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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 04:57

Diffamation contre Daniel Welzer-Lang, Professeur de sociologie à Toulouse

Communiqué de Daniel Welzer-Lang

Suite à des plaintes que j’ai déposées, et après une longue instruction, le Ministère Public poursuivait le 14 mars les collègues qui m’ont diffamé au moment de l’obtention de mon poste de Professeur de sociologie en études « genre » à Toulouse.

Le jugement a été rendu le 30 mai 2007.
Tout en reconnaissant que les propos tenus contre moi étaient diffamatoires,
— d’une part, le Tribunal a estimé qu’il n’a pas été régulièrement saisi des poursuites visant les 6 membres de l’ANEF en raison de la mauvaise rédaction d’un réquisitoire supplétif du Parquet dirigé contre elles.
—d’autre part, les deux responsables de l’AVFT ont été relaxées au bénéfice de la bonne foi.

Ce jugement appelle de ma part les remarques suivantes :
— D’abord rappelons que contrairement à ce qu’ont voulu penser ou croire certaines personnes, c’est bel et bien à mon initiative que ce procès a eu lieu et non à la diligence de mes détractrices.
L’avantage de ce procès a été enfin de savoir en quoi consistaient les accusations contre moi. Puisque depuis le début des rumeurs me concernant, sous prétexte de protection des victimes, à aucun moment,  il ne m’avait été possible d’en connaître la teneur.


— En second lieu, il résulte, tant dans l’instruction, que dans l’audience, qu’après avoir fait le tour de France pour recueillir des témoignages contre moi, personne n’a été cité pour prouver la « vérité » des faits invoqués. Je rappelle à cet égard que les prévenues avaient dix jours, à compter de la citation qui leur a été délivrée fin novembre, pour présenter la preuve des faits qu’elles m’imputaient. Or « l’exception de vérité » n’a pas été invoquée par mes détractrices ! A noter que parmi les prévenues et témoins se trouvait l’ensemble de la chaîne des pouvoirs en sociologie (de Toulouse au National), ce qui relativise fortement les allégations selon lesquelles j’aurais le pouvoir d’empêcher les témoignages. C’est d’ailleurs l’inverse qui s’est produit  puisqu’une étudiante qui a refusé de quitter ma direction s’est vue exclue de facto de son équipe de recherche.


Seule la « bonne foi »  (comme d’ailleurs la nullité de la procédure), a été invoquée et plaidée : il  s’agissait alors non pas de savoir si les faits allégués étaient vrais ou faux mais simplement d’apprécier si ceux qui les dénoncent ont pu y croire à partir des informations en leur possession.


Au tribunal, le 14 mars par écrit et de vive voix les personnes poursuivies n’ont pu rapporter que quelques rares anecdotes ne pouvant en aucun cas, et de quelque manière que ce soit constituer des faits d’harcèlement sexuel. Ces anecdotes étant transformées au gré de chaque témoignage. Nous avons ainsi vu les mêmes types de témoignages circuler, se déformer d’une personne à l’autre en modifiant le cadre, les détails, les effets, les dates. Systématiquement les reproches qui m’ont été adressés ont été transformés par celles, ceux qui ont témoigné de ouï-dire pour légitimer les accusations contre moi. Quand d’autres témoignages « anonymes », les plus nombreux ont purement et simplement  été inventés, la très grande majorité des témoignages venait dire explicitement «  On m’a dit que… ». Bref, une forme habituelle de témoignages lorsque nous avons affaire à une rumeur.
Et un acharnement contre moi.

Et, bien sûr, ont été exposés des inexactitudes, voire des fantasmes sur mes méthodes de terrain, et un débat inachevé sur la « méthode » de recherche en sociologie qui s’est focalisé sur l’échangisme et le Cap d’Agde de 1996 à 1997. Oubliées les rencontres de préparation où il était décrit par avance ce qu’on allait observer au camp naturiste, oubliées les réunions quotidiennes de l’équipe de recherche sur le terrain (y compris parfois en se réunissant de manière distincte les hommes et les femmes de l’équipe), oublié l’immense journal de terrain collectif, oubliés les interminables débats sur la méthode que nous avons entretenus pendant des années. La victimisation systématique des femmes aboutit à dire que toute présence pour enquête de salariée ou de chercheuse sur ces terrains devient une violence inacceptable. On retrouve ici (avec parfois les mêmes personnes dites abolitionnistes) les débats contradictoires qui  circulent sur les rapports entre prostitution des femmes, violence et « travail du sexe » dans lequel d’autres personnes  de mon entourage  ont été insultées. Le fait qu’un sociologue doive justifier sa méthode au tribunal ouvre peut-être une drôle de période pour la sociologie en France.

Pour ma part, tout en jugeant critiquable le motif de bonne foi devant des témoignages manifestement inexacts et contradictoires, je ne contribuerai pas à la surenchère sur cette histoire. D’une part, nonobstant certains dérapages actuels, je ne considère ni l’ANEF, ni l’AVFT comme des organisations nuisibles, en particulier pour le développement  des études sur les femmes, ou la défense de celle-ci. D’autre part, il me semble temps d’ouvrir largement les débats sur les questions posées à l’occasion de ce procès où, je le rappelle, tantôt on m’a reproché une trop grande proximité avec les étudiantes, qualifiée à tord de « harcèlement », tantôt on a voulu invalider — et souvent sans les connaître, ni même en avoir discuté avec moi — mes méthodes de recherche en critiquant ma « déontologie ».
La rumeur a ainsi rebondi d’un reproche à l’autre…

Les questions posées sont politiques.
Beaucoup de personnes m’ont interrogé sur le fond de cette histoire.
C’est dans l’analyse des critiques et des reproches plusieurs fois répétés dans les témoignages que peut aussi se lire le sens de cette affaire. Ce qui est stigmatisé est une manière différente de travailler qui sort de l’académisme  traditionnel.

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant le tutoiement des étudiantes, les moments de convivialité entre enseignant-e-s et étudiant-e-s comme la montée de l’Ordre moral qui veut disqualifier les acquis de Mai 68 ? Régimenter la hiérarchie universitaire ? Menacer les innovations pédagogiques ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant les fonctionnements associatifs de groupe de recherche qui ont tenté de mener de front recherches universitaires et luttes sociales contre le sida, l’homophobie, les violences faites aux femmes… comme le retour de l’académisme, l’éviction des recherches-action chères aux mouvements sociaux, la tentative d’effacer les années sida où les tenant-e-s des analyses dites abolitionnistes sur la prostitution se sont vu-e-s contesté-e-s  par les travailleurs et travailleuses du sexe ?
 
Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant l’embauche d’étudiant-e-s, leur participation comme chargé-e d’étude payé-e-s à des recherches subventionnées (ce qui a permis à plusieurs d’entre eux/elle de payer leurs études), comme la tentative actuelle de nous imposer un cadre unique et normatif d’études et de carrières dites scientifiques ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant le terrain « échangisme », sa diabolisation comme lieu de toutes les violences, celles réelles que j’ai déjà décrites, mais surtout celles fantasmées, comme la montée en puissance, sous prétexte de lutte contre les violences, d’une nouvelle « hétérophobie » où toute tentative de dépasser l’hétérosexualité normative du deux, du couple, est déconsidérée d’avance ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant la méthodologie sur le terrain échangiste par des collègues spécialistes des grandes enquêtes… par téléphone, comme une volonté d’étouffer la recherche empirique, l’observation participante, l’imagination sociologique au profit d’études standardisées, aseptisées, médicalisées ?

Comment ne pas lire les reproches et accusations concernant les études sur les terrains naturistes où la nudité est de rigueur comme la tendance à vouloir à nouveau corseter le corps des femmes et des hommes ?


Que certaines personnes ne me trouvent pas sympathique ne me pose aucun problème. La vocation des chercheur-e-s n’est pas d’être aimé-e-s ou adulé-e-s. Depuis mon entrée dans le monde universitaire, ma carrière est marquée par de tels soubresauts où je passe alternativement du statut de sociologue maudit à celui de visionnaire. Et réciproquement.

Tout ceci, nécessite débats, et confrontations
Or, systématiquement, utilisant tantôt les rumeurs les plus folles sur mon compte, tantôt les textes et déclarations me visant, des démarches ont été entreprises auprès des organisateurs et organisatrices de colloques et de séminaires, des responsables des appels d’offres de recherche pour provoquer mon éviction du champ des débats et, in fine, refuser les débats. C’est ainsi que la recherche sur les gais-beurs n’a pas pu se réaliser.

Ces manœuvres sont concomitantes au rétrécissement progressif de ce qui se présente comme le champ des études genre aux seules analyses des femmes, et à leur victimisation. Elles sont aussi parallèles aux insultes, calomnies, agressions, d’autres collègues qui essaient de travailler sur les transformations du masculin que l’on tente d’invalider. Pourtant, comment pourrait-on faire l’économie des analyses sur les hommes, leurs transformations, leurs doutes, leurs résistances au changement ou au contraire leurs tentatives de changements ?

L’époque actuelle est marquée par la marche vers l’égalité des sexes, les transformations actuelles du genre, son début d’éclatement, la lutte contre des discriminations que subissent les femmes, et les personnes (femmes, hommes ou transgenres) qui ne situent pas dans l’hétérosexualité normative, l’articulation entre les questions que posent le système de genre et la « colorisation » et la « racialisation » de la question sociale (en particulier l’analyse critique des effets du colonialisme)… Dans ce vaste champ, les recherches et débats doivent se démultiplier.
 
Pour ma part, je continuerai à travailler sur…
    Les rapports sociaux de sexe et de genre
- les questions de l’accompagnement social des hommes aux changements, en particulier l’accueil des hommes violents. Comment, par exemple, accompagner socialement les 400 000 hommes qui frappent leur compagne ?
- les analyses critiques de l’instrumentalisation des questions liées aux violences sexistes au profit d’un nouvel Ordre moral
- les révolutions anthropologiques que nous sommes en train de vivre sur la question des parentalités, des conjugalités complexes…
- les sexualités non-hétéronormatives, etc.

J’invite tous ceux et toutes celles que ces questions intéressent à continuer à débattre ensemble.
Oui, j’ai obtenu et exerce un poste en études genre ! Oui, ces postes ne sont pas réductibles aux seules chercheuses qui travaillent, ou ont travaillé sur les femmes. Oui, les luttes de pouvoir à l’Université (et ailleurs) sont dures et complexes.
Les études sur le genre doivent quitter les différentes chapelles pour s’ouvrir aux diversités de pratiques, de situations et d’origines sociales, d’orientations et de goûts sexuels ; aux croisements avec les travaux sur les migrations.

Les débats sur le harcèlement sexuel qui a été le motif invoqué à posteriori par les prévenues pour justifier leurs écrits n’en sortent pas enrichis, bien au contraire. Même s’ils constituent un thème mobilisateur. Le nouveau moralisme et la victimologie qui assignent aux femmes une place d’éternelles mineures ont encore gagné du terrain.


Daniel Welzer-Lang

Ce texte est diffusé sur : http://daniel.welzer-lang.over-blog.fr/

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