le constater, comme d’ailleurs évoquer la souffrance de certains, ne constituent pas, en soi, une attitude réactionnaire. Réduire les analyses sur le masculin à ces termes, et plus loin accuser les femmes d’en être responsables : oui.

(5) LGBT : pour, lesbiennes, gais, bisexuel-le-s, transgenres.

(6) L’idéologisme consiste non à se revendiquer d’une forme de pensée critique en « isme » (marxisme, féminisme, anti-colonialisme…), mais au nom de cette pensée critique s’arc-bouter sur des affirmations péremptoires qui ne traduisent pas des réalités matérielles et sociales mais visent à consolider une idéologie.

(7) Yeun l-y à raison rappelle « qu’il n’y a pas de masculinité, quelle qu’elle soit, sans domination des femmes et sans hiérarchisation bi-catégorisante ». La perspective théorique de la fin du genre signifie la disparition du masculin et du féminin pris comme constructions asymétriques et consubstantielles du genre, i.e. du système socio-politique du genre qui produit domination des femmes par les hommes, du féminin par le masculin, discriminations et oppressions des personnes qui ne se situent pas dans l’hétéronorme censée symboliser la coexistence du masculin et du féminin, aliénation des hommes [Bourdieu disait domination] par le même système qui les créent comme hommes, donc comme dominants… Dans ce sens des concepts comme la parité, l’égalité, la non-discrimination… ne sont que des concepts temporaires liés historiquement à la période anthropologique actuelle. Vouloir disqualifier le doute, la recherche compréhensive sur la complexité des phénomènes actuels, en affirmant de manière péremptoire et virile : « l’égalité est là ou non », est absurde. Lorsque l’égalité sera réalisée totalement, il n’y aura plus de catégories figées hommes/femmes, de tiroirs opposés masculin/féminin, plus de domination masculine. Gageons d’ailleurs que contrairement aux illusions populistes qui font porter aux femmes (ou aux dominé-e-s) l’avenir d’une humanité douce et heureuse, l’égalité signifiera que des (ex)dominées feront dans une proportion similaire aux (ex)dominants les mêmes horreurs (guerres, meurtres…). Sauf que l’appartenance de sexe, de genre, ne sera plus significative pour savoir qui fait quoi. Quand l’égalité sera là, il n’y aura plus de genre. Les théories et mouvements queer, par le travail incessant de déconstructions des catégories [pseudo] identitaires ouvrent d’ailleurs sans doute un voile sur ce que pourra être l’après genre. Ce que Christine Delphy nommait le « non-genre » (1991), que je qualifie de « tout genre ».

(8) Mais dire que tous les hommes sont silencieux sur le sujet pour garder leurs privilèges, pour que les femmes s’occupent d’eux (travail relationnel), constitue un raccourci paresseux de la pensée. C’est en partie juste, mais seulement en partie. Comme beaucoup d’exemples pris dans le texte, nous avons à faire avec une analyse anhistorique, des affirmations qui n’intègrent pas les luttes pour l ‘égalité menées depuis plusieurs décennies ; luttes qui ont contestées la suprématie masculine avec un certain succès. Oui, les hommes sont encore majoritairement silencieux sur leur intime. En comprendre le sens demande de faire un détour dans la socialisation masculine. Le silence est d’abord un habitus appris aux hommes dans leur socialisation dans la maison-des-hommes (dans leur éducation entre pairs, entre garçons, à l’abri du regard des femmes). Ne pas parler de soi, et remplacer ces paroles par des échanges autour des thèmes (signes) renforçant la virilité (sports, voitures, guerres entre hommes, filles…) est, dans la construction du masculin normatif, une manière de se distinguer des femmes et de leurs équivalents symboliques que sont les homosexuels (homophobie oblige). Aujourd’hui beaucoup d’hommes disent en souffrir et vouloir le changer. Il n’y a qu’à voir le succès des thérapies new-age où l’on apprend aux hommes à parler d’eux, de leur intériorité, pour s’en convaincre. Si, comme le montrent les travaux de Christophe Desjours (1998), la normopathie virile est convoquée contre la peur, la honte (du sale boulot), le danger, il est abusif de réduire TOUS les hommes à cela. Certains (ce sont nos travaux de recherche qui le montrent) par des moyens empiriques essaient de quitter ce corset de la virilité, y compris je suppose, parmi les amis du site LMSI.

D’après les linguistes, il faut plusieurs siècles pour changer une langue, notamment la féminiser, la désandrocentrer. Le silence persistant des hommes, preuve de la différence masculin/féminin naturalisée, est aussi, sans doute, un signe de la transition historique actuelle. Beaucoup d’hommes veulent parler ou disent vouloir parler. Mais nombreux sont ceux qui signalent alors qu’ils n’ont pas de mots adéquats pour dire les choses de l’intime. A nous pédagogues progressistes de les y aider.

(9) Ce point est essentiel. Peu d’hommes sont engagés dans des travaux pour déconstruire le masculin, expliciter et analyser les hommes. Les causes sont multiples : le peu de valorisation académique qu’ont reçu les premiers travaux critiques sur la domination masculine dans les sciences sociales, et à contrario aujourd’hui, l’extrême compétition dans un secteur où beaucoup de jeunes chercheur-e-s arrivent et peu de postes de titulaires leur sont offerts. Le texte de Yeun L-Y qui nous explique aujourd’hui que tout travail compréhensif d’ethnographie ou de microsociologie sur les hommes ne viserait qu’à consolider la domination masculine ne va pas arranger les choses.

Pourtant depuis longtemps les sociologues féministes appellent à des travaux critiques pour connaître ce que vivent les hommes (Devreux, 1985 ; Daune-Richard, Devreux 1986 ; Mathieu, 1973, 1985). La déconstruction du masculin, l’analyse critique que propose l’analyse genre sur les hommes est — j’en reste persuadé — un bon moyen efficace de lutter contre la violence symbolique que subissent les femmes, de déconstruire leurs croyances  et illusions créées par l’idéel de la domination masculine. Ainsi, les travaux de Said Bouamama sur les clients de la prostitution (2004), comme ceux que nous avons menés sur les mêmes thèmes dans le commerce du sexe ou l’échangisme (2005) désillusionnent les femmes qui veulent croire que leur conjoint est différent des autres hommes.

L’étude critique des hommes et du masculin, et dans cette période de pénuries de connaissances situées, la multiplication de publications de « moments ethnographiques » (Connell, 1995), permet aussi de saisir finement la double construction du social que provoque la domination masculine. J’en donnerai des exemples plus loin. Comme l’explique Nicole-Claude Mathieu : dominants et dominées ne partagent pas les mêmes représentations (1985, 1991).

(10) Sur la posture compréhensive, voir les travaux de Goffman dans L’arrangement des sexes (2002), de Georg Simmel (1908, 1999).

(11)  À l’époque cela n’avait pas provoqué des cris d’Offraie. Il faut dire qu’à cette période, les hommes qui déconstruisaient la domination masculine étaient nettement moins nombreux. C’est aussi un signe du changement.

(12) Est-ce de l’empathie sexiste ?

Décrire « les souffrances » des hommes, dire les doutes de certains, déconstruire les logiques complexes, contradictoires et parfois paradoxales des (toujours) dominants, contextualiser ces propos dans la marche vers l’égalité, la lutte contre les violences masculines, n’est pas, bien sûr de l’empathie sexiste. N’en déplaise à tous les léninistes de la pensée. Décrire les conditions particulières des hommes, ou de certains d’entre eux, permet d’illustrer ce qu’est, ou peut être, l’aliénation masculine. Soyons réalistes et pragmatiques. Les formules dites (à tort ou à raison) radicales pour dénoncer la domination masculine se sont d’abord (et c’est logique, et propre à toutes les luttes des personnes mises en situation de domination) adressées aux femmes. Les hommes, même ceux qui ont toujours été favorables à l’égalité ont eu du mal à les entendre, à les comprendre. D’une part, parce que quand les dominées parlent, les dominants entendent souvent du bruit. La croyance que les femmes jacassent est encore bien vivante. Mais, plus loin, parce que cela semblait ne pas les concerner. Décrire la vie des hommes permet de donner du corps, des larmes, des émotions aux analyses sociales. Outre que cela permet de lutter contre la moralisation des analyses sociales (tout traduire par une perception du bien et du mal), c’est un travail de traduction qui doivent faire les hommes progressistes, et notamment les sociologues, parallèlement aux mobilisations des femmes. Que le polémiste pense que l’on est, alors, loin DU féminisme (comme si le féminisme était unique, décrété par un parti, une église, ou par décret) est un autre débat.

Pour ma part, j’ai souvent rencontré, ou reçu, des témoignages de femmes qui m’ont remercié pour de telles descriptions qui permettaient, tout en refusant domination et violences, de mettre des mots sur du ressenti.

(13)  Est-ce de l’androcentrisme méthodologique ?

Rappelons ce que j’ai publié en 2004 en ce qui concerne la définition de l’androcentrisme.

Nicole-Claude Mathieu (1985) — dans un texte peu connu avant sa réédition en 1991 — reprend à propos de l'androcentrisme, appelé quelquefois dans la littérature « sexual bias », « mâle bias » « male-centeredness » , « viricentrism ».., la définition proposée par Molyneux (1977).

Par androcentrisme j'entends un biais théorique et idéologique qui se centre principalement et parfois exclusivement sur les sujets hommes (male subjects) et sur les rapports qui sont établis entre eux. Dans les sciences sociales, ceci signifie la tendance à exclure les femmes des études historiques et sociologiques et à accorder une attention inadéquate aux rapports sociaux dans lesquels elles sont situées. L'androcentrisme peut se concevoir comme un glissement idéologique de la part de l'auteur, mais ce glissement a des effets théoriques qui sont transférés au texte. C'est pourquoi il est légitime de parler à la fois de l'androcentrisme du sujet-auteur et de l'androcentrisme de tel texte ou de telle théorie (Molyneux, 1977 : . 78-79).

La conséquence en est que (p.55) : « La (...) non-considération des rapports sociaux dans lesquels les agents-femmes sont impliqués veut dire que certains rapports sociaux cruciaux sont mal identifiés et d'autre pas identifiés du tout. Ceci (...) pervertit nécessairement les arguments avancés quant aux caractéristiques générales de la formation (sociale et économique) en cause ».

Cette définition m'a d'emblée parue pertinente dans l'explication des biais concernant la non-prise en considération des femmes, « la tendance à exclure les femmes des études historiques et sociologiques et à accorder une attention inadéquate aux rapports sociaux dans lesquels elles ont situées ». Toutefois, dès que l'on adopte un point de vue masculin critique sur le masculin, l'autre terme du rapport social, on voit aisément que l'androcentrisme consiste aussi :

… à participer d'une mystification collective visant pour les hommes, à se centrer sur les activités extérieures, les luttes de pouvoir, la concurrence, les lieux, places et activités où ils sont en interaction (réelle, virtuelle ou imaginaire) avec des femmes en minorant, ou en cachant, les modes de construction du masculin et les rapports réels entre eux.

C'est ainsi que nous avons défini l'androcentrisme avec Marie-France Pichevin en 1992 (Welzer-Lang, Pichevin, 1992).

(14) Et pour être plus précis concernant les deux exemples d’androcentrisme que cite Yeun :  le Rmiste et le cadre, voici l’extrait concerné :

« Cette nouvelle attitude est aussi favorisée par un cadre mouvant de la virilité.

Les conditions d’exercice de la virilité, les manières d’être homme, sont aussi en réécriture. L’attribution aux hommes d’une condition supérieure aux femmes n’est plus automatique. Dans la marche vers l’égalité, jour après jour, dans le monde professionnel, syndical, politique et dans la vie privée, les femmes avec un certain succès contestent les primautés masculines. Les privilèges masculins ne sont plus des attributs automatiques que l’on déplie à l’avance. Que penser d’un homme qui touche le R.M.I (minimum social), qui se retrouve sans travail, sans argent ? Autrement dit sans signe social de virilité (travail, métier, revenus…). Que dire d’un homme ancien cadre supérieur que l’on remercie à la cinquantaine et qui se voit remplacé du jour au lendemain par une femme ? Comment interpréter les succès scolaires des filles ? Les suicides des garçons qui n’arrivent pas, ou ne veulent pas être de « vrais » hommes ? »

C’est clair, le Rmiste ou le cadre au chômage ne sont pas présentés comme des en-soi séparés des rapports sociaux qui les construisent, que ces rapports sociaux dans le monde du travail concernent les hommes et les femmes, les hommes et les grands-hommes, comme d’ailleurs les rapports sociaux qui opposent les femmes liées aux classes sup détentrices d’un carnet d’adresses, de réseaux,  aux autres femmes des milieux populaires.

La question à poser est donc : Pourquoi ? Pourquoi falsifier le texte ? Pourquoi vouloir déconsidérer toute analyse qui montre, ou décrit, des mobilités sociales de sexe et de genre ? Pourquoi vouloir nier toute avancée produite par les politiques d’égalité ? Qui a intérêt à ce catastrophisme victimologique ?

(15) Les rapports hommes/hommes sont structurés à l’image hiérarchisée des rapports hommes/femmes, ils sont aussi construits et reproduits par les rapports sociaux de sexe et de genre.

(16) Je renvoie ici à mon dernier article sur « les hommes battus » paru dans la revue Empan, [Les violences conjugales, n°73, Toulouse, Erès,  pp 81-89] et disponible sur mon blog. Il ne suffit pas de dire que le phénomène est asymétrique, minoritaire pour en refuser l’étude. Parce que le mythe moderne de la violence domestique décrit dans le livre les hommes violents, et Arrête, tu me fais mal, la violence domestique, 60 questions, 59 réponses (2005), a tendance soit à nier complètement le phénomène, soit nous expliquer que les hommes sont autant battus que les femmes, il nous faut justement examiner de manière rigoureuse la question. En fait le phénomène progresse aujourd’hui parallèlement à l’égalité hommes/femmes. Le croisement détaillé des différences sources statistiques disponibles, et cela est confirmé par certains travaux empiriques, laissent penser qu’environ 15% des personnes victimes de violences sont des hommes.

(17) Il est aujourd’hui d’usage de dire que toute étude des avatars de l’égalité, notamment les discours et pratiques de certains pères divorcés est antiféministe, réactionnaire, masculiniste. Que certains discours, certaines pratiques des pères divorcés le soient, cela semble une évidence. J’en ai moi-même donné maints exemples dans mes publications. Mais interdire de fait toute étude sur ces phénomènes en menaçant a priori les chercheur-e-s est une drôle de conception de la recherche, et de la démocratie.

(18) Je relate ici une recherche particulière, et empirique, effectuée au début des années 1990. Ces analyses ont été, en partie, confirmées dans notre étude collective en 2005 (Welzer-Lang, Le Quentrec, Corbière, Meidani, Pioro). Reste maintenant, et dans le détail, à étudier comment hommes et femmes essaient de manière pragmatique et empirique de dépasser ces oppositions qui peuvent apparaître binaires.

(19) Question que pose aussi François de Singly (2007).

(20) Je ne reprendrai pas ici les débats sur le « travail du sexe », ni sur la négation et la victimisation des paroles de femmes dès qu’elles travaillent et oeuvrent — comme Grisélidis Réal a pu le faire — dans le commerce du sexe. D’excellents travaux sont éclairants sur ce thème. En particulier les analyses croisant aujourd’hui sexe, « Race » et classe. [Françoise Guillemaut, Stratégies des femmes en migration : pratiques et pensées minoritaires, repenser les marges au centre, Thèse de sociologie, Université Toulouse Le-Mirail, Janvier 2007].

(21) Et je n’intègre pas non plus le « service sexuel » dans le travail domestique comme différents textes ont pu le faire dans les années 70.

(22) Welzer-Lang Daniel Mathieu Lilian, Barbosa Odette, 1994 : Prostitution, les uns, les unes et les autres, Paris, Anne-Marie Métaillé.

(23) Voir ainsi les excellents travaux de Louis-Georges Tin [2008, L’invention de la culture hétérosexuelle, Paris, Autrement], la publication d’ouvrages collectifs : Deschamps Catherine, Gaissad Laurent et Taraud Christelle, 2009, (dir), Hétéros, discours, lieux, pratiques, Paris, EPEL.

(24) Institut de la statistique du Québec. La violence conjugale envers les hommes et les femmes au Québec et au Canada, 1999, Québec, 2003 ; Laroche, 2005. En fait dès que l’on applique les mêmes questions sur les violences perçues aux hommes et aux femmes, on se rend compté des biais de certains travaux qui ne s’intéressaient qu’aux femmes ; Sophie Torrent, 2003, L’homme battu, Un tabou au coeur du tabou, Éditions Option Santé. Ce livre est l’édition d’un mémoire réalisé au Département de travail social et des politiques sociales de l'Université de Fribourg (Suisse).

(25) Dans ce courant de pensée on trouve les travaux de Robert Connell, Gilles Tremblay, Michael Kimmel, Michel Dorais, Gilles Rondeau, Christine Castelain-Meunier, Germain Dulac, etc. On trouve des textes de ce courant dans l’ouvrage de synthèse que j’ai coordonné à Toulouse en 2000 : Welzer-Lang (dir), Nouvelles approches des hommes et du masculin, PUM (Presses Universitaires du Mirail).

(26) Voir ainsi la revue Intervention (2002) oubliée au Québec, remise à jour actuellement (nouvelle publication : 2010).

(27) Le mainstreaming est une posture qui refuse de faire de la question des femmes et de leur domination une analyse spécifique et différenciée. Le mainstreaming, mis en valeur par les différentes instances de l’Europe, propose d’intégrer la question des femmes dans l’ensemble des politiques publiques sous le qualificatif de « genre ».

(28) Et bien sûr, il s’agit ici d’un trait d’humour !

(29) Dans les débats d’idées actuels, on sous-estime sans doute la place qu’occupent certains corps de professionnel-le-s, de groupes qui se proclament militants, structurés et légitimés autour de l’évidence de la domination masculine et de sa reproduction, voire son accentuation.

(30) Sur la contestation des chiffres avancés et les précisions concernant les violences physiques, voir l’article : de Hervé Lebras, et Marcela Iacub : « homo mulierilupus ? » in Les temps modernes, n°623, pp 112-134, 2003. Ces auteur-e-s expliquent l’imprécision des définitions adoptées par l’équipe ENVEF dirigée par Maryse Jaspard et privilégient la prise en compte des violences physiques.

(31) Courtanceau Roland ,2006, Auteurs de violence au sein du couple : prise en charge et prévention, Paris, Rapport au Ministère de la cohésion sociale et de la parité, La documentation française.

(32) D’autres, notamment parmi les militantes qui accueillent les femmes victimes de violence, ont toujours exprimé la peur que le subventionnement de tels centres vienne diminuer leurs propres subventions. Ces craintes, légitimes, ont été facilement résolues dans des pays comme le Québec. Il en va de même sur le contenu de l’intervention auprès des hommes violents qui, bien entendu, ne doit pas conforter les présupposés sexistes qui légitiment violence et contrôle.

(33) De plus, nous savons depuis longtemps comment la prison est criminogène, comment elle produit de la récidive. Et ce, d’autant plus que nos prisons sont structurées elles-mêmes par la violence masculine, légitime ou non, régulées par l’abus dit sexuel entre détenus (Welzer-Lang, Mathieu, Faure, 1996).

(34) Je n’ai d’ailleurs jamais entendu les critiques dont parle le texte de Yeun L-Y sur ce réseau précis. Le Réseau Européen d’Hommes Proféministes (www.europrofem.org) a été créé en liens avec des féministes universitaires de la francophonie, et l’équipe Simone de l’université Toulouse Le-Mirail.

Je me suis longuement interrogé sur le sens des propos de Yeun L-Y quand il cite le n°9-10 de La revue d’en face (éd. Tierce) publié en… 1981 pour critiquer le réseau de… 1995.  Je sais que certaines astrologues célèbres sont devenues des sociologues, mais quand même !

Pour mémoire il s’est agi d’une controverse entre les premiers groupes d’hommes antisexistes, notamment ceux regroupés dans la revue Types, Paroles d’hommes, et certaines femmes féministes qui accusaient ces hommes, en se regroupant, de vouloir récupérer un pouvoir mâle contesté. La controverse se conclut alors par un texte de Pierre Colin et Claude Barillon intitulé : « Non réponse, Pas de réponse », et commençant par : « Y en a marre. Y a plus d'abonnés.

Il faudra attendre le colloque « Les hommes contre le sexisme » organisé en octobre 1984 par Types et A.R.DE.CO.M (association de recherche et de développement de la contraception masculine) pour que des échanges entre femmes féministes et hommes anti-sexistes réapparaissent [on lira les textes précis de la controverse dans Les hommes et le masculin, Petite collection Payot, pages 88-91].

Quel sens prend donc le rappel de cette controverse ? Est-ce à dire qu’en 2010, pour Yeun L-Y,  il n’est à nouveau plus possible de mener des analyses et/ou des combats communs ? La présence sur le terrain de l’antisexisme de collectifs mixtes se réclamant du féminisme semble contredire cette affirmation.

(35) http://www.ladominationmasculine.net/petition-des-hommes.html

Même si je trouve l’initiative sympathique, je n’ai pas signé cet appel qui me semble un peu trop autoproclamatoire et facile. 35 ans après que les premiers hommes se soient déclarés contre le sexisme, la domination masculine ! 25 ans après le colloque : « Les hommes contre le sexisme » ! 19 ans après que Pierre Bourdieu ait écrit ce remarquable article sur la même domination masculine ! 11 années après qu’on ait lancé — sans succès — la campagne du Ruban Blanc contre les violences faites aux femmes ! Autant, il est important d’affirmer des grands principes (luttes contre les violences, solidarité..), autant il me semble que nous devrions aller plus loin. En particulier, réfléchir à comment de notre position d’hommes (antisexistes), nous pourrions aider les autres hommes qui n’ont pas encore cette prise de conscience à changer. Après tout, la conscience de la domination masculine n’est jamais spontanée. Elle est même souvent produite par une rencontre, souvent une femme féministe. Les lieux d’accueil des hommes sont aussi des moments possibles pour une prise de conscience masculine.

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